Le budget ne prévoit aucun soutien financier pour les organismes de financement de la recherche - Ottawa est accusé de laisser les chercheurs sans le sou

Les agences de financement de la recherche médicale n'ont pas reçu le financement auquel elles s'attendaient, ce qui risque de compromettre de nombreux emplois et l'avance de nos chercheurs dans le domaine très compétitif de la génétique.

Dans son dernier budget, le gouvernement fédéral prévoit de financer de nouvelles infrastructures de recherche sur les campus universitaires. Par contre, il a clairement négligé la recherche elle-même et les personnes qui l'effectuent. Génome Canada, qui subventionne les scientifiques oeuvrant en génomique, n'a reçu aucun nouveau financement, contrairement aux années précédentes. Ce trou dans le budget de cette agence de financement risque de compromettre à moyen terme des milliers d'emplois et de nombreux projets de recherche dans un domaine où le Canada se démarquait sur le plan international.

Au ministère de la Science et de la Technologie, on se défend bien de couper les vivres à Génome Canada. «Génome-Canada recevra 106 millions de dollars cette année [pour 2008-09] et 108 millions l'année prochaine», a déclaré en Chambre le ministre Gary Goodyear, qui répondait au commentaire de l'opposition.

«Cet argent a déjà été affecté il y a quelques années», réplique Martin Godbout, le président et chef de la direction de Génome Canada. «Chaque année, Génome Canada recevait d'Ottawa des montants variant de 60 à 160 millions $ pour répondre aux demandes des chercheurs qui soumettent des projets de recherche qui sont évalués par des pairs. L'absence de nouveau financement dans le dernier budget fait que nous ne lancerons pas d'appels d'offres en 2009 pour de nouveaux projets, [lesquels sont subventionnés pour des périodes de quatre ans]. Et si nous n'enclenchons pas le processus d'appel d'offres cette année, nous verrons l'impact dévastateur de la décision [du manque à gagner] en 2010-11.» Ce manque à gagner menace 2000 emplois à moyen terme et risque de compromettre de futures collaborations internationales, dont un important projet international sur le cancer dirigé par le chercheur canadien Tom Hudson, a souligné M. Godbout avant de préciser que la survie de Génome Canada n'est toutefois pas en jeu.

Le Dr Godbout comprend très bien que le gouvernement ait décidé d'investir dans les infrastructures, qui en avaient besoin, mais il rappelle que son organisme ne finance que les opérations courantes de la recherche, dont le salaire des chercheurs et des techniciens. «C'est beau d'investir dans la construction de nouveaux laboratoires, mais ceux-ci ne seront guère utiles si on ne finance pas les projets et les chercheurs qui les pilotent», a-t-il lancé, encore ébranlé par la nouvelle.

Bien que l'Association des facultés de médecine du Canada salue aussi l'investissement consenti à l'infrastructure de recherche, elle déplore par la voix de son président-directeur général, le Dr Nick Busing, le fait que «le budget ne prévoit pas d'importants investissements pour veiller à ce que le Canada continue à développer et à conserver des talents de calibre mondial en recherche dans le domaine des sciences de la santé et des sciences biomédicales. Si le gouvernement n'investit pas également dans les ressources humaines, les investissements dans les infrastructures ne pourront être optimisés».

«Les chercheurs en génomique reçoivent en grande partie leurs subventions de Génome Canada, et il n'y a pas d'autres agences de financement vers lesquelles ils peuvent se tourner, si ce n'est dans une moindre mesure les Instituts de recherche en santé du Canada (IRSC), qui ont également vu leur financement diminuer lors du dernier budget», a déploré Ken Dewar, directeur scientifique par interim du Centre d'innovation Génome Québec et Université McGill. Il précise que les projets en cours se poursuivront dans l'immédiat, comme prévu. «La suite de ces projets et la mise en branle de nouveaux projets demeurent toutefois incertaines, ce qui laisse en suspens de nombreux bioinformaticiens, techniciens et jeunes chercheurs qui perdront leur sécurité d'emploi.»

Ken Dewar fait par ailleurs remarquer que chez nos voisins du Sud, la tendance est tout autre. Le président Obama a annoncé qu'il doublerait le financement public à la recherche au cours de la prochaine décennie. «Et les mesures proposées sont beaucoup plus équilibrées, puisqu'elles visent autant les infrastructures que les ressources humaines. Par contre, ici, nous disposerons de moins d'argent pour faire la recherche en génomique, il sera plus difficile de garder nos étudiants et nos stagiaires post-doctoraux. Nos chercheurs les plus talentueux seront de plus en plus tentés de partir aux États-Unis.»

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Avec la Presse canadienne

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