OGM «Terminator» - Le maintien du moratoire est recommandé

Pour le maintien du moratoire et pour plus de transparence. La Commission de l'éthique de la science et de la technologie (CEST) va recommander à Québec de considérer avec beaucoup de prudence un nouveau type d'organisme génétiquement modifié (OGM) dit à «semence stérile», dont l'innocuité n'a pas encore été prouvée.

Dans une mise à jour, qui doit être diffusée demain, de son avis sur la gestion éthique des OGM, la Commission estime que le possible usage de transgènes de type «Terminator», c'est-à-dire conçus pour qu'ils ne soient pas capables de se reproduire seuls dans la nature, s'accompagne encore et toujours de trop d'inconnus quant à leur impact sur l'environnement et sur la santé humaine.

Du coup, la CEST recommande au gouvernement de «soutenir un moratoire [...] sur les essais en champs» avec ce genre d'OGM jusqu'à ce que les doutes soient dissipés. Dans un document de 120 pages, dont Le Devoir a pris connaissance, le groupe demande également à Québec d'assurer «le financement de la recherche publique en laboratoire et en serre sur [ces transgènes] afin d'obtenir des données scientifiques vérifiables et publiques permettant de valider la pertinence des recherches en champs, en conditions contrôlées».

Apparue au tournant du siècle dans les laboratoires des Monsanto, Syngenta, Novartis et consorts, cette nouvelle génération d'OGM, issue de la technologie dite de restriction de l'utilisation génétique (TRUG), a été officiellement enregistrée aux États-Unis en 1998 et au Canada en 2005. Actuellement, toutefois, ces transgènes n'ont pas encore reçu le feu vert des autorités sanitaires dans ces deux pays pour des expérimentations en champs ou encore pour être commercialisés. Mais plusieurs signes «laissent croire que les semencières souhaitent toujours aller de l'avant avec cette technologie», écrit la Commission dans sa mise à jour.

Ces semences stériles ont été inventées afin de gérer biologiquement la multiplication non autorisée des OGM et leur dispersion accidentelle dans l'environnement. Ces propagations inquiètent en effet écologistes et scientifiques en raison de leurs conséquences, néfastes ou pas, sur la flore et la faune.

Or, en tentant de résoudre un problème avec cette nouvelle génération de transgènes, les géants des biotechnologies semblent en avoir créé d'autres avec des semences stériles qui feraient peser «un risque sur la diversité biologique», mais aussi sur la sécurité alimentaire mondiale et le droit des petits paysans dans les pays en développement à réutiliser leurs semences, au nom de la tradition et de l'autosuffisance, rappelle la Commission.

C'est d'ailleurs sur ces bases qu'en 2000, la Convention sur la diversité biologique (CDB), relevant des Nations unies, a proposé un moratoire international qui interdit les essais en champs de ces OGM «pour des raisons de biosécurité et à cause des impacts socio-économiques potentiels» de cette technologie. Or, les fabricants de ces transgènes estiment que ce moratoire freine sérieusement la recherche sur ce type d'OGM et appellent, un peu partout sur la planète, à un peu plus de latitude.

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