Sur l'inforoute - Québec sur Internet: une jolie coquille qu'il faudra remplir

Texte publié dans Le Devoir du lundi 10 juillet 1995

Depuis un an, Internet, le gigantesque réseau informatique dont tout le monde parle, le réseau des réseaux, le père de tous les réseaux, comme dirait Saddam, c'est gros. Les médias nous l'ont assez dit. En Amérique et en Europe, où le sujet était jusque là confiné à la presse spécialisée, plusieurs ont trouvé leur chemin de Damas. Soudainement, Internet, le cyberspace sont devenus des sujets incontournables, pour le meilleur et pour le pire.

Une mode qui passera, comme le prétendent certains? Peut-être mais je n'en suis pas sûr. Internet et les réseaux commerciaux apparentés (Compuserve, America Online,etc.), qu'on le veuille ou non, nous ouvrent une fenêtre sur les médias que l'autoroute électronique nous réserve. On peut choisir de tirer le rideau et de faire comme si de rien n'était; on peut aussi jeter un coup d'oeil, question d'entrevoir ce qui nous attend.
 
C'est le parti que prend Le Devoir. Modestement, bien sûr, en vous offrant cette chronique hebdomadaire. Sur l'inforoute ne prétend pas vous expliquer en long et en large les arcanes des réseaux et les grands enjeux de l'autoroute électronique, mais simplement vous offrir une visite guidée de ce qu'on y retrouve; une visite où vous verrez défiler, à 14 400 octets à la seconde, les trésors, les folies, les gadgets et les niaiseries que ces réseaux véhiculent. Vous verrez, 14 400 octets à la seconde c'est lent quand on veut virtuellement visiter un musée, mais c'est vite en ti-péché quand on tombe sur un nid de conneries. Heureusement, à 14 400 bits à la seconde, on s'est vite poussé.
 
Coquille vide

Vous vous souvenez sûrement que le premier ministre Parizeau lançait, il y a un peu plus de deux mois, le site WWW de l'État québécois sur Internet: «J'espère que cette vitrine sur le monde favorisera le libre-échange des idées, de l'information et du savoir», écrit-il son texte de bienvenue aux internautes de ce monde. Noble souhait que voilà, mais encore faut-il y trouver un écho chez les différents ministères et organismes gouvernementaux à qui on a fait prendre le train. Parce que pour l'heure, force est de constater que la coquille - fort jolie au demeurant - est plutôt vide, à quelques exceptions près.
 
Depuis le 4 mai, date d'introduction du site gouvernemental, un peu plus de 30 600 entrées ont été enregistrées à la page de bienvenue du WWW (pour World Wide Web) du gouvernement. Un site, il faut le préciser, fort attrayant, quoiqu'un peu lourd. Trois minutes d'attente pour télécharger une page, c'est un peu long même si le résultat plaît à l'oeil. Mais ne soyons pas trop chicanier et reconnaissons le beau travail de NéoMédia, la firme qui a conçu le site pour le compte du gouvernement.
 
Derrière la forme, il y a le contenu et à cet égard, ce n'est pas encore très riche. La très grande majorité des 22 ministères et des trois organismes qui ont ouvert leur site ont en effet pour le moment très peu à offrir. Franchement, prendre la peine d'ouvrir un accès sur Internet pour nous servir une courte biographie du ministre et quelques communiqués de presse émis en mars ou en avril... Le libre-échange des idées, de l'information et du savoir attendra.
 
Des exceptions

Heureusement, il y a quelques exceptions. Le site du Conseil du Trésor, par exemple, contient le texte complet du dernier budget ainsi que les plans stratégiques de chacun des ministère. Au site du Bureau de la statistiquedu Québec, vous trouverez des documents divers agrémentés de tableaux et de graphiques. À la page deTourisme Québec, est disponible toute l'information dont vous avez besoin pour planifier des vacances au Québec.
 
Cependant, le site le plus complet n'est certainement pas celui qui vous viendrait spontanément à l'esprit. Technologie supérieure? Industrie et Commerce? Culture et Communications? Vous n'y êtes pas. Je vous le donne en mille, c'est celui du ministère de l'Agriculture, des Pêcheries et de l'Alimentation (MAPAQ). Hé oui! On dira après ça que la classe agricole vit dans le passé.
 
Mis au point à la Direction des ressources informationnelles, la Vitrine du MAPAQ a une bonne longueur d'avance sur les autres sites gouvernementaux et pour cause puisqu'il a été ouvert en décembre, cinq bons mois avant que le grand chef Parizeau ne se fasse photographier devant l'écran d'un ordinateur pour annoncer l'entrée de l'État québécois sur Internet.
 
Pour Pierre Grenier, le maître des lieux et principal artisan de la Vitrine du MAPAQ, la recette est simple: «Un peu de leadership, une organisation très légère, une bonne connaissance de l'environnement et des outils, la volonté de faire des choses, l'opportunité technologique, la nécessité pour nous de démontrer le potentiel de la chose nous ont amenés à rapidement mettre en place notre vitrine.»
 
Dans sa section locale, la Vitrine du MAPAQ offre des informations de base sur le ministère, les lois et règlements dont il relève, ses programmes et ses activités. Mais là où il devient particulièrement intéressant c'est quand il propose des liens avec d'autres serveurs situés ici et là sur Internet. D'un simple clic, l'on peut bien sûr accéder aux informations météorologiques de Dorval ou d'Environnement Canada, mais aussi à des dizaines et des dizaines de sources d'information sur l'agriculture et ses spécialités: «Nous avons décidé d'établir un certain nombre de liens avec des sites externes reliés au monde agricole dans le seul souci de justement constituer une porte ouverte sur ce monde agricole pour le bénéfice de nos visiteurs. Cette porte était, du moins au Québec, absente. Nous avons modestement comblé un vide», explique Pierre Grenier.

Les liens à explorer

L'État québécois
http://www.gouv.qc.ca/
 
Conseil du Trésor
http://www.riq.qc.ca/scthtml/sct.htm
 
Bureau de la statistique
http://www.bsq.gouv.qc.ca/bsq/bsq.html
 
Tourisme Québec
http://www.gouv.qc.ca/francais/tourcult/tc_intro.html
 
Vitrine du MAPAQ
http://www.agr.gouv.qc.ca/mapaq/mapaq.htm
 
NéoMédia
http://www.neomedia.com/