La science en français - « Il faut relier le monde nano à notre monde »

En mai 2008, lors des États généraux de la bioéthique, le chargé de recherches à l’Université Paris-5 René-Descartes, Bernard Reber, a réussi rendre compréhensible au commun des mortels les OGM, leur composition et leur production.
Photo: Agence Reuters Vincent Kessler En mai 2008, lors des États généraux de la bioéthique, le chargé de recherches à l’Université Paris-5 René-Descartes, Bernard Reber, a réussi rendre compréhensible au commun des mortels les OGM, leur composition et leur production.

La rencontre avait son thème: se relier au nanomonde, mais elle s'est conclue sur son contraire, à savoir que la science doit aussi se relier, être responsable et ainsi tenir compte des transformations qu'elle opère. Et, pour parvenir à une telle conclusion, qui l'eût cru!, Jean Charest allait y être pour quelque chose...

En sciences pures, tout est question de limites, et Andrew Kirk en sait quelque chose. Lui qui est vice-doyen de l'Université McGill, au département de génie, pour les secteur de la recherche et des études supérieures, il allait en faire la preuve en établissant les «défis de l'intégration en nanophonétique». Et son propos s'adressait alors à des spécialistes: jusqu'où peut-on espérer réduire les éléments divers qui permettent une transmission efficace des diverses données et, pour cela, approfondir la composition des signaux, leur mise en réseau, tout en éliminant le maximum de pertes et de «bruit»?

Dans la salle, l'oreille était attentive. Et pourtant, on était à la conclusion d'une deuxième journée où constamment le mot «nano» avait été dit et redit, comme dans nanostructure, nanoparticule, nanocristal et ainsi de suite jusqu'à nanopatterning. Et, dans ce monde, le micron est une mesure de grandeur!

Et étaient venus même de la Chine pour l'entendre les Lin Guo et Xuefeng Guo, tous deux du département de chimie de l'Université BeiHang de Pékin, ou du Québec, Paul Charette, de l'Université de Sherbrooke, et Mohammed Chaker, de l'INRS, dont l'unité Énergie, matériau et télécommunication est basée à Varennes.

Mais l'assemblée était surtout française, et le plus grand nombre des personnes présentes étaient des étudiants de l'École centrale de Lyon, une école qui correspond à l'École polytechnique québécoise. Et, surprise pour l'étranger dans la salle, tout se déroulait en anglais, avec milles excuses de la part de celui ou celle qui ne trouvait pas le mot juste dans la langue de Shakespeare, et ce, jusqu'à ce que...

En français, s'il vous plaît !

La France, on le sait maintenant, par la voix de ses élites, s'est donné pour mission d'inscrire ses universités et grandes écoles dans le haut du classement de ces établissements à l'échelle internationale. Et en sciences, l'anglais est la lingua franca, comme l'affirme avec force Pierre Marc Johnson, président du Centre Jacques Cartier et, entre autres titres, ancien premier ministre du Québec et négociateur québécois désigné pour une future entente Europe-Canada.

Toutefois, à Lyon, Jean Charest s'est affiché comme le défenseur de l'autre lingua franca, reprochant même aux Français, du moins à leur élite scientifique, un recours par trop systématique à l'anglais, sans volonté de traduire, dès que science ou gestion sont en cause.

Et se servant de cette déclaration, qu'il citait, un «hurluberlu» allait donc réintroduire la langue de Molière dans le temple scientifique.

Bernard Reber est philosophe de formation et chargé de recherches à l'Université Paris-5 René-Descartes. On l'avait invité à discourir sur la façon de «connecter évaluation collective et évaluation morale continue», donc à parler d'éthique en recherche. Ce qu'il fit, dérogeant à la «pratique admise qui veut que, dans les colloques scientifiques, tout se passe en anglais».

Et de citer John Rawls, Habermas, de recourir à Bruce Willis, tout cela pour dire qu'il faut rendre la science, du moins dans ses objets de recherche et l'établissement des méthodes utilisées pour parvenir à des résultats, capable de se rendre compréhensible au commun des mortels. Et de dire que cela fut fait en France, en mai 2008, lors des États généraux de la bioéthique (qui portaient surtout sur les OGM, leur composition et leur production).

Et son exposé a reçu bon accueil: la salle a si bien répondu, en redemandant encore, que le premier à quitter fut... le conférencier, qui avait, lui, un train à prendre (l'a-t-il eu, on ne le sait, car il y avait interruption de métro en cette fin d'après-midi du 2 décembre sur la ligne Écully-Lyon centre).

Et on a ainsi accepté la majorité de ses suggestions comportementales, après avoir énoncé que «la science est controverse», que «There is no truth in science», voire que «Nature is more bright than we are» (dixit dans tous les cas Addelkader Souifi, professeur rattaché à l'Institut des nanotechnologies de Lyon et à l'INSA local).

Et tout cela parce que, en conclusion, M. Reber a affirmé que toute discussion devait débuter sur une seule prémisse: dans tout débat, comme le conférencier l'a énoncé pour que tous comprennent, «What kind of agreement do we want to reach?»

Que les Chinois et spécialistes de tous les pays se le tiennent pour dit. Mais c'est à eux de répondre.

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