L'entrevue - Un décollage parfait

David Saint-Jacques, médecin et astronaute
Photo: Jacques Nadeau David Saint-Jacques, médecin et astronaute

Le 13 mai dernier, David Saint-Jacques a réalisé un grand rêve d'enfance: celui de devenir astronaute pour l'Agence spatiale canadienne. Pris depuis dans une nébuleuse de journalistes, ce médecin du Nunavik apprivoise lentement son changement de carrière qui débutera officiellement à la fin de l'été au Johnson Space Center, au Texas. Le Devoir l'a rencontré.

Des yeux d'un bleu profond, un sourire franc, une poignée de main chaleureuse. On a beau se dire que cet homme marchera peut-être un jour sur la Lune, David Saint-Jacques a ce je-ne-sais-quoi de terre à terre. D'accessible. C'est, du moins, ce qu'il semble vouloir laisser transparaître. «Les gens voudraient faire de moi un héros. C'est un personnage qui rentre dans la pièce en même temps que moi, mais ce n'est pas moi. Moi, je suis David Saint-Jacques», affirme-t-il d'une désarmante humilité. Il rit gentiment de la curiosité qu'il suscite depuis quelque temps. «Ça fait rêver tout le monde. L'astronomie, le ciel, tout ce qui a rapport à l'au-delà, ça vient toucher la quête de sens de la vie», dit-il. «Moi, je vois ça comme une tribune. Je veux l'utiliser intelligemment et faire passer des messages qui sont importants.» Habile orateur, en plus. Mais ordinaire? Vraiment?

Certes, il a été un enfant «comme les autres», ayant grandi à Saint-Lambert entouré de ses deux frères et de ses parents enseignants de physique et d'histoire, et il était plutôt doué à l'école. Il n'était pas né quand l'homme a marché sur la Lune, mais, comme des milliers d'enfants de sa génération, il a dévoré les livres sur les missions Apollo. Les images de la Terre vue de la Lune le faisaient rêver. Tant et si bien qu'à la question «que veux-tu faire quand tu seras grand?», il a répondu: astronaute. Ça allait de soi.

Foncièrement doué, il a néanmoins appris la valeur du travail et de la persévérance. Qu'il importe peu de trébucher, pour autant que l'on se relève. Et il a aussi appris à maintenir le cap. «La peur de ne pas pouvoir accomplir nos rêves n'est pas une bonne raison de les abandonner. Ce sont eux qui nous gardent en vie», croit-il.

Fort d'un diplôme en génie physique de la Polytechnique, d'un doctorat en astrophysique de Cambridge et d'un postdoctorat au Japon, il a fini par revenir faire sa médecine à l'Université Laval pour finalement pratiquer dans le Grand Nord québécois.

À travers tout ça, une rencontre marquante. Celle avec l'astronaute Steve MacLean, maintenant président de l'Agence spatiale canadienne. À l'époque, il revenait tout juste de sa mission dans l'espace qu'il avait effectuée en 1992. «Je me disais "wow, il est fort, il est brillant, mais c'est aussi un bon gars". Ça m'a donné le droit de rêver», raconte l'astronaute âgé de 39 ans.

Le goût de l'aventure

Au terme d'un rigoureux processus de sélection comprenant 5351 candidats, son presque «couronnement» comme 11e astronaute de l'équipe canadienne vient boucler la boucle. «Ça rassemble un peu tout ce que j'ai développé comme expériences dans la vie», note-t-il. Pourtant, il ne saurait pas expliquer pourquoi il a été choisi. «C'est un processus très long et rigoureux. J'imagine que juste ça, ça faisait partie du test», lance-t-il, sourire en coin.

Chaque candidat recevait des instructions bien précises concernant le lieu et l'épreuve à réaliser. L'une d'elles consistait à accomplir des tâches en équipe dans des conditions très stressantes, dans la chaleur intense du combat simulé d'un incendie ou le froid glacial de l'eau d'une inondation. «Jeremy [Hansen] et moi, on a sans doute été sélectionnés parce qu'on fait une bonne équipe», croit-il.

Passionné d'aventures, ce skieur de compétition, champion d'aviron, alpiniste à ses heures s'est récemment mis au kiteski, dans le Nunavik. «On dirait que je ne cherche pas le confort», constate-t-il. «Mon but dans la vie, c'est plutôt d'en voir le plus possible avant de mourir.» Une façon de voir les choses qui l'a mené notamment dans les camps de réfugiés palestiniens au Liban, où il a compris la valeur de la paix de son pays et la liberté d'avoir des rêves. Comme celui d'un jour pouvoir aller dans l'espace. Et peut-être participer à une expédition sur la Lune ou sur Mars, pourquoi pas? «Si l'humanité embarque ainsi que le Canada, c'est sûr que je lève la main. Et Jeremy aussi!»

Va pour la carotte. Il n'en demeure pas moins que le métier d'astronaute est rempli de bien d'autres obligations techniques et administratives. «Je le compare toujours à celui d'alpiniste. C'est le fun d'être en haut d'une montagne, mais tu es là dix minutes. Les grimpeurs heureux sont ceux qui aiment préparer leur mission, rencontrer des gens, regarder des cartes», explique-t-il en s'estimant hautement privilégié.

Astronaute 101

À l'aube de sa nouvelle carrière, David Saint-Jacques se considère comme un «débutant» qui ne sait pas trop ce qui l'attend. Son cours «d'astronaute 101», comme il le dit lui-même, ne débutera qu'à la fin août lorsqu'il ira s'établir à Houston avec la femme de sa vie pour commencer sa formation au Johnson Space Center. Il n'en a pas moins les idées claires. «Je veux faire de la médecine spatiale», lance-t-il tout de go. Même si dans l'espace, les urgences ne sont pas engorgées et que les ambulances coûtent cher, plaisante-t-il.

Il se dit particulièrement désireux de participer à la recherche sur les effets des vols spatiaux sur les astronautes, tant les aspects psychologiques que physiques (ostéoporose, perte musculaire, etc.). «L'autre volet, c'est d'assurer les services médicaux aux astronautes en orbite. Fournir ce genre de réponses, c'est un peu le même défi, mais en version exagérée, que fournir des services médicaux en régions éloignées», avance-t-il. Faire beaucoup avec peu. «Je serais content de pouvoir contribuer, dans le cadre de programme spatiaux, au développement de la télémédecine. Ça pourrait s'appliquer directement à nos populations nordiques», note-t-il. L'astronaute aime à rappeler que rien n'aurait été possible s'il n'avait pas pu postuler au programme spatial depuis Puvirnituq, grâce à Internet par satellite.

Sensible à la fragilité de la planète, il insiste également sur les desseins environnementaux d'une mission dans l'espace. «Tout ce qu'on sait de la Terre ou presque, c'est en bonne partie grâce aux satellites», souligne-t-il. Les premières images de la Terre, sa mince couche d'or bleu et ses petites taches vertes, l'ont rendue précieuse aux yeux de l'humanité, croit-il. «Tout ça a beaucoup d'importance à mes yeux», a-t-il soufflé. Son plus grand défi? «Je devrai toujours garder de la place pour ma vie personnelle, de famille. Avec un emploi aussi passionnant et tripant, ce serait facile de disparaître complètement là-dedans». Le difficile équilibre de garder les pieds sur terre tout en ayant la tête dans les étoiles.
2 commentaires
  • André Binette - Inscrit 25 mai 2009 17 h 32

    David Saint-Jacques

    Ce type est inspirant. Il transportera nos rêves dans l'espace. Souhaitons-lui une longue vie et des petits-enfants à qui la raconter!

  • Claude L'Heureux - Abonné 25 mai 2009 19 h 21

    Quel contraste !

    Fascinant ce monsieur Saint-Jacques les deux pieds bien plantés dans la terre et l'humain ! Il est à des années lumières de nos têtes enflés aux stéroïdes Canadian que sont Julie Payette et Marc Garneau. Les valeurs qui transpirent de monsieur Saint-Jacques sont on ne peut plus québécoises... de souche et universelles.

    Claude L'Heureux, Québec