Prix Léo-Pariseau - L'allaitement maternel s'impose pendant les premiers mois de vie des bébés

Le Dr Michael Kramer a publié plus de 200 articles scientifiques qui ont eu des impacts importants sur les soins prodigués en santé infantile.
Photo: Le Dr Michael Kramer a publié plus de 200 articles scientifiques qui ont eu des impacts importants sur les soins prodigués en santé infantile.

Quels sont les bienfaits de l'allaitement? La nutrition de la mère a-t-elle un effet sur le poids de son bébé? Quelles sont les causes des naissances prématurées? Voilà le type de questions qui intéressent le Dr Michael Kramer, professeur de pédiatrie, d'épidémiologie et de biostatistique à la faculté de médecine de l'université McGill. Aujourd'hui, l'excellence de ses recherches lui vaut le prix Léo-Pariseau.

Depuis 36 ans, le Dr Kramer étudie les causes biologiques et sociales de la santé des femmes enceintes et des nouveau-nés. Il est une sommité dans le domaine de la santé infantile en épidémiologie périnatale. La qualité et la rigueur de ses études sont reconnues non seulement au Canada, mais partout dans le monde. Ses travaux ont notamment incité l'Organisation mondiale de la santé (OMS) à recommander, en 2001, l'allaitement maternel exclusif pendant les six premiers mois de vie des bébés.

Né à Miami, en Floride, le Dr Kramer a d'abord étudié en biologie à l'Université de Chicago en vue de se consacrer à la recherche. «À mi-chemin, j'ai changé d'orientation pour la médecine, qui m'intéressait de plus en plus», confie-t-il. Ensuite, il entreprend son doctorat à l'université Yale, à New Haven, Connecticut, où il se spécialise en pédiatrie et fait sa résidence. Puis, il obtient une bourse en épidémiologie clinique. «Ce domaine — qui met l'accent sur la cause et la prévention des problèmes — était tout indiqué pour moi, enchaîne-t-il. Il me permettait d'arrimer mes intérêts scientifiques à une carrière en médecine.» Parallèlement à ses recherches, il enseigne à l'École des sciences infirmières de l'université Yale.

En 1978, après avoir passé plus de neuf ans à l'université Yale, le Dr Kramer accepte un poste à l'université McGill, où il se penche sur les effets de l'allaitement sur l'obésité et l'eczéma. Pourquoi a-t-il choisi le Québec? «J'avais besoin de changements: changer de pays, changer de langue et changer de vie», répond-il. Peu après son arrivée à Montréal, il rencontre sa conjointe, une francophone avec qui il aura trois enfants. «Aujourd'hui, je me sens un peu comme un étranger aux États-Unis», dit le chercheur.

Une carrière fructueuse

Tout au long de sa carrière, le Dr Kramer a grandement facilité notre compréhension des stratégies nécessaires pour améliorer les soins donnés aux femmes enceintes et aux nouveau-nés. Il y a plus de 20 ans, le médecin a publié une importante étude sur les facteurs de prématurité et de faible poids à la naissance. «Nous avons fait une revue systématique de tous les facteurs démographiques et sociologiques, étudiés entre 1970 et 1984, pouvant être responsables des naissances prématurées et du petit poids chez les nouveau-nés. Jusqu'alors, le personnel de la santé avait surtout misé sur la nutrition pour réduire le nombre de naissances prématurées. Or nos travaux ont notamment démontré que la nutrition n'a pas d'impact sur les naissances avant terme et a peu d'impact sur le poids du nouveau-né», indique-t-il.

L'intérêt du Dr Kramer pour cette question l'a également amené à découvrir, en 2002, que les bébés nés avant terme, ne serait-ce que d'une semaine, étaient moins susceptibles que les bébés nés à terme de souffler leur première bougie. «Avant cette étude, de nombreux professionnels croyaient que les bébés légèrement ou modérément prématurés n'étaient pas exposés aux mêmes risques que les bébés gravement prématurés», explique le chercheur. Cette découverte est importante pour les pédiatres qui prodiguent des soins aux prématurés.

