L'Acfas réclame le départ du ministre Goodyear

Le président de l'Association francophone pour le savoir (Acfas), Pierre Noreau, réclame lui aussi le départ du ministre fédéral d'État aux Sciences et à la Technologie, Gary Goodyear. L'Acfas, qui représente 6000 chercheurs et scientifiques, estime que l'ingérence du ministre dans l'octroi d'une subvention du Conseil de recherches en sciences humaines démontre qu'il ne comprend pas sa fonction.

L'Acfas emboîte donc le pas à l'Association canadienne des professeures et professeurs d'universités (ACPPU), qui avait fait la même demande la veille dans Le Devoir. L'ACPPU représente 65 000 enseignants dans 121 universités.

« Le geste de M. Goodyear est clairement inapproprié, a affirmé Pierre Noreau au Devoir. Il faut protéger l'autonomie des organismes subventionnaires. Le premier ministre Stephen Harper doit mettre les bons joueurs à la bonne place et visiblement, M. Goodyear ne comprend pas le domaine de la science. Il en va de la crédibilité du gouvernement. »

L'Acfas craint que si aucun geste n'est fait pour déloger Gary Goodyear, cela voudra dire que le gouvernement partage l'idée que la politique peut s'ingérer dans la recherche. « Il faut espérer que ce n'est pas un courant répandu au sein du gouvernement, sinon, ça priverait le pays d'une recherche de qualité », a dit M. Noreau.

Gary Goodyear est dans une situation délicate depuis que le contenu d'un courriel compromettant émanant de son bureau a été révélé. On y apprend que le ministre a menacé le Conseil de recherches en sciences humaines (CRSH), un organisme scientifique indépendant, de lui couper des fonds l'an prochain s'il refusait de réévaluer une subvention — déjà accordée — à une conférence universitaire sur le Proche-Orient que le ministre jugeait trop anti-Israël.

Le CRSH a finalement résisté aux pressions du ministre et a accordé la subvention de 19 500 $ à l'événement de l'Université York, à Toronto, en juin (voir Le Devoir d'hier).

Le Conseil de recherches en sciences humaines est un organisme fédéral qui gère un budget annuel de plus de 300 millions de dollars. Il est responsable de verser des subventions à des événements et à des chercheurs dans le domaine des sciences humaines. L'organisme est indépendant d'Ottawa afin d'assurer une protection contre l'ingérence politique.

Tout comme l'ACPPU, Pierre Noreau juge que l'indépendance des organismes subventionnaires est essentielle. « Ce sont des experts qui déterminent quels projets doivent être subventionnés en fonction de la qualité de la recherche. Les intérêts politiques sont souvent circonstanciels et à court terme. Ils ne doivent pas dicter à la science comment doit se faire la réflexion », dit-il.

Questionné aux Communes par le député Robert Vincent, du Bloc québécois, Gary Goodyear a soutenu que cette histoire est « inexacte », sans toutefois s'expliquer. Son bureau n'a pas rappelé Le Devoir.

La députée du NPD Niki Ashton demande au ministre Goodyear de démissionner de ses fonctions.