Médor, ce grand déprimé...

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Aux mêmes maux, les mêmes remèdes. Le Slentrol de Pfizer a été homologué l'an dernier par une agence américaine pour traiter l'obésité canine. L'Anipryl, de la même société, s'occupe des «problèmes cognitifs» et aide donc les vieux toutous à retrouver leur bol.

Il y a deux ans, le groupe pharmaceutique Eli Lilly and Company a lancé Reconcile, une version à mâcher de son fameux Prozac pour les canidés en dépression posttraumatique à la suite du divorce de ses maîtres, par exemple. Aux États-Unis, on a récemment estimé que 14 % des chiens vivent une angoisse semblable. Un beau sujet pour Walt Disney...

Les «troubles du comportement» prennent de l'ampleur, comme dans les classes et les garderies. L'agressivité constitue une des principales raisons de l'abandon des animaux et de l'euthanasie qui s'ensuit souvent.

Un récent article du New York Times Magazine («Pill Popping Pets», 13 juillet 2008) a révélé que le phénomène de la surconsommation de médicaments par les animaux de compagnie américains est en forte hausse. Est-ce le cas ici? «Je ne cible pas la surutilisation de médicaments comme un problème, répond le Dr Joël Bergeron, président de l'Ordre des médecins vétérinaires du Québec. J'ose espérer qu'on est en mesure de diriger les propriétaires vers de meilleurs outils complémentaires.»

Vétérinaire et pharmacien

Le vétérinaire porte aussi un sarrau de pharmacien. L'émission La Facture, de Radio-Canada, a montré en septembre dernier que les médicament pour les bêtes étaient souvent vendus jusqu'à deux ou trois fois plus chers en clinique pour animaux que dans les pharmacies pour humains. Le code de déontologie de l'ordre prévoit que le vétérinaire agisse pour le bien de son patient.

«La présence du médicament sur place est souvent un grand avantage, raconte le président de l'ordre. Certains médicaments ne sont disponibles que là. Le vétérinaire en vend, mais comme il vend des radiographies, un vaccin ou de la nourriture. Cette pratique fait appel au code d'éthique et au sens moral du professionnel.»

Ces pros réagissent aux demandes des propriétaires, par exemple en soignant des cancers au moyen de coûteuses chimiothérapies. Est-ce l'équivalent médical de l'hôtel de luxe pour toutous? «Il y a une différence majeure entre les dépenses qui concernent d'un côté le bien-être du patient, un chien qui reçoit une chirurgie à 3000 $ par exemple, et le bien-être du propriétaire qui trouve plaisir à envoyer son chien dans un établissement à 300 $ la nuit. Un hôtel de luxe pour chiens répond à un choix de l'humain, pas à un choix du chien.»

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