«Découvrir aujourd'hui ce que sera demain» - «La science peut nous éclairer sur les vraies questions et les vraies urgences»

Martine Letarte Collaboration spéciale
Monique C. Cormier, professeure titulaire au Département de linguistique et de traduction de l’Université de Montréal, stipule que la science devrait en fait prendre plus de place dans le débat public.
Photo: Rémy Boily Monique C. Cormier, professeure titulaire au Département de linguistique et de traduction de l’Université de Montréal, stipule que la science devrait en fait prendre plus de place dans le débat public.

Ce texte fait partie d'un cahier spécial.

Avec son congrès annuel, l'Association francophone pour le savoir (Acfas) invite les scientifiques à partager les résultats de leurs recherches et travaille à rapprocher la science de la société. Cette année, la rencontre se fera à l'Université de Montréal (UdeM), à HEC Montréal et à l'École polytechnique, du 10 au 14 mai, sous le thème «Découvrir aujourd'hui ce que sera demain».

«Lorsque nous avons choisi le thème, on commençait à s'enfoncer sérieusement dans la crise économique et on sentait vraiment le besoin de regarder vers l'avant. Et, dans le fond, la recherche, dans plusieurs domaines, c'est ça. Ce qu'on découvre aujourd'hui a un impact sur le monde de demain», affirme Laurent J. Lewis, président du comité organisateur du congrès.

Le thème devait aussi bien sûr refléter l'envergure de l'activité scientifique qui sera présentée lors de l'événement. «Nous voulions présenter la recherche telle qu'elle est à l'heure actuelle au Québec, au Canada et ailleurs dans le monde, comme en France, en Belgique et aux États-Unis, où on retrouve tout de même des francophones», affirme Monique C. Cormier, présidente du comité scientifique.

Ainsi, environ 15 % des chercheurs qui viendront présenter les résultats de leur travail en français proviennent de l'étranger. Et, avec environ 170 colloques, le 78e Congrès de l'Acfas est le plus important jamais organisé par l'organisme en nombre d'activités.

Portrait de la recherche

Pour la sélection des colloques, le comité s'intéressait à tous les champs de recherche. «Le grand critère était que nous voulions de la recherche de qualité. Le comité scientifique s'est donc penché sur chaque proposition, sur la problématique, la méthodologie et la démarche présentée, pour s'assurer qu'elles répondaient aux normes acceptées par la communauté scientifique», explique Mme Cormier, qui est également professeure titulaire au Département de linguistique et de traduction et vice-doyenne aux affaires professorales à la Faculté des arts et des sciences de l'UdeM.

Résultat? Une programmation très variée. Laurent Lewis est d'ailleurs très heureux notamment que ses collègues chercheurs, dans le domaine de la physique, aient répondu à l'appel. «Dans notre domaine, et dans plusieurs autres aussi, les colloques sont généralement très pointus et très fermés à la population. Celui-là est beaucoup plus ouvert au grand public, ce qui est une fort bonne chose», croit-il.

Un colloque particulièrement intéressant à ses yeux? «Celui qui porte le numéro 213, sur les propriétés électroniques des matériaux organiques et nanométriques. Parce que ce sera la prochaine révolution en électronique. C'est avec des matériaux organiques qu'on fabriquera des écrans pliables», affirme M. Lewis, qui est également professeur titulaire au Département de physique et vice-doyen à la recherche à la Faculté des arts et des sciences de l'UdeM.

Les gens de HEC Montréal et de Polytechnique seront aussi bien représentés dans les colloques et activités scientifiques. Mais on remarque tout de même que c'est la section des sciences sociales qui va chercher la part la plus importante des colloques, avec 30 %.

«On y retrouve des sujets de recherche comme "Contraception: enjeux biomédicaux et sociaux", "Nouvelles opérations de paix: détournement ou mutation d'une formule de coopération internationale", "Éthique et vaccination: le cas de l'influenza A/H1H"», énumère Mme Cormier.

La programmation compte également 20 % de ses colloques dans la section multidisciplinaire, où les questions d'éthique sont très importantes, avec des thématiques comme «Expertise et autorité universitaire dans les médias: à la rencontre de deux éthiques professionnelles», «Faire des lois sur l'éthique», «Aide médicale au suicide et euthanasie: enjeux éthiques et impacts sur les pratiques».

«Ensemble, ces deux secteurs regroupent environ la moitié des colloques, précise la présidente du comité scientifique. On voit que leurs thèmes sont en lien avec la société dans son ensemble, et c'est très important qu'on en prenne conscience.»

Permettre un débat éclairé

Selon Monique C. Cormier, il ne fait aucun doute que la science devrait en fait prendre plus de place dans le débat public. «Comme Luc Ferry, grand philosophe français et ancien ministre de l'Éducation nationale, je crois que la science peut nous éclairer sur les vraies questions, les vraies urgences pour la société, mais aussi sur les fausses. Grâce à son autonomie, la science peut faire en sorte que les citoyens comprennent mieux les enjeux pour permettre des débats sociaux éclairés.»

Ce dialogue entre la science et la société est essentiel, aux yeux de la professeure, qui a fondé la Journée québécoise des dictionnaires, en 2003, justement pour créer un pont entre les chercheurs et le grand public. «Pour que ce dialogue soit possible, il faut investir massivement dans la recherche pour que les chercheurs puissent travailler et transmettre leurs résultats à l'ensemble de la société», affirme-t-elle.

Le Congrès de l'Acfas offre d'ailleurs une nouveauté cette année pour enrichir le dialogue: plus de 1200 communications libres seront présentées gratuitement au grand public, au Pavillon Lassonde de l'École polytechnique

Une place pour la relève

Pour que la science puisse occuper une place de choix dans la société, il faut aussi s'occuper de la relève avec attention. «Plusieurs étudiants des cycles supérieurs se sont engagés dans les colloques», affirme Laurent J. Lewis.

Une véritable chance, d'après Mme Cormier. «Au congrès, ils peuvent rencontrer des chercheurs de renommée mondiale, participer aux activités et présenter leurs résultats de recherche devant un public critique. C'est très important pour les chercheurs de demain, d'autant plus que ce n'est pas facile en début de carrière de faire sa place dans les grands événements très pointus.»

Près de 6000 étudiants et chercheurs sont attendus au 78e Congrès de l'Acfas.

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Collaboratrice du Devoir
1 commentaire
  • Yvon Bureau - Abonné 1 mai 2010 11 h 30

    Aide médicale active à mourir, balisée et contrôlée

    Heureux que ce congrès aborde la question de la fin de la vie.

    Heureux car la «Commission parlementaire sur la question de mourir dans la dignité» va envoyer à travers tout le Québec son document de consultation, et cela d'ici la fin de mai 2010.

    Entre temps, préparez-vous à ce congrès en venant rencontrer et écouter le Dr belge Dominique Lossignol dans sa conférence «Les soins de fin de vie, incluant l'euthanasie (sous conditions)» :
    au Centre St-Pierre de Montréal, dimanche le 2 mai de de 10H00 à 13H00, et lundi de 13H00 à 16H00; et à Québec jeudi le 6 mai à 09H30. Pas d'inscription. Contribution volontaire.

    L'Assemblée nationale du Québec veut donner des réponses pour plus de dignité et de sérénité et de compassion

    www.yvonbureau.com