78e Congrès de l'Acfas - Stress et infections virales à l'origine de la schizophrénie

On suspectait le stress et certaines infections virales d'induire l'apparition de la schizophrénie. Dans le cadre du congrès de l'Acfas qui s'est terminé vendredi à l'Université de Montréal, des chercheurs de la France et de la Suisse sont venus expliquer comment ces facteurs environnementaux contribuent à l'expression de la maladie et ils ont présenté les nouvelles thérapies que cette découverte leur a inspirées.

La schizophrénie est une maladie complexe: les personnes qui en sont atteintes sont porteuses de gènes qui les prédisposent à la maladie, mais ces gènes resteront silencieux aussi longtemps que des facteurs de l'environnement ne viendront pas en provoquer l'expression. Des études épidémiologiques ont montré, par exemple, qu'une infection virale survenant lors de la fin du premier trimestre et le début du deuxième de gestation augmente le risque de souffrir de schizophrénie à l'âge adulte chez les individus qui y sont génétiquement prédisposés, a rappelé Kim Do de l'Université de Lausanne, dont l'équipe a injecté à des animaux un agent inflammatoire dans le but d'induire une réaction immunitaire semblable à celle survenant lors d'une infection virale. Sont alors apparues chez ces animaux les mêmes modifications morphologiques que chez les schizophrènes, notamment une atrophie de petits neurones, appelés interneurones gabaergiques, qui sont «critiques dans la synchronisation neuronale, laquelle est essentielle pour les activités cognitives», a ajouté son collègue Michel Cuénod du Centre hospitalier universitaire vaudois de Lausanne.

Kim Do a aussi étudié l'effet possible du stress dans l'apparition de la schizophrénie. Sachant que les schizophrènes présentent une anomalie génétique qui compromet la fabrication d'un puissant antioxydant, appelé glutathion, lequel est, de ce fait, moins abondant dans le liquide céphalorachidien et le cortex préfrontal des schizophrènes que des normaux, explique la chercheuse qui a bloqué ce gène chez des animaux afin de reproduire la même susceptibilité au stress. Son équipe a alors observé que lorsqu'elle appliquait un stress durant l'enfance, la puberté ou l'adolescence de ces animaux, les interneurones à gaba se déréglaient. Par contre, si elle soumettait au stress des animaux d'âge adulte, les interneurones demeuraient intacts. «La relation entre les trois facteurs que sont la génétique, les effets de l'environnement et la période critique du développement du cerveau durant laquelle se manifestent ces effets environnementaux sont nécessaires pour provoquer l'apparition des symptômes de la maladie», a souligné Mme Do.

Compte tenu de ces résultats obtenus chez l'animal, les chercheurs suisses ont administré à des patients schizophrènes un précurseur du glutathion qui a permis d'améliorer leurs symptômes négatifs, comme le retrait de la personnalité, l'asociabilité, la dépression, la perte du plaisir et de mémoire, qui ne sont pas éliminés par les antipsychotiques courants.

Infections virales


Alors qu'il étudiait un virus que l'on croyait capable d'induire l'apparition de la sclérose en plaques (SP), Hervé Perron, de Lyon en France, a découvert dans les années 1990 l'existence de rétrovirus endogènes au sein du génome humain. «Il s'agit de rétroviraux qui, un jour, se sont introduits dans l'ADN et qui s'y sont disséminés. Les rétrovirus possèdent une enzyme qui leur permet de se répliquer et de s'insérer au sein de la séquence d'ADN. Un peu comme dans un montage de film, l'enzyme donne des coups de ciseaux dans l'ADN afin de faire une place aux nouvelles copies du rétrovirus qui s'y collent. Dans l'espèce humaine, il y a eu une accumulation de ces éléments qui représente aujourd'hui 8 % de l'ADN humain, a précisé M. Perron. Ces rétrovirus ont servi à faire évoluer les espèces, à brasser les gènes et à les recombiner. On avait toujours pensé que chez l'homme, c'était de l'ADN poubelle [junk DNA], parce que l'espèce humaine n'évolue plus», a-t-il expliqué.

Dans la foulée, d'autres scientifiques cherchant dans le génome ce qui pouvait différencier deux jumeaux monozygotes, dont l'un seul était atteint de la schizophrénie, ont mis le doigt sur une séquence d'ADN qui s'est avérée être la même que celle que venait de trouver Hervé Perron dans la SP. Puis, des équipes suédoises et allemandes ont détecté ces mêmes éléments dans le liquide céphalorachidien d'une certaine proportion de patients schizophrènes.

Avec Marion Leboyer de l'Inserm, Hervé Perron a alors cherché chez un groupe de schizophrènes les protéines produites par ces séquences génétiques endogènes, car pour l'avoir observé dans la SP, il savait, que certaines de ces séquences étaient toujours actives. Et il se doutait que leur expression s'accompagnait de la production de protéines proinflammatoires — et donc capables d'induire une puissante activation du système immunitaire — et neurotoxiques puisque la SP et la schizophrénie étaient deux pathologies caractérisées par la présence d'une inflammation.

Séquences génétiques latentes


Alors qu'ils cherchaient à élucider le rôle de ces éléments endogènes dans l'apparition de la maladie, les scientifiques ont alors compris que certains virus présents dans l'environnement pouvaient réveiller ces séquences génétiques latentes. «Selon l'âge auquel elle survient, l'infection provoquera ce réveil et la résultante sera une neuroinflammation qui, malheureusement quand elle est déclenchée plusieurs fois, par le biais de deux ou trois infections virales, finira par atteindre un seuil critique où ces éléments rétroviraux endogènes continueront à produire leur protéine proinflammatoire en permanence», a expliqué M. Perron.

L'équipe de M. Perron a trouvé que parmi une cinquantaine de schizophrènes qu'elle a examinés, la moitié des patients présentaient des taux élevés de cette protéine neuroinflammatoire. «On a trouvé qu'il s'agissait essentiellement de patients atteints d'une forme particulière de schizophrénie qui évolue vers un déclin cognitif prononcé, une dégradation neuronale. On s'aperçoit aujourd'hui que chez ces patients, l'activation de ces éléments endogènes par des infections environnementales à répétition, comme les herpèsvirus qui frappent à l'adolescence et certaines infections périnatales, conduit à une réaction inflammatoire qui s'autoentretient», a expliqué M. Perron.

Ce dernier a fondé Geneuro, une société de biotechnologies franco-suisse qui a mis au point des anticorps destinés à neutraliser l'effet de cette protéine neuroinflammatoire. «On aura ainsi le moyen de neutraliser un noeud gordien, une protéine à un carrefour entre la réponse génétique et toute la cascade inflammatoire et des neurotransmetteurs. En bloquant l'effet de cette protéine, on pourra couper l'alimentation sans toucher au système immunitaire et sans toucher aux neurotransmetteurs, car on a vu que toutes les molécules qui cherchent à les bloquer entraînent des effets secondaires», a-t-il souligné.
1 commentaire
  • Jean-Pierre Lanthier - Abonné 23 mai 2010 12 h 01

    Liens Schizophrénie stress et infections virales

    Bonjour Véronique
    Voici un article qui repoussent encore les limites de notre compréhension de l'origine de la maladie de la Scizophrénie.
    Porte-toi bien

    Jean-Pierre