Surfer sur Hibe, un nouveau réseau social

L’homme d’affaires Jean Dobey, président et fondateur de Shopmedia, est un pionnier dans le domaine des services Internet.
Photo: Jacques Grenier - Le Devoir L’homme d’affaires Jean Dobey, président et fondateur de Shopmedia, est un pionnier dans le domaine des services Internet.

Dans la vraie vie, les gens ont généralement des liens dans plusieurs réseaux sociaux. L'un dans leur milieu de travail et d'autres avec leur famille, leurs amis proches, peut-être aussi au sein d'autres groupes liés aux hobbys et au sport. Ces réseaux ne sont pas nécessairement reliés les uns aux autres et sont même parfois hermétiquement privés. C'est ce modèle que Jean Dobey, président et fondateur de Shopmedia inc., une société canadienne spécialisée dans les services en ligne, propose d'appliquer dans le monde virtuel où il y a maintenant d'impressionnants lieux de rassemblement dans lesquels naviguent des internautes appartenant indistinctement à de multiples réseaux sociaux et dont les confidences sont par le fait même propagées sans aucune retenue sur toute la planète.

Certains penseront que c'est faire preuve de témérité que de s'attaquer à un marché dans lequel les Facebook et autres grandes vedettes occupent une place énorme. «Plusieurs vont sur Facebook par exhibitionnisme et d'autres ne veulent absolument pas y aller par crainte d'y perdre leur vie privée», répond M. Dobey, entrepreneur originaire d'Afrique, qui est arrivé ici en 1993 comme étudiant à l'École polytechnique de Montréal pour y obtenir une maîtrise en génie chimique. Il était déjà détenteur d'une maîtrise en chimie de l'Université de Côte d'Ivoire. Il a par ailleurs développé une vive curiosité pour le phénomène Internet en «essayant de comprendre les technologies qui étaient derrière».

Selon lui, «une technologie doit être au service des gens et s'adapter à eux, et non pas l'inverse». Par exemple, le téléphone a changé quelque chose, en ce sens que, grâce à lui, on peut aller chez quelqu'un sans s'annoncer. Cette idée de départ l'a de fil en aiguille conduit à offrir aux internautes toute une gamme de réseaux sociaux qui auront chacun un caractère très privé.

Son cheminement remonte à 1995, alors qu'avec un ami de Polytechnique il fondait Comicage Entertainement, un site Internet qui lui a «permis de se faire les dents» en vendant aux États-Unis des «comic books». Cette initiative a cependant subi les dommages causés par l'éclatement de la bulle technologique. Cela n'a pas diminué l'enthousiasme du jeune entrepreneur qui, en 2001, a créé Xelion Technologies, entreprise qui lui a donné un premier brevet pour une plateforme technologique visant à créer un intermédiaire, c'est-à-dire un distributeur, entre le vendeur en ligne, par exemple eBay, et ses acheteurs. Ce projet ne s'est pas concrétisé, mais cette plateforme allait constituer un peu plus tard la base de l'offre de Shopmedia, dont la création et le démarrage eurent lieu entre 2005 et 2007.

Pour mettre Shopmedia au monde, M. Dobey a d'abord réuni un petit groupe d'amis et d'investisseurs dans DHP, une firme privée d'investissements, avec l'intention d'effectuer un premier montage financier. Cela a permis de recueillir près de cinq millions provenant de 200 investisseurs. Au départ, il était entendu qu'il n'y aurait pas plus de 50 investisseurs, ce qui fut le cas quant au nombre de signataires des chèques. Toutefois, derrière certains signataires, il y avait plusieurs investisseurs, qui avaient globalement mis environ un million de dollars. M. Dobey a donc déposé ce montant en fiducie, mais, explique-t-il, les investisseurs concernés ont opté pour la création de filiales, qui, elles, ont investi dans Shopmedia.

M. Dobey était convaincu d'avoir reçu l'aval de l'Autorité des marchés financiers (AMC) pour procéder sans émettre un prospectus. Celle-ci a jugé par la suite qu'il aurait fallu un prospectus et a donc imposé «une pénalité administrative» de 172 285 $ aux administrateurs et dirigeants des sociétés qui formaient l'actionnariat direct et indirect de Shopmedia. Finalement, le 11 mai 2009, l'AMC confirmait que la situation avait été normalisée et que toutes les actions qui avaient été mises dans certaines compagnies à numéro (les filiales) allaient être désormais des actions de Shopmedia. À aucun moment, l'AMC n'a accusé les dirigeants de mauvaise foi ou de malveillance.

Fondateur et actionnaire majoritaire

Il faut dire que M. Dobey n'est pas arrivé à Montréal les poches vides. Il fait partie d'une famille très à l'aise, son père étant un important propriétaire foncier. Il préfère dire qu'il fait partie d'une «famille noble». Il a donc investi personnellement beaucoup d'argent dans son projet, ce qui fait de lui l'actionnaire majoritaire de Shopmedia avec une participation de plus de 70 %. Il est à la fois actionnaire de Shopmedia et de DHP qui détient pour sa part plus de 90 % des actions de Shopmedia. Au début de 2007, M. Dobey était le seul employé de cette société. Le personnel a augmenté jusqu'à 30 employés en 2009. Il en reste présentement une quinzaine, certains permanents, d'autres qui sont des contractuels, ingénieurs, informaticiens, des professionnels qui proviennent de Polytechnique ou de HEC. Shopmedia, qui s'affiche comme une firme spécialisée dans les services en ligne, a obtenu à ce jour 12 brevets reliés à différentes technologies de l'information et des communications.

L'entreprise en est maintenant à l'étape de procéder à un nouvel appel de fonds privés. Il n'est pas du tout question d'aller en Bourse. M. Dobey vise à recueillir cinq autres millions sur une période de six mois à un an. Et à quoi servira cet argent? À un effort de marketing l'été prochain pour faire connaître Hibe, c'est-à-dire «une nouvelle façon de socialiser», comme le dit le président: «Facebook a créé un système qui met tout le monde dans la même salle. Hibe, c'est comme dans la vie, les gens et les entreprises vivent dans des contextes particuliers, communiquent entre eux dans des endroits sécurisés et privés». Avec Hibe, il est impossible, explique M. Dobey, de faire du copier-coller et de transférer les communications comme on le fait avec les courriels. Le modèle est celui qu'appliquent déjà les institutions financières pour les transactions sur Internet de leurs clients. Il avance que 90 % des gens vont utiliser ce canal de socialisation gratuitement, à la condition de ne pas être inscrits dans plus de trois «salles». Au-delà de cela, il faudra payer un montant, probablement 25 $ par année, pour être membre. Il n'y aura pas de publicité sur Hibe.

M. Dobey mentionne dans sa présentation que le marché mondial des réseaux sociaux sur Internet était de 14,8 milliards en 2009. Il avance que, dans deux ans, Hibe pourrait avoir 2,6 millions de membres, soit une part de 0,4 % du marché; laquelle pourrait, trois ans plus tard, atteindre 4,3 %, soit 25 millions de membres. La clientèle visée se situe dans le groupe d'âge de 18 à 35 ans. Ces projections s'inscrivent dans le contexte d'une industrie dont la croissance est exponentielle.

Il faut tout de même un certain culot pour lancer sur le marché, avec de modestes moyens financiers, un nouveau produit que personne ne connaît et dire en même temps que les concurrents sont Facebook, MySpace, Twitter et les autres? De toute évidence, M. Dobey a l'habitude de la réaction de ceux qui doutent de sa réussite. Imperturbable, il répond en citant le cas d'eBay qui avait copié le brevet de MercExchange, causant ainsi des dommages importants estimés au départ à 35 millions, puis ramenés à 25 millions, aux fins de poursuites devant les tribunaux. Le père de Hibe fait la gageure que ses brevets vont faire en sorte que les imitateurs préféreront acheter sa compagnie ou alors louer la technologie en échange de redevances.

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Collaborateur au Devoir
1 commentaire
  • Sylvain Auclair - Abonné 16 février 2010 08 h 27

    English only

    Je suis allé voir le site www.hibe.com. Tout y semble uniquement en anglais. Très bien pour un Québécois d'origine ivoirienne. Ou peut-être un Canadien d'origine ivoirienne?