Sciences - Le cannabis a bien un effet analgésique

Fumer du cannabis atténue les douleurs chroniques, confirme une étude clinique effectuée au Centre universitaire de santé McGill (CUSM) et dont les résultats positifs sont publiés dans la dernière édition du Journal de l'Association médicale canadienne. Cette étude, bien que modeste, corrobore maintes évidences anecdotiques du pouvoir analgésique du cannabis et invite à considérer l'utilisation du cannabis à des fins médicales.

Les 21 participants de l'étude, dont 12 étaient des femmes, souffraient de douleurs chroniques neuropathiques, c'est-à-dire découlant de lésions du système nerveux consécutives à un traumatisme, tel qu'un accident de la route ou une intervention chirurgicale impliquant la section d'un nerf. «Il s'agit de douleurs qui étaient réfractaires à la plupart des traitements pharmacologiques classiques, ou bien ces derniers avaient des effets secondaires intolérables», précise le principal chercheur de l'étude, le Dr Mark Ware, directeur de la recherche clinique au sein de l'unité de gestion de la douleur Alan Edwards du CUSM.

Au cours de quatre périodes de cinq jours séparées par un temps d'arrêt de neuf jours, les participants ont reçu — à leur insu — quatre doses différentes, dont l'une jouait le rôle de placebo, de tétrahydrocannabinol (THC) — le composé actif du cannabis —, sous forme d'une préparation de fleurs et de feuilles de cannabis qu'ils fumaient trois fois par jour. Les participants devaient inhaler pendant cinq secondes le cannabis qui brûlait dans une pipe de titane, et retenir la fumée dans leurs poumons pendant dix secondes avant de l'expirer. Pendant toute l'étude, les participants devaient évaluer l'intensité de leurs douleurs (sur une échelle de 11 degrés), la qualité de leur sommeil, leur humeur et leur qualité de vie.

Il est ainsi apparu que la préparation de cannabis contenant 9,4 % de THC, la dose la plus élevée administrée pendant l'étude, induisait une diminution modeste, mais significative, de l'intensité des douleurs, comparativement à la préparation placebo. «La diminution des douleurs était en effet modeste — passant de 6,1 à 5,4 sur une échelle de 11 degrés — probablement parce qu'il s'agissait de douleurs réfractaires à tout traitement. On pourrait peut-être espérer accroître l'effet analgésique en administrant des doses plus élevées, plus fréquentes ou de plus longue durée», avance le Dr Ware.

Les participants inhalant le cannabis à 9,4 % THC ont également affirmé que la qualité de leur sommeil s'était améliorée, car ils s'endormaient plus facilement et se réveillaient moins fréquemment que ceux qui recevaient le cannabis à 0 % THC. Les symptômes d'anxiété et de dépression s'étaient aussi atténués avec la concentration de 9,4 % THC.

Bien que les résultats ne révèlent pas un effet tranché et significatif du cannabis sur l'humeur, le Dr Ware affirme néanmoins avoir observé «un effet positif global sur la qualité de vie des participants qui ont semblé voir leur anxiété diminuer».

«Fumer le cannabis est une formule plus flexible que les cannabinoïdes oraux sous forme de comprimé, d'aérosol ou de vaporisateur buccal, fait valoir le Dr Ware. D'une part, l'effet est plus rapide et, d'autre part, ça permet aux patients d'ajuster plus facilement les doses dont ils auraient besoin. La seule préoccupation est son effet sur le système respiratoire.» Et bien sûr, l'usage du cannabis est contre-indiqué chez les patients ayant déjà souffert de psychose.

Les séances d'inhalation ont été bien tolérées par les participants et n'ont entraîné «aucun effet secondaire important. Quelques effets légers à modérés, tels que des étourdissements, des maux de tête, la bouche sèche et une toux, ont été ressentis à l'occasion par certains participants», souligne le chercheur.

Le Dr Ware espère maintenant lancer une autre étude au cours de laquelle il évaluerait des concentrations plus élevées de THC, compte tenu du fait qu'un cannabis contenant 9,4 % de THC représente une faible dose.
1 commentaire
  • Serge Granger - Abonné 30 août 2010 11 h 03

    Fermer les clubs compassion

    Pendant que les scientifiques démontrent la valeur thérapeutique du cannabis, nos politiciens obcurantistes ferment les clubs compassion. Il ne faut pas limiter l'obcurantisme aux conservateurs puisque les libéraux ont appuyé le projet de loi C-15 prévoyant une peine minimale de 6 mois pour culture de cannabis. Avis aux libéraux: dites 'libéral' en anglais pour savoir ce que cela veut dire