Plaque Coup de coeur à l'Université Laval - L'information est mise au service de l'Afrique francophone

Le VISAF, ce «virtuel au service de l'Afrique francophone», lancé par l'Université Laval et retenu comme finaliste dans la catégorie Apprentissage en ligne et gestion des connaissances des Octas 2009, reçevait samedi dernier la Plaque Coup de coeur attribuée par le jury.

Dans une université du Sénégal, quelques étudiants en informatique assistent à leur cours. La scène pourrait paraître banale, mais voilà: leur professeur se trouve à des milliers de kilomètres, dans une salle de l'Université Laval, à Québec.

Cette anecdote est la prémisse du projet «Le virtuel au service de l'Afrique francophone», mis au point par l'Université Laval, en collaboration avec l'Université virtuelle africaine et l'Association des universités et collèges du Canada. L'objectif? Mettre sur pied un baccalauréat à distance en informatique, une première au Québec.

«Tout se passe en temps réel, s'enthousiasme Guy Mineau, l'ex-directeur du département d'informatique et de génie logiciel de l'Université Laval qui a piloté le projet. Les professeurs donnent leur cours en synchrone dans huit pays, sur trois fuseaux horaires différents. Les étudiants se relient au système, entendent la voix du professeur, voient ses notes PowerPoint et peuvent poser leurs questions.»

Depuis 2004, des étudiants du Sénégal, du Bénin, de la Mauritanie, du Niger, du Burundi, du Mali, du Burkina Faso et du Cameroun ont suivi une formation en informatique. Ils sont aujourd'hui environ 175 à détenir un baccalauréat ou un certificat dans cette matière.

Pépins techniques

La mise en place du projet ne s'est pas faite sans anicroche. «Au début, on a eu plusieurs problèmes techniques, se rappelle Thierry Eude, le chargé d'enseignement en informatique. Pour eux comme pour nous, c'était la première expérience du genre.»

Dans la majorité des cas, un seul ordinateur trône au milieu de la salle de classe. L'image de l'écran, contrôlée par le professeur, est projetée sur le mur. Les étudiants peuvent entendre leur enseignant grâce à un haut-parleur et formuler leurs questions à l'aide d'un micro.

Ils ont aussi accès à un laboratoire d'ordinateurs pour les travaux pratiques, mais pas à n'importe quel moment, ce qui complique parfois la donne. «Au Québec, les étudiants ont accès à un ordinateur presque 24 heures sur 24. Là-bas, ils n'ont souvent pas d'ordinateurs à la maison, encore moins l'accès à Internet. Il a fallu s'ajuster pour tenir compte des aléas de chaque région», dit Thierry Eude.

Les pannes d'électricité ont aussi causé quelques problèmes. M. Eude se rappelle qu'à un certain moment, au Sénégal, les coupures de courant étaient fréquentes, parce que les pétrolières protestaient contre le gouvernement du pays, qui refusait de les payer. «Au moins, les cours étaient archivés, ce qui permettait aux étudiants d'aller les écouter une fois le courant rétabli.»

Sept heures plus tard

Les questions liées aux horaires ont aussi nécessité des acrobaties logistiques pour les professeurs. «Il faut penser qu'il y a un minimum de cinq heures et un maximum de sept heures de décalage avec le Québec et qu'on est en temps réel, dit Guy Mineau. Les professeurs devaient donc enseigner très tôt le matin, vers 6h ou 7h, pour terminer à des heures raisonnables pour les étudiants.»

La guerre civile qui a éclaté au Burundi en 2005 a aussi forcé quelques ajustements. «Le couvre-feu était à 22h. Il fallait donc finir un peu plus tôt pour que les jeunes puissent rentrer chez eux», raconte M. Eude.

Les derniers milles

L'aventure tire à sa fin, puisque l'ACDI n'a pas renouvelé son financement. Dans la première mouture du projet, le partenaire africain devait reprendre le flambeau pour offrir le même programme de façon autonome. Cette idée est tombée à l'eau en cours de route, pour des raisons de logistique.

Les derniers cours auront donc lieu cet été. Thierry Eude, chargé d'enseignement en informatique, se désole que l'expérience se termine. «C'est vraiment dommage, parce que je suis convaincu du potentiel de développement d'un tel projet.»

Selon Guy Mineau, le grand avantage de la formule est que les étudiants africains peuvent avoir accès à des études postsecondaires de haut niveau, à faible coût pour le pays, tout en demeurant chez eux. «Souvent, les étudiants étrangers qui viennent au Québec ne retournent pas dans leur patrie. Ils s'enracinent, se font des amis et se trouvent un travail.»

«Si on peut leur enseigner à distance, ils pourront ensuite construire quelque chose sur place et aider leur pays à se développer», renchérit Thierry Eude.

Le Béninois Joseph Assouramou fait partie des quatre diplômés de la première cohorte qui ont reçu une bourse pour poursuivre leur formation à Québec. Il désire rentrer chez lui dès qu'il aura complété sa maîtrise. «Je veux continuer de développer des projets chez moi, apporter des solutions à des problématiques», dit-il.

Décrocher un emploi en informatique dans son pays ne risque pas d'être un problème. Avant même d'avoir terminé son baccalauréat, il a été embauché par une entreprise locale. Et il n'est pas le seul. «Plusieurs de mes anciens collègues ont maintenant un emploi dans leur domaine», rapporte-t-il.

Vers l'avenir

Selon Guy Mineau, aujourd'hui directeur général de la formation continue, le projet en Afrique aura permis à l'Université Laval d'acquérir une expertise dans l'enseignement à distance. Les étudiants québécois ont aussi pu en bénéficier, puisqu'ils peuvent maintenant suivre des cours à distance, en synchrone, en informatique et dans d'autres disciplines.

En outre, deux partenaires africains, l'un au Gabon et l'autre en Côte-d'Ivoire, ont approché l'université pour pouvoir offrir à leur tour une formation en informatique.

Collaboratrice du Devoir

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