Enjeux - Les technologies propres sont le quatrième secteur en importance de l'économie mondiale

Chaînes de triage de matières résiduelles dans un centre de tri ultramoderne à Lille, en France
Photo: Chaînes de triage de matières résiduelles dans un centre de tri ultramoderne à Lille, en France

L'industrie québécoise des matières résiduelles laisse voir que les activités ne cessent de croître sur les plans de la collecte, du transport et du traitement des résidus de toutes sortes. En 1996, le Québec produisait 8,3 millions de tonnes de déchets avec une population de 7,2 millions d'habitants et, 10 ans plus tard, il doit en gérer 13 millions de tonnes avec une population de 7,65 millions d'habitants.

Coordonnateur du secteur des matières résiduelles à la Direction de l'environnement du ministère du Développement économique, de l'Innovation et de l'Exportation, Alain Lavoie trace le portrait d'une industrie en plein essor: «Comme un peu partout dans le monde, ce secteur-là est de plus en plus important dans la grande sphère économique; il a dépassé, ou il est sur le point de le faire, l'industrie pharmaceutique, les biotechnologies, etc. On ne parle donc plus d'un domaine qui est marginal pour le développement économique. Les technologies propres, c'est devenu, je crois, le quatrième secteur en importance de l'économie mondiale et il doit en être sensiblement ainsi sur la scène québécoise.»

Nouvelles voies

Un trait sur le passé a été tiré pour regarder vers l'avenir: «On ne parle plus simplement de volonté écolo et de gestes isolés; il est réellement question d'une industrie qui est grandissante et qui est vraiment importante.» Des statistiques en témoignent: «Les plus récents chiffres dont on dispose pour le Québec datent de 2004, au moment où on parlait de près de 1700 entreprises, de 35 000 emplois et de revenus de 3,5 milliards de dollars. Dans cette grande famille-là des technologies propres, les matières résiduelles se présentent comme un des principaux champs d'activité. À ce titre, on retrouve aussi tout le domaine relié à la gestion, au traitement et à l'approvisionnement en eau, que ce soit pour les municipalités ou pour les industries en tant que telles. Voilà les deux grands secteurs qui sont en place historiquement et qui sont relativement bien implantés.»

D'autres réalités sont cependant apparues qui modifient la donne: «Il y a toute la technologie qui est liée à la lutte contre les gaz à effet de serre; on parle alors de technologies de captage, comme celles de l'entreprise Co2 Solution ou comme celles de Vaperma dont les membranes captent les vapeurs de méthane. C'est vraiment là tout un train d'activités qui a le vent dans les voiles.»

En matière de traitement et de valorisation des matières résiduelles, l'industrie du recyclage joue un rôle majeur: «On compte là-dedans toutes les entreprises liées à la collecte et, ici, il y a même des industries qui sont spécialisées dans la fabrication des camions de collecte. Toutes les activités du recyclage, à partir du geste de déposer la matière recyclable au bord du chemin jusqu'au traitement complet ou à la réutilisation de celle-ci, représentent présentement un des pôles les plus déterminants en matière de développement économique. Il y a là de nouvelles technologies émergentes.»

Du boulot à accomplir...

Alain Lavoie signale que le travail doit se poursuivre du côté du recyclage: «Il y a un défi à relever qui consiste à augmenter encore la part d'activités de ce qui se fait ici au Québec. Ce n'est pas un secret: étant donné les marchés mondiaux et la conjoncture actuelle, il y a certaines matières qui sont destinées à des pays en voie de développement, comme des ballots de papier ou de plastique, qui s'en vont en Chine. Je pense qu'il existe un objectif à viser au Québec pour essayer d'obtenir une valorisation plus importante, à l'échelle de la province, de ces matières-là. D'une part, on pourrait de la sorte augmenter la quantité de celles-ci qui est recyclée et retournée dans le cycle économique.»

D'autre part, il pointe un autre volet de l'industrie qui est davantage présent dans d'autres lieux: «Il va falloir soutenir adéquatement la filière en voie d'implantation sur le plan de la valorisation énergétique; cet aspect-là n'est pas très présent encore au Québec, quand on se compare au reste du monde. On est placé en situation de recul. C'est un peu comme pour l'eau: ici l'énergie coûte relativement moins cher que dans d'autres pays grâce à l'hydroélectricité, mais l'effet inverse de ce bienfait, c'est que les technologies de valorisation de l'énergie ont un peu tardé à s'implanter dans l'industrie.» Le tout relève de la logique: «Quand ça devient plus dispendieux d'implanter des technologies que de s'approvisionner en électricité, le choix peut devenir facile à faire pour certaines entreprises.»

Obstacle et tendances

Les PME forment largement le tissu industriel québécois, ce qui n'est pas sans poser certaines barrières pour l'industrie: «On n'a pas de grande multinationale à part Cascades, qui évolue dans un secteur très spécifique. On n'a pas de compagnie internationale comme Veolia, une entreprise française qui a des bureaux ici au Québec. Essentiellement, il existe des PME, et ça devient parfois un peu plus difficile de structurer un développement de marché particulier avec une grande envergure.»

Malgré cette réalité, il mentionne une inévitable voie empruntée par le marché: «Il est clair que de plus en plus, à l'échelle mondiale et au Québec, on va s'en aller vers des technologies de récupération et de valorisation de l'énergie. Je nomme spécifiquement la digestion en aérobie des matières résiduelles organiques, qui est déjà implantée dans plusieurs pays aux prises avec des coûts d'énergie beaucoup plus élevés qu'ici; par le fait même, ceux-ci profitent de doubles bénéfices écologiques et sociaux en adoptant de telles technologies.»

Il dégage une autre voie d'avenir: «On assistera aussi à la transformation des matières résiduelles en énergie plus traditionnelle, c'est-à-dire en carburant liquide comme le bioéthanol et le biodiesel.» Une précision s'impose: «Il est clair qu'on a pris la décision politique, au Québec, de ne pas se diriger vers un développement de l'éthanol à base de maïs-grains, contrairement à l'importante tendance qui est observée à ce chapitre aux États-Unis. On a plutôt choisi d'utiliser tout ce qu'il y a de disponible comme matières résiduelles pour produire cette énergie.»

Alain Lavoie insiste encore une fois sur la valorisation des technologies énergétiques, au moment où il est question des modèles planétaires à suivre: «Les anciens incinérateurs sont maintenant transformés en systèmes de gazéification qui produisent de l'énergie qui peut être réutilisée. À certains endroits en Allemagne, les gaz produits par le traitement des déchets servent de carburant dans les véhicules automobiles.»

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Collaborateur du Devoir
1 commentaire
  • Dominic Pageau - Inscrit 4 octobre 2008 01 h 39

    il y a une industrie énorme qui se crée autout d'un mensonge

    Tout ce qui a trait au CO2 et à ses impacts et un énorme mensonge indémontré, par contre, ce qui est démontré et démontrable, c'est les centaines, voire, les milliers de dollars qu'on va faire à chasser ce gaz bénéfique pour les plantes et nullement nocif pour l'homme ou pour l'environnement.

    On est pas loin d'un plaidoyer pour une hausse du cout de l'électricité pour des pseudos bonnes raisons vertes, alors que dans les faits, on est en surplus d'électricité.