Gaz à effet de serre et changements climatiques - Il est grand temps de parler moins et d'agir plus

Sur le territoire de la Communauté métropolitaine de Montréal, 85 % des matières résiduelles produites sont exportées par camions pour être enfouies à l’extérieur de l’île.
Photo: Sur le territoire de la Communauté métropolitaine de Montréal, 85 % des matières résiduelles produites sont exportées par camions pour être enfouies à l’extérieur de l’île.

Dans les pays industrialisés, la satisfaction des besoins de consommation a été une des principales préoccupations du siècle dernier. Pour répondre à la demande, il a fallu exploiter de grandes quantités de ressources naturelles, ce qui a inévitablement engendré d'importants problèmes de pollution, d'accumulation de gaz à effet de serre (GES) et de changements climatiques. Aujourd'hui, la solution de ces problèmes passe notamment par une meilleure gestion des matières résiduelles.

Lorsque des déchets sont enfouis, leur fermentation sans oxygène génère des gaz contribuant à l'effet de serre. Au Québec, on estime que cet enfouissement est responsable d'environ 7 % des émissions de GES de la province. Concrètement, selon le gouvernement du Québec, d'ici 2050 l'augmentation des GES pourrait se traduire par une hausse des températures de 5 ûC à 9 ûC dans la province.

Selon Jean-Louis Chamard, président du Centre d'expertise sur les matières résiduelles, un lieu de convergence de l'innovation et de l'information en gestion des résidus, il est impératif de revoir nos façons de faire pour limiter les dégâts. Il prône le concept des 3RV (la réduction, le recyclage, la récupération et la valorisation) et s'intéresse aux solutions de rechange susceptibles d'améliorer la gestion des matières résiduelles au Québec.

Réduire

En 1996, le Québec produisait 8,3 millions de tonnes de déchets, alors que sa population se chiffrait à 7,2 millions d'habitants. Un peu plus d'une décennie plus tard, le portrait ne s'est guère amélioré. En 2006, on estimait que, pour une population de 7,65 millions d'habitants, le Québec produisait près de 13 millions de tonnes de déchets.

«La production de matières résiduelles augmente au même rythme que la croissance économique. Un des défis est de réussir à réduire notre production, explique M. Chamard. Il faut produire des emballages qui sont plus efficaces ou réutilisables. Dès la conception, il faut qu'on agisse. Présentement, c'est là qu'on agit le moins!»

Récupérer

Selon Jean-Louis Chamard, qui est aussi vice-président du secteur des matières résiduelles de RÉSEAU environnement, le recyclage et la récupération sont des concepts bien ancrés au Québec. Il note quelques lacunes, mais il croit qu'en général la province est sur la bonne voie: «Dans le secteur industriel, les rejets sont recyclés et récupérés dans une grande part des cas, parce que c'est de la matière qui est homogène et facilement traitable. Le rejet de l'un devient la matière première de l'autre. De ce côté, tout va bien. Là où c'est moins évident, c'est dans les centres commerciaux, par exemple, où il y a encore à faire beaucoup d'efforts!»

Valoriser

Au Québec, ce qui n'est pas recyclé ou récupéré se retrouve dans les sites d'enfouissement. Ces matières n'étant pas traitées, elles produisent du lixiviat, un liquide résiduel provenant de la percolation de l'eau à travers un matériau. Ces déchets nécessitent des traitements supplémentaires et émettent des GES. Il importe donc de les gérer de façon efficace. «Il faut profiter le plus possible de la valeur potentielle des matières résiduelles, souligne M. Chamard. Présentement, on en est encore à déterminer la façon la plus efficace de mettre en valeur les matières résiduelles au Québec.»

Valoriser les résidus organiques, cela signifie transformer ces derniers en compost ou en biogaz. Les déchets non organiques, eux, peuvent être valorisés à partir de traitements biologiques ou thermiques, afin d'en récupérer les biogaz ou de produire de l'énergie récupérable. Les avenues sont multiples: le compostage en système fermé, l'incinération, la gazéification et la digestion anaérobie (méthanisation) sont des solutions envisageables et moins dommageables pour l'environnement que l'enfouissement traditionnel.

«Il faut penser à nos choix à long terme, parce que les équipements qu'on mettra bientôt en place seront là pour une période de 20 à 25 ans, rappelle le spécialiste. Comme ce sont des équipements coûteux et technologiques, il faut s'assurer qu'ils seront toujours fonctionnels et adéquats dans le futur.»

Transporter

Si on s'attaque au traitement des matières résiduelles, il faut aussi s'intéresser à leur transport. Dans son plan directeur de gestion des matières résiduelles, la Communauté métropolitaine de Montréal révèle que, sur le territoire de l'agglomération, 85 % des matières résiduelles produites sont exportées par camions pour être enfouies à l'extérieur de l'île. Ailleurs au Québec, il n'est pas rare qu'un camion de déchets fasse des dizaines de kilomètres pour aller déverser son chargement dans un lieu d'enfouissement. Il en résulte beaucoup d'émissions de GES.

«De nombreux camions parcourent les routes du Québec pour la collecte et, évidemment, il y aura toujours des émissions de GES dues à ça. Mais si on renouvelle les flottes de camions et qu'on opte pour des modèles qui donnent de meilleures performances et consomment moins de pétrole, on peut agir sur les émissions dues à la collecte», souligne l'expert.

Aménager

Dans les foyers québécois, la plupart des espaces ne sont pas aménagés pour favoriser un comportement responsable des citoyens. Les cuisines en sont un exemple clair. Alors qu'il s'agit seulement de prévoir un trou dans un comptoir pour disposer facilement des matières compostables, la majorité des gens récupérant leurs déchets de table le font en ajoutant une poubelle encombrante dans leur environnement. «On commence juste à penser à ça, rappelle M. Chamard. Si on veut que les gens embarquent