Bourses de recherche: la grogne prend de l'ampleur

La mobilisation s'accentue dans le milieu universitaire pour décrier l'octroi de bourses d'études ciblées pour le domaine des affaires. Plus de 100 universitaires à travers le Canada demandent au gouvernement de renoncer à cette pratique au Conseil de recherche en sciences humaines du Canada.

«C'est absurde, ce n'est pas parce que des étudiants produisent comme des machines à saucisses des recherches en lien avec les affaires qu'on va sortir de la crise économique!», dénonce une des instigatrices de la lettre ouverte (en page A9), la professeure d'études littéraires Johanne Villeneuve.

Le Devoir révélait la semaine dernière que les crédits supplémentaires de 17,5 millions par année, alloués dans le dernier budget fédéral au Conseil de recherche en sciences humaines du Canada, seraient distribués uniquement à des étudiants dans le domaine des affaires.

Dans une lettre aux responsables des universités, le président du CRSH, Chad Gattfield, précisait que ces bourses pourraient être octroyées aussi à des disciplines des sciences humaines qui ne seraient pas directement liées aux affaires, du moment que les projets y soient associés. «Les historiens qui étudient les années 30, les philosophes qui s'intéressent à l'éthique des affaires, les politicologues qui se penchent sur les cadres de réglementation [...]» aident à leur façon à relever «les défis mondiaux de l'heure», fait valoir M. Gattfield.

Les détracteurs ne voient pas les choses ainsi. «Cela pervertit les autres disciplines. Les étudiants en sciences humaines, en lettres, en arts auront tout intérêt à trouver des projets qui concordent pour avoir des bourses», déplore Mme Villeneuve.

Elle accueille avec un haussement d'épaules les déclarations d'universitaires en administration qui voient dans la nouvelle mesure une façon de corriger la sous-représentation de leurs étudiants parmi les boursiers du CRSHC. «Les secteurs liés aux affaires ont la possibilité de se faire subventionner par le privé. Ce n'est pas le cas en sociologie, en histoire ou en études littéraires: les grandes compagnies ne cognent pas à nos portes pour nous subventionner.»

La lettre signée par plus de 100 universitaires a été transmise au gouvernement, au CRSH, aux partis d'opposition et aux vice-recteurs à la recherche des universités canadiennes.

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