L'eau est en danger

L'utilisation généralisée d'antibiotiques, d'antimicrobiens et d'antifongiques partout sur la planète pour soigner des maladies chez les humains et chez les animaux, ou pour les prévenir, est en train de contaminer les cours d'eau et les nappes souterraines, tout en augmentant la résistance des micro-organismes présents dans ces eaux.

C'est ce qu'ont constaté des chercheurs de l'Université de Montréal, qui viennent de publier dans la revue Environmental Health Perspectives une synthèse analytique d'une centaine d'études réalisées depuis 24 ans à travers la planète sur 126 agents anti-infectieux.

Ces agents se retrouvent en concentrations croissantes dans les eaux des rivières et même dans les eaux souterraines, ce qui met en péril les prises d'eau et les puits en zone agricole où les déjections d'animaux traités préventivement sont responsables d'apports importants.

Les chercheurs se sont concentrés sur trois catégories d'antibiotiques — macrolides, quinolones et sulfamides — et sur le composé triméthoprime. Ces agents anti-infectieux se retrouvent aujourd'hui dans les eaux d'Extrême-Orient ainsi qu'en Europe et en Amérique du Nord. Dans certains cas, les concentrations relevées dans des échantillons dépassaient les seuils où des effets sensibles sont habituellement notés sur les micro-organismes au point d'augmenter leur résistance.

Selon le professeur Sébastien Sauvé, du département de chimie de l'Université de Montréal, l'étude invite aussi les gouvernements à réduire l'utilisation des agents anti-infectieux dans les fermes parce qu'il en résultera une hausse des concentrations et une augmentation de la résistance chez les pathogènes. Par ailleurs, ajoute le professeur, il faut comprendre que moins on utilisera d'eau en raison des campagnes d'économie d'eau potable, plus les concentrations de ces agents anti-infectieux seront élevées dans les eaux usées. Cependant, dit-il, il ne faut pas pour autant mettre fin à ces campagnes, mais être conscient du problème que cela pose pour les responsables du traitement de l'eau potable, notamment.

Le professeur Sauvé estime qu'il serait bon de traiter les eaux usées des hôpitaux avant qu'elles soient déversées dans l'égout collectif. Mais, précise-t-il, si cela permettrait de traiter une partie importante des agents infectieux, ainsi que les pathogènes présents dans ces eaux, l'essentiel proviendra toujours des rejets globaux des résidences.

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