Les chercheurs en génomique du monde entier pourront unir leurs forces

La plateforme Projet public de population en génomique offre aux chercheurs un accès privilégié à de grandes études de population jusqu’ici confinées aux coffres des biobanques.
Photo: Agence Reuters Herwig Prammer reuters La plateforme Projet public de population en génomique offre aux chercheurs un accès privilégié à de grandes études de population jusqu’ici confinées aux coffres des biobanques.

Les chercheurs du monde entier pourront désormais travailler main dans la main pour accélérer la recherche sur les maladies les plus répandues, comme le cancer et le diabète. Le consortium montréalais Projet public de population en génomique (P3G) lançait cette semaine la première phase d'une plateforme unique qui permet de combiner les données d'études provenant des quatre coins du globe.

Il aura fallu cinq ans à P3G pour bâtir cette plateforme, qui offre aux chercheurs un accès privilégié à de grandes études de population jusqu'ici confinées aux coffres des biobanques. Pour l'instant, 52 études épidémiologiques provenant de 18 pays et représentant près de six millions de personnes sont mises à la disposition des chercheurs, afin de bonifier leurs recherches ou en démarrer de nouvelles. «On est passés de "qui fait quoi?" à la capacité de faire des études très poussées en termes de génétique et d'environnement», précise le Dr Thomas Hudson, cochercheur principal de P3G, aussi président et directeur scientifique de l'Ontario Institute for Cancer Research.

Une telle abondance de données sur le mode de vie, l'environnement et la génétique de millions de participants a de quoi ravir les chercheurs, qui peuvent désormais rassembler tout autant de personnes dans une seule étude pour répondre à leurs questionnements de façon satisfaisante. «Maintenant, la recherche va aller plus vite», assure la directrice de la recherche et du développement chez P3G, Isabel Fortier, car les chercheurs «peuvent partager les données» et utiliser les participants, qui sont «déjà là».

Le procédé d'harmonisation effectué par P3G va permettre de réduire les heures de travail qui formaient jadis l'essentiel du quotidien des chercheurs. Déjà, 150 variables courantes en recherche, comme la consommation de tabac ou le type de cancer, ont été ajoutées. «Un chercheur va pouvoir choisir les variables qui lui correspondent et dire: "Ces cinq études-là, c'est avec elles que je vais travailler"», raconte Isabel Fortier. Tout ça, «en cinq minutes. Au lieu d'un an et demi.» Un simple coup de fil aux initiateurs de l'étude en question permettra aux chercheurs de conclure une entente.

L'un des objectifs du consortium, appuyé financièrement par Génome Canada et Génome Québec et hébergé par l'Université de Montréal, est donc de faire circuler les données pour améliorer la prévention. Le Dr Hudson donne l'exemple d'un homme de 98 ans qui a fumé toute sa vie sans développer de cancer. «Pour voir quels gènes le protégeaient contre le tabagisme, on a besoin de comparer plusieurs facteurs, et plus on fait de comparaisons, plus on a besoin d'une grande population.» Selon M. Hudson, le chercheur de l'avenir sera capable de cibler les facteurs de risque de chaque individu pour ainsi adapter les interventions médicales à son état de santé.

La rencontre annuelle de P3G, qui se terminait hier, a été l'occasion de présenter le projet aux scientifiques venus de partout dans le monde et d'encourager l'esprit de collaboration. «Avant, les projets de recherche fonctionnaient en silo, ils ne se parlaient pas, signale Isabel Fortier. Cette nouvelle plateforme enlève cette barrière-là.» La prochaine phase du projet, celle du partage des données, devrait être ficelée au cours des prochains mois.
2 commentaires
  • Jean-Noël Ringuet - Abonné 28 avril 2010 11 h 54

    Des suggestions de questions...

    En quoi ce consortium qui se dit "public" tout en étant financé par des corporations privées comme Génome Québec et Génome Canada, ne développe-t-il pas, tout comme le projet CARTaGÈNE, une infrastructure de recherche qui servira surtout à l'industrie biomédicale privée ? Quels en seront les principaux clients ? Quels types de projets en attend-on ? Comment s'assurera-t-on qu'ils répondent d'abord aux intérêts de santé publique de la population, et non à ceux des pharmaceutiques ?

    Les "données d'étude" rassemblées par P3G seront vraisemblablement les données biologiques et personnelles obtenues d'individus : ces derniers seront-ils consultés pour donner un consentement éclairé à chacun des projets du consortium ? leurs données seront-elles conservées de façon illimitée ? comment va-t-on s'assurer que toute utilisation de ces données le sera à des fins auxquelles auraient consenti les donateurs ?

    L'hébergement de ce consortium par l'Université de Montréal constitue-t-il une garantie suffisante de l'éthique et de l'intérêt public des recherches de ce consortium ? Le consortium et l'Université ont-ils l'intention de rendre des comptes au public de l'utilisation des données qu'ils en recevront, quand on connaît toutes les échappatoires permises par la Loi d'accès à l'information du Québec ?

    Les nombreux problèmes éthiques soulevés par les banques génétiques mériteraient une attention un peu plus critique de la part des médias...

    Jean-Noël Ringuet
    Victoriaville, QC

  • dboissi - Abonnée 28 avril 2010 15 h 18

    Questions concernant la protection des données personnelles susceptibles d'être contenues dans la plateforme de P3G.

    Est-ce que les responsables de ce consortium montréalais Projet public de population en génomique (P3G) peuvent affirmer que les banques de données de la plateforme ne contiennent aucun renseignement permettant l'identification d'une personne?

    Si ces données sont "anomysées" ou "dénominalisées", peuvent-ils affirmer qu'une inversion vers la personnalisation des données est impossible?

    Si elles ne sont pas définitivement "anomysées" ou "dénominalisées", comment les responsables de P3G en protègent-ils la confidentialité avant et après les transferts aux « chercheurs » du monde.

    Quel est le responsable, au sein de ce consortium, qui peut répondre à ces questions et en garantir l'exactitude?

    Quel organisme indépendant peut surveiller les activités, tant ici qu’à l’étranger, de ce consortium et des « chercheurs » de façon efficace afin de protéger, s'il y a lieu, la confidentialité des données personnelles?

    Avant de se réjouir de la diffusion de ces données à travers le monde au profit de « chercheurs », il serait pertinent et même indispensable d'obtenir des réponses satisfaisantes à ces interrogations.


    Diane Boissinot