Recherche - Des nanoparticules pour prévenir les caries

Polir les dents à l'aide de nanoparticules de silice permettrait de prévenir la carie dentaire, ont récemment indiqué des chercheurs de l'université Clarkson située dans l'État de New York dans la prestigieuse revue Journal of Dental Research.

Le recours à des particules de silice de 60 nanomètres ou milliardièmes de mètre — environ 10 000 fois plus petites qu'un grain de sable — pour polir les dents permet de rendre la surface dentaire beaucoup plus lisse qu'elle ne le devient avec les pâtes utilisées actuellement dans les cabinets de dentiste. Il devient ainsi beaucoup facile d'éliminer les bactéries sur des surfaces polies aussi finement, a affirmé lors d'un entretien téléphonique le physicien et chimiste Igor Sokolov, directeur du Nanoengineering and Biotechnology Laboratories Center de l'université Clarkson.

Des dents plus lisses

Les pâtes traditionnelles aplanissent la surface des dents, mais de façon beaucoup plus grossière, n'apportant aucun changement à l'échelle du micromètre (ou millionième de mètre) qui correspond à la taille des surfaces d'émail auxquelles s'attachent les bactéries. En fait, «ces pâtes professionnelles aplanissent plutôt qu'elles polissent les dents. Elles ne font qu'éliminer les grosses bosses, a précisé le chercheur. Elles ne modifient en rien la rugosité de la surface dentaire qui se situe à l'échelle micrométrique et submicrométrique.»

L'équipe de M. Sokolov s'est appliquée à vérifier si, en ayant recours à des particules plus fines, de taille nanométrique, on pouvait arriver à polir la surface des dents et la rendre réellement plus lisse. Ayant obtenu des résultats positifs, il a ensuite cherché à savoir si un tel polissage pouvait être d'une quelconque utilité. Avec son étudiant Ravi Gaikwad, il a observé qu'il était beaucoup plus facile de déloger les bactéries responsables de la carie dentaire sur les surfaces qui avaient été polies à l'aide de nanoparticules que sur les surfaces plus rugueuses qui n'avaient subi aucun traitement.

Un pinceau très doux permettant d'induire une circulation de l'eau autour de la surface des dents, comme si on se rinçait la bouche avec de l'eau, a permis d'expulser les bactéries des surfaces polies, a expliqué M. Sokolov. «Un polissage aussi fin rend les dents plus lisses, voire plus glissantes pour les bactéries qui ne peuvent plus y adhérer aussi efficacement que sur les surfaces plus rugueuses. Une légère poussée suffit à décoller les bactéries de la surface.»

Matériau inoffensif

Le recours à un gel contenant de telles nanoparticules sera particulièrement utile pour éliminer les bactéries qui se sont immiscées entre les dents, une région qu'il est très difficile d'atteindre avec une brosse à dents.

Selon le chercheur, les nanoparticules qu'il a utilisées étaient constituées de silice, un «matériau biologiquement inoffensif et sécuritaire». «Vous pouvez même en boire des quantités raisonnables sans que cela soit néfaste pour la santé. Il s'agit de particules de verre qui sont complètement inertes, a précisé Igor Sokolov avant d'ajouter que, de toute façon, le polissage des dents s'effectuerait par une application topique de nanoparticules qui n'implique aucune absorption dans le sang. «Et si même si de telles nanoparticules étaient absorbées, notre organisme est équipé de puissants mécanismes permettant d'éliminer ce genre de matériau», a indiqué le chercheur qui a rappelé que des particules de silice sont couramment utilisées par l'industrie alimentaire pour améliorer la texture de certains aliments afin qu'ils s'avèrent plus souples sous la dent.

Compagnies intéressées

À la suite de la publication de sa découverte, le professeur Sokolov a été contacté par quelques compagnies désireuses de commercialiser un gel ou une pâte constituée de nanoparticules de silice. «Mais avant de procéder à la mise en marché d'un tel produit, des études seront effectuées pour vérifier son innocuité», a souligné le chercheur qui affirme avoir déjà exposé des cellules humaines à ces nanoparticules en laboratoire. «Or, ces expériences n'ont révélé aucune toxicité», a confirmé le scientifique.

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