Ottawa - Le plus grand congrès scientifique francophone débute aujourd'hui

À l'Université d'Ottawa débute aujourd'hui le plus important congrès scientifique multidisciplinaire de la francophonie: le congrès de l'Acfas qui réunira jusqu'au 15 mai quel-que 4500 chercheurs oeuvrant dans toutes les sphères de la connaissance.

Ce congrès, dont toutes les conférences ou presque seront présentées en français, est un événement exceptionnel compte tenu du fait que la langue de communication de la communauté scientifique internationale est l'anglais. Le thème de ce 77e congrès de l'Acfas, «La science en français une affaire capitale», vient souligner cette particularité. «Il n'y a pas d'équivalent dans les autres collectivités linguistiques», souligne le président de l'Acfas, Pierre Noreau.

Le fait que ce congrès multidisciplinaire se déroule en français «a une signification, mais il ne faut pas en faire un symbole. Il ne faut pas le voir comme un geste de résistance. C'est simplement l'affirmation d'un fait», s'empresse-t-il de nuancer. «Le congrès permet de montrer qu'il y a tout un univers de connaissances qui se développe dans un contexte francophone. Il permet d'affirmer la vitalité de toute cette communauté scientifique.»

La langue d'origine a son importance

Ce 77e congrès de l'Acfas rassemble des scientifiques francophones provenant de 30 pays, dont certains travaillent dans des milieux où la langue de la majorité n'est pas le français, comme au Brésil, en Colombie et au Venezuela, où beaucoup de chercheurs ont été formés en France ou en Belgique.

«La pensée est structurée par la langue et, conséquemment, le fait de travailler et de faire de la recherche en français n'est pas insignifiant. Mais si pour diffuser internationalement, il faut traduire ce que l'on fait, il faut le faire. Ce qui compte, ce n'est pas uniquement la langue de transmission, mais la langue d'origine de la pensée», poursuit M. Noreau qui espère que le congrès permettra aussi de souligner la recherche francophone qui se fait à l'Université d'Ottawa, la plus grande institution universitaire bilingue en Amérique.

Dès son inauguration officielle le 15 mai 1924, l'Association canadienne-française pour l'avancement des sciences (ACFAS), devenue en 2001 l'Association francophone pour le savoir, s'est donné comme mission de diffuser et de vulgariser la science. Aujourd'hui, son président croit plus que jamais à l'importance d'assurer la jonction entre la science et la société. Un sondage réalisé en septembre dernier révélait que

84 % des gens font confiance aux scientifiques et les considèrent comme des acteurs crédibles dans la société, relate M. Noreau.

«En même temps, beaucoup se plaignent que les scientifiques ne sont pas suffisamment présents dans l'espace public, qu'ils ne participent pas assez au débat public, qu'ils ne sont pas assez présents dans les médias, souligne-t-il. C'est pourquoi nous misons beaucoup cette année sur la présence des médias au congrès pour assurer la communication entre les scientifiques, qui ne recourent pas a priori aux médias, et le grand public.»

Depuis qu'il a accédé à la présidence, Pierre Noreau tente de raffermir le rôle de l'Acfas comme porte-parole des chercheurs. «Le monde scientifique ne parle pas par lui-même. Il faut qu'une organisation prenne en charge la responsabilité de réagir quand le milieu de la recherche est menacé, quand le financement et l'indépendance de la recherche sont menacés. Car les chercheurs ne savent pas comment réagir à ça, sauf en fermant boutique et en allant ailleurs», commente-t-il tout en insistant sur le fait que «la recherche est un bien commun». Il déclare qu'il ne faut pas réduire nos investissements en recherche en fonction du calendrier politique et économique, car «les projets de recherche s'échelonnent généralement sur une dizaine, voire une quinzaine d'années. Le temps de la recherche n'est pas le même que le temps politique et le temps économique».

Encore cette année, le congrès de l'Acfas sera l'occasion pour de nombreux étudiants à la maîtrise, au doctorat et en stage postdoctoral, ayant obtenu des résultats de recherche concluants, d'effectuer leur première présentation publique, signale le président de l'Acfas tout en rappelant que la relève est une des grandes préoccupations de son association.