Le consommateur de bande passante paie le prix fort

Désuet et dispendieux. L'obsolescence du réseau canadien de transfert des données numériques, par Internet ou par cellulaire, pourrait avoir à terme un prix économique et social important. Mais pour le moment, c'est le consommateur qui règle la facture.

Un doute? C'est l'OCDE qui le dit. En 2007, l'Organisation de coopération et de développement économique a mesuré en effet le prix pour accéder et utiliser à la bande passante dans une trentaine de pays, dont le Canada. Résultat: alors qu'un Megabit/seconde de bande passante, soit l'unité de base de mesure de la capacité de transfert d'un réseau, coûte 0,13 $ en moyenne à un Japonais, il faut près de 4 $ à un Canadien pour obtenir la même chose.

À titre comparatif, les Français (0,33 $), les Suédois (0,35$) ou les Américains (2,83 $) doivent débourser beaucoup moins pour avoir la chance d'échanger courriels, photos ou vidéos par Internet. Un clivage palpable cette semaine d'ailleurs alors que la compagnie Numéricâble en France proposait à ses clients une connexion par fibre optique contre 34 $ par mois. Au même moment, à Montréal, Vidéotron exposait sur son site une offre de branchement deux fois moins rapide pour les téléchargements et 100 fois moins rapide pour le téléversement en échange d'une facture de... 90 $, soit trois fois plus cher.

«C'est une belle différence, oui, commente à l'autre bout du fil de téléphone Marc Labelle, porte-parole du câblodistributeur. Mais il faut faire attention avec ces comparaisons. Le marché européen, ce n'est pas le même qu'ici», ajoute-t-il, tout en refusant de qualifier de retard technologique les disparités techniques importantes qui prévalent entre les offres de services d'ici et du reste du monde. «Nous suivons l'évolution de notre clientèle et notre offre répond à l'ensemble de leurs besoins Internet.»

Ce fossé technologique, tout comme la lourdeur des prix qui semblent venir avec, est aussi perceptible dans l'univers du cellulaire, où les consommateurs canadiens reçoivent chaque mois des factures qui feraient mourir de rire leurs vis-à-vis néo-zélandais, britanniques et même australien. C'est en tout cas ce qu'a un jour établi Thomas Purves, un spécialiste des technologies installé à Toronto.

Pour la démonstration, l'homme a décidé en 2007 de comparer le coût de transfert par cellulaire de 500 Mo de données numériques, soit l'équivalent d'une soixantaine de fichiers sonores de type MP3, dans différents pays. Bilan: avec un compte chez Bell, cette activité coûte 850 $ et le double, 1600 $, si l'on passe par le réseau de Rogers. À l'opposé, un abonné de Vodafone, à Auckland (41$), de Sprint à Boston (69$) ou de Telstra à Sidney, en Australie (83 $), compose lui avec des obligations financières certainement plus raisonnables.

«Je suis un grand consommateur de bande passante [par cellulaire], lance Sylvain Carle, qui pilote les dossiers liés à Internet à l'Alliance numérique, un groupe de pression qui représente l'industrie des TIC. Parfois, je me demande si je ne ferais pas mieux de m'abonner à un service américain. Ça me coûterait moins cher», dit-il à la blague.

Pas vraiment à jour et en plus offert à des prix démesurément élevés, le réseau canadien affiche certainement, à l'échelle internationale, son exception technologique. Exception facile à comprendre, estime Vidéotron, qui évoque, à titre justificatif, un nombre limité de consommateurs sur un territoire vaste où les infrastructures sont généralement, en raison des distances, beaucoup plus chères à gérer. Bell Canada, pour sa part, n'a pas jugé bon répondre à nos questions.

«La taille du marché, c'est une chose, dit M. Carle. Mais il y a aussi moins de concurrence. C'est aussi simple que ça. Or, je ne suis pas sûr que c'est une bonne chose pour développer une économie numérique en santé.»
6 commentaires
  • Michelle Bergeron - Inscrit 15 mai 2009 23 h 54

    Un vrais scandale

    QU'est ce que l'on attend pour corriger la situation?

  • Alex Gautier - Inscrit 16 mai 2009 07 h 25

    monopole privée

    ici dans mon patelin , il n'y a aucune cooccurrence ; si l'on veut la haute-vitesse, on est condamné à Vidéotron et son mauvais service..

  • Bernard Gervais - Inscrit 16 mai 2009 16 h 35

    Qu'attend l'Office de protection des consommateurs pour intervenir ?

    Pas du tout surpris par le contenu de votre article, M. Deglise.

    Dans le cas d'Internet, par exemple, comment voulez-vous qu'il en soit autrement, surtout quand on songe que, dans plusieurs régions, il n'y a souvent qu'une seule compagnie à offrir un tel service ? Comme il n'y a aucun compétiteur, celle-ci a alors beau jeu pour imposer les tarifs qu'elle désire !

    Qu'attend l'Office de protection des consommateurs pour intervenir dans ce dossier ?

  • Jacinthe Denault - Inscrite 16 mai 2009 23 h 28

    Les ruraux hors village n'ont pas accès à la Haute Vitesse au Québec

    Je suis médecin, j'habite en région, entre 2 villages qui ont, eux, accès à la Haute Vitesse...Moi, je n'y ai pas accès même si la fibre optique installée via la commission scolaire, et qui relie les différents villages passe DEVANT CHEZ MOI. Enrageant.

  • christian Martin - Inscrit 18 mai 2009 10 h 48

    En renfort à les ruraux hors village n'ont pas accès à la haute vitesse au Québec

    Pour en rajouter au commentaire de Mme Denault, Nous sommes brancher avec la fibre optique dans le rang. La fibre optique est donc brancher à ma demeure... Cette connection à la fibre optique cesse à la jonction de la route 125. Il reste donc 6 km de fibre à installer entre le village et le rang...ont attend depuis...11 ans...Chez bell impossible d'avoir une réponse! Je carbure donc avec une vitesse de.... 56k/s