Présidence du Centre Jacques Cartier - « Coopérer autour de projets scientifiques, c'est s'appuyer sur ce qui est objectif, réel et déterminé »

Alain Bideau et Pierre Marc Johnson, du Centre Jacques Cartier
Photo: Michel Cavalca Alain Bideau et Pierre Marc Johnson, du Centre Jacques Cartier

Pour une deuxième année, Pierre Marc Johnson préside le Centre Jacques Cartier. L'ex-premier ministre du Québec a aussi été nommé, il y a quelques semaines, négociateur pour l'accord économique et commercial entre le Canada et l'Union européenne. M. Johnson se retrouve en première ligne des échanges Québec-France.

«Je me suis toujours intéressé à l'Europe, explique le juriste, médecin et touche-à-tout politique, mais, sur le plan des échanges économiques, mes interventions étaient davantage de nature privée pour le côté européen.» Le voilà donc à établir de nouveaux liens entre le Vieux Continent et la province fleurdelisée.

Des liens fondamentaux, croit-il. «La spécificité du Québec doit s'exprimer dans un contexte déployé en deux grands axes: celui de la France et de l'Europe, d'un côté, et celui des États-Unis, notre univers plus quotidien, de l'autre. Il faut développer la particularité de ces relations, leur profondeur et leur densité, afin qu'elles contiennent des ferments de passage d'une génération à l'autre.»

Les Entretiens Jacques-Cartier, avec leurs colloques touchant au scientifique, au politique et au culturel, sont à la mesure de la curiosité de M. Johnson. L'abondance des conférences est un terreau fertile pour les rencontres entre penseurs, le décloisonnement. «La recherche est pour moi une des perspectives les plus importantes en coopération internationale, parce qu'elle se base sur l'objectivité. Coopérer autour de projets scientifiques, c'est s'appuyer sur ce qui est réel et déterminé. En naissent les coopérations les plus fortes qui soient, celles qui, habituellement, durent.»

Lors de sa communication à la première conférence des

22es Entretiens Jacques-Cartier, intitulée Villes de savoir, M. Johnson a encouragé les chercheurs québécois à publier leurs études aussi en anglais, afin de leur assurer la plus large diffusion possible. Une autre façon de s'ouvrir à davantage de coopérations.

Lumières et aviation

Il y a 25 ans déjà que le Centre Jacques-Cartier travaille à la collaboration. «Cette relation entre la deuxième ville de la France et Montréal est probablement sans précédent, peut-être à cause de l'ampleur des moyens mis à contribution

— privés, institutionnels et gouvernementaux. C'est une relation soutenue et diversifiée, aux niveaux universitaire, politique, municipal, des affaires et des arts. J'aime donner l'exemple de l'éclairage de la ville de Montréal, né de l'inspiration et de l'expertise lyonnaises.»

Car Lyon est bien connue pour sa Fête des lumières, en décembre, où des artistes éclairent les monuments de la ville. Couleurs, projections sur bâtiments et effets spéciaux font déplacer les foules. Un exemple de retombée parmi d'autres, puisque «des entreprises d'ici comme Cascades, SNC-Lavalin et le secteur de l'aviation ont maintenant des intérêts importants en Rhône-Alpes».


Ouvrir à toutes les francophonies

M. Johnson ne tarit pas d'éloges envers Alain Bideau, le directeur du Centre Jacques-Cartier, qui a su poser des fondations solides et qui prépare la continuité. «J'arrive dans une machine magnifiquement rodée, qui peut mener sans problème 20 colloques simultanément. Chacun des colloques est pensé à partir d'au moins quatre séances. Le temps accordé à la préparation est une des grandes qualités des Entretiens.»

Aussi, un des futurs défis du président est l'ouverture aux autres horizons. «On vise des Entretiens qui touchent le monde francophone, avec l'Asie, l'Amérique latine et l'Afrique.» Ces projets, précise-t-il, sont encore en gestation.

Et sa plus grande surprise, depuis son arrivée à la présidence du Centre? La première réunion du conseil d'administration: «En France, particulièrement dans le milieu universitaire, un conseil d'administration réunit près de 30 personnes. Pour m'être déjà frotté au monde universitaire, notamment à McGill, et avoir compris que c'est un monde avec ses propres règles, j'ai été surpris de l'efficacité des décisions! Les choses deviennent difficiles en milieu universitaire quand il y a trop de théorisation. Ici, ça s'appuie sur de la substance. Et ça devient facile.»

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Collaboratrice du Devoir

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