Sciences - Une nouvelle discipline scientifique est née

À ce jour, des 30 000 gènes répertoriés, la fonction de seulement 5000 d'entre eux a été identifiée. Le travail qui reste à effectuer demeure énorme. Il est d'ailleurs primordial pour garantir l'efficacité des traitements que la médecine actuelle propose. Bienvenue dans le monde du dictionnaire génomique.

Une nouvelle discipline scientifique est née: la génomique. Il s'agit d'un formidable outil servant à percer les secrets les plus intimes de tout être vivant, la génomique nous permettant ainsi d'aborder quantité de problèmes touchant aussi bien notre santé que l'environnement. Cette discipline, nous promet-on, facilitera la découverte de nouveaux médicaments et de nouvelles solutions à une multitude de problèmes. Elle s'apparente à la génétique du fait que toutes deux s'intéressent de près aux gènes cachés au coeur de chacune de nos cellules.


Identifier la fonction de chaque gène

Toutefois, alors que la génétique se consacre aux gènes qui sont par exemple à l'origine d'une maladie, la génomique cherche plutôt à identifier les fonctions que remplissent tous les gènes qui nous gouvernent. Cette discipline s'inscrit dans la foulée du grandiose programme international du Génome humain, qui visait à faire l'inventaire de nos gènes. Ce programme a récemment complété la «séquence du génome humain», c'est-à-dire la liste de nos 30 000 gènes, constituant en quelque sorte un dictionnaire de 30 000 mots. Ce dictionnaire ne contient cependant pour l'instant aucune définition de mots; on ignore donc à quoi sert la grande majorité de nos gènes.

«Un génome, c'est un dictionnaire, les gènes en étant les mots», explique Martin Godbout, président de Génome Canada, une entreprise qui fait la promotion de la génomique. «Les chercheurs qui font de la génomique tentent de trouver le sens de ces 30 000 motsÉ Par exemple, on prend le gène PBR322 et on essaie de lui attribuer une fonction. Dans le cas de la génétique, c'est le contraire qui se produit: on connaît la fonction d'un gène — le gène de l'hypertension par exemple — et on essaie de le repérer dans le dictionnaire. Quand on dit qu'on connaît la séquence du génome humain, c'est qu'on a mis les mots du dictionnaire dans le bon ordre. Toutefois, des 30 000 gènes, il y en a à peine 5000 pour lesquels on a identifié une fonction. Il reste donc énormément de travail à faire et c'est là le rôle de la génomique.»

«En simplifiant beaucoup les choses, poursuit Paul L'Archevêque, p.-d.g. de Génome Québec (l'équivalent québécois de Génome Canada), disons que les gènes permettent de fabriquer nos protéines. Ces protéines régularisent par exemple le niveau de sucre dans le sang ou celui des lipides, etc.»


Un outil aussi puissant que l'Internet

En identifiant la fonction de chacun des gènes, la génomique devrait accroître considérablement nos connaissances sur le fonctionnement de tout être vivant et sur les causes des maladies. M. L'Archevêque prend pour exemple le diabète, qu'on contrôle actuellement à l'aide de médicaments. «Il se pourrait bien qu'un jour, on soit en mesure d'étudier les cellules du pancréas pour s'apercevoir qu'il y a là un défaut génétique qu'on pourrait corriger...»

M. Godbout souligne en outre que la génomique est une plateforme technologique au même titre qu'Internet est une plateforme permettant des échanges d'information. «Il s'agit d'outils scientifiques qui nous permettent de travailler en sciences de la vie — tant au niveau des plantes et des bactéries que chez les animaux et l'humain —, donc avec tout ce qui est vivant.»

Il souligne par contre que cette discipline ne vise pas à réaliser des thérapies génétiques. «Le but de la génomique n'est pas de changer les gènes pour obtenir quelque chose de meilleur, dit-il. Elle vise plutôt à comprendre comment ils fonctionnent. Nous ne faisons pas de manipulation génétique, insiste-t-il, nos travaux conduiront à concevoir de nouveaux médicaments — donc de faire des interventions chimiques — plutôt que de modifier les gènes.»

Selon lui, la génomique apportera une aide considérable à l'industrie pharmaceutique du fait qu'on aura enfin identifié le rôle de tous les gènes, y compris ceux qui entrent en jeu dans une vaste gamme de maladies. Il sera dès lors beaucoup plus facile de développer un médicament taillé sur mesure. «La génomique est une plateforme technologique qui va permettre à l'industrie pharmaceutique de sauver énormément de temps dans l'identification des bons médicaments», promet-il.


De précieuses «clés» pour les compagnies pharmaceutiques

Comme exemple, M. Godbout cite les cancers du sein. Pour l'heure, nous connaissons deux gènes qui jouent un rôle dans ce type de cancer (le premier ayant été découvert par le chercheur québécois Jacques Simard) qui portent les noms de BRCA-1 et BRCA-2 (pour BRest-CAncer nos 1 et 2). Or, ces deux gènes, explique M. Godbout, ne représentent que 5 % des cas de cancer. À l'heure actuelle, on combat le cancer du sein grâce à un formidable médicament: le tamoxiphène (ou taxol). Toutefois, ce médicament n'a aucun effet chez les femmes atteintes de cancers dans lesquels se trouvent présents les gènes BRCA-1 et BRCA-2. «C'est dire que, pour ces dames, le médicament est inefficace alors qu'il provoque d'importants effets secondairesÉ Certains travaux en génomique devraient permettre de cerner les BRCA nos 1 et 2, aidant ainsi l'industrie pharmaceutique à mettre rapidement au point un médicament qui bloquera l'action de ces gènes. D'une certaine manière, la génomique identifie clairement les "serrures" d'une porte (un gène) et dit au serrurier (la pharmaceutique): "trouvez maintenant la clé de cette serrure"!»

Voilà pourquoi, aux dires des promoteurs, la génomique nous promet de nouvelles pharmacothérapies, des diagnostics améliorés, des médicaments personnalisés, des aliments plus sains et plus nutritifs, des productions agricoles plus abondantes et un environnement plus propre.


Universités et laboratoires

Pour cette raison, cette discipline intéresse à la fois les universités et les grands laboratoires de recherche gouvernementaux, de même que toute la gamme des entreprises de biotechnologie et compagnies pharmaceutiques. Évidemment, la génomique intéresse tout particulièrement certaines de nos plus importantes équipes de chercheurs, qui réalisent actuellement des projets de recherche financés à coup de dizaines de millions de dollars par Génome Canada et Génome Québec. Plus spécifiquement, l'université McGill abrite le Centre d'innovation de Génome Québec

Ce centre vise à créer, ici au Québec, une des plaques tournantes de la génomique mondiale. Il a pour mission de servir de catalyseur pour les grands projets de Génome Québec. À l'heure actuelle, il a rendu des services à plus de 100 chercheurs de différentes institutions au Québec et à travers l'Amérique du Nord. On y a déjà analysé plus de 1000 échantillons au cours de la dernière année.