Les bienfaits de l'allaitement

À partir de 1992, le Dr Kramer a dirigé l'essai PROBIT (Promotion of Breastfeeding Intervention Trial) au Bélarus. Cet essai visait à mesurer les effets d'un programme de promotion de l'allaitement. Quelque 17 000 mères et enfants se sont engagés dans l'essai. C'est la plus vaste étude fondée sur un échantillon aléatoire qui a été réalisée sur l'allaitement. Elle a, entre autres, démontré que les femmes qui avaient bénéficié du programme sont, de manière significative, plus susceptibles d'allaiter encore au bout d'un an que celles qui n'avaient bénéficié d'aucun soutien.

L'essai portait également sur les bienfaits de l'allaitement pour la santé, afin de déterminer si ce dernier entraînait une réduction de l'incidence des infections gastro-intestinales et respiratoires. «L'analyse des résultats a notamment révélé que les enfants allaités pendant six mois étaient mieux protégés contre les infections gastro-intestinales, explique le chercheur. En revanche, l'allaitement ne protège pas contre l'asthme et les allergies.» Jusqu'à maintenant, on croyait que le lait maternisé était une cause de l'augmentation des allergies et de l'asthme chez les enfants. «Les résultats de l'étude nous incitent à explorer d'autres avenues», ajoute-t-il.

Le Dr Kramer demeure toutefois convaincu des bienfaits de l'allaitement maternel. Toujours dans le cadre de l'essai PROBIT, le chercheur et ses collègues ont suivi quelque 14 000 enfants pendant six ans et demi dans une trentaine d'hôpitaux et de cliniques du Bélarus. Résultat: l'allaitement prolongé et exclusif stimule le développement cognitif des enfants et contribue à l'amélioration de leur rendement scolaire. «Notre étude prouve que l'allaitement maternel prolongé et exclusif rend les enfants plus intelligents», indique-t-il.

L'intérêt du Dr Kramer pour l'allaitement l'a amené à remettre en question des hypothèses fort répandues au sujet de l'usage de la suce et de l'allaitement. En 2001, l'équipe de chercheurs de l'université McGill a démontré que l'usage de la suce ne compromettait aucunement l'allaitement au sein. D'éminents organismes comme l'UNICEF et l'OMS déconseillaient pourtant fortement l'usage de la suce, estimant que celui-ci contribuait au sevrage précoce.

Un honneur mérité

En raison de sa remarquable feuille de route, le Dr Kramer occupe, depuis 2003, le poste de directeur scientifique de l'Institut du développement de la santé des enfants et des adolescents (IDSEA) des Instituts de recherche en santé du Canada (IRSC). L'institut subventionne un large éventail de recherches portant sur la reproduction, le développement du foetus, la petite enfance, l'enfance et l'adolescence ainsi que sur la santé et le bien-être de la mère.

Actuellement, le Dr Kramer s'intéresse, entre autres choses, aux effets des accouchements provoqués. En 2006, une étude qu'il a conduite a révélé que le déclenchement du travail doublerait les risques d'embolie amniotique. Cette complication rare de l'accouchement est associée à un taux de mortalité maternelle d'environ 80 %. L'expert se préoccupe également de l'obésité chez les enfants et les adolescents. «Il faut s'attaquer de toute urgence à ce problème, qui risque d'avoir des effets néfastes très graves sur la santé des Québécois et des Canadiens», signale-t-il.

En plus de ses réalisations en tant que chercheur et directeur de l'institut, le Dr Kramer a supervisé au cours de sa carrière une trentaine d'étudiants à la maîtrise, au doctorat et au postdoctorat. Il a publié plus de 200 articles scientifiques qui ont eu des impacts importants sur les soins prodigués en santé infantile. Au cours des cinq dernières années, les subventions qu'il a reçues totalisent plus de 10 millions de dollars. Ses réalisations lui ont valu de nombreux prix, dont le Prix d'excellence de jeune chercheur, la Bourse de recherche de l'Ambulatory Pediatric Association, la bourse Sanofi Pasteur en recherche pédiatrique. Aujourd'hui, le prix Léo-Pariseau vient souligner l'ensemble de sa brillante et fructueuse carrière. Un honneur grandement mérité!

Collaboratrice du Devoir
1 commentaire
  • Yves Archambault - Inscrit 22 octobre 2008 15 h 51

    inconcevable!

    si l'on peut admettre que l'allaitement est bon pour l'enfant est une chose...mais dire qu'il rend l'enfant plus intelligent est une affirmation qu'aucune étude ne peut prouver. je passes sous silence le tort potentiel causé aux mères aux enfants et à la société. je souhaite que mon argent de contribuable soit mieux utilisé.