Prix Marie-Victorin - Une étoile de plus...

Victoria Kaspi
Photo: Rémy Boily Victoria Kaspi

À peine quadragénaire, elle s'attire le respect des grands noms dans son domaine. Cette astrophysicienne a mis à l'épreuve Einstein lui-même. La recherche en astrophysique à l'Université McGill, dont Victoria Kaspi fut la pionnière il y a dix ans, lui doit sa réputation internationale. Mais demandez-lui de vous parler de ses découvertes importantes au cours des dernières années, elle vous répondra en donnant les noms de ses étudiants de doctorat. Modeste, vous dites?

Avec René Breton, par exemple, la titulaire de la Chaire de recherche du Canada en astrophysique d'observation a mis à l'épreuve la théorie de la relativité générale d'Einstein... avec succès!

Un couple d'étoiles unique

Le tandem a utilisé un couple d'étoiles unique pour vérifier la théorie du célèbre physicien: un système de deux étoiles à neutrons, des pulsars. Ces minuscules «étoiles pulsantes» de quelques dizaines de kilomètres de diamètre seulement sont les cadavres issus de l'explosion d'étoiles très massives. «C'est très rare, une des étoiles tourne autour de l'autre en une demi-heure: ça prend un an à la Terre pour tourner autour du Soleil!», compare la chercheuse. «C'est très très rapide!»

D'ailleurs, l'astrophysicienne a découvert récemment un de ces pulsars. Il tourne sur lui-même... plus vite que les lames d'un mélangeur, soit autour de 700 fois par seconde.

Certaines étoiles à neutrons tournent si vite qu'elles deviennent des pulsars. À l'image du faisceau lumineux de la place Ville-Marie, un pulsar émet un rayon, mais qui est composé de rayons X. De la Terre, on perçoit faiblement ce faisceau de rayons X avec un télescope très puissant, chaque fois qu'il pointe dans notre direction pendant sa rotation.

À une telle vitesse de rotation, Einstein doit venir à la rescousse de Newton et Kepler. La théorie de la relativité générale allait-elle survivre à l'observation minutieuse que René et Victoria entreprennent «avec beaucoup de patience et une observation détaillée»? «Elle en est sortie sans une égratignure!», s'enthousiasme cette dernière, qui, par la rareté d'une telle occasion, «n'aurait jamais imaginé vérifier ça un jour».

En effet, des couples d'étoiles semblables, les astronomes en ont à peine découvert une centaine. Et, souvent, les pulsars dansent dans un tel angle par rapport à la Terre que les observations sont difficiles, voire impossibles. Science a publié cette preuve «élégante», comme disent les physiciens, en 2008.

Montréal, par amour

Après tous ses succès, Victoria Kaspi ne regrette pas d'avoir quitté le célèbre Massachusetts Institute of Technology (MIT), où elle a enseigné pendant trois ans.

Née au Texas, patrie de son paternel, élevée au Québec où sa mère est née, elle avait quitté la province pour poursuivre sa maîtrise et son doctorat à l'Université de Princeton. Mais c'est l'amour qui l'a ramenée ici. «En vérité, j'étais heureuse au MIT, confie-t-elle, mais mon mari... était professeur à McGill.» Après trois ans d'allers-retours, «on voulait un bébé», simplement, dit celle qui a donné naissance à trois enfants.

Les étoiles étaient alignées, car McGill lui propose au même moment de créer un programme en astrophysique. «Ça m'inquiétait un peu d'être la seule femme du programme, mais, quand je suis revenue, c'était parfait pour la famille. McGill a ensuite attiré d'autres astrophysiciens — et physiciennes!»

«Ma vie en recherche ici? C'est mieux qu'au MIT, affirme sans hésitation Victoria. C'est rare qu'on puisse assister à la mise sur pied d'un nouveau programme et même choisir ses futurs collègues! Auparavant, j'étais toujours la plus jeune. En 2000, je ne le savais pas, mais c'était vraiment la meilleure décision.»

Gageons que ce Prix du Québec n'est pas le dernier honneur à marquer le parcours exceptionnel de l'astrophysicienne, qui continue à publier des découvertes importantes dans les plus grandes revues scientifiques et à former des scientifiques qui font à leur tour leur marque. Et ce, jusque dans les écoles primaires, où elle s'est promenée pour parler de sa carrière peu traditionnelle.

«Elle change le cours de sa discipline. Mettre les points sur les i et les barres sur les t, ce n'est pas pour elle!», dit Jonathan Arons, professeur d'astronomie et de physique à l'Université de la Californie à Berkeley. Et de renchérir l'astronome David Eichler: «Kaspi, pour moi, c'est une des plus grandes astronomes au monde et je la pressentirais tout autant pour un prix mondial.»

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Collaboratrice du Devoir

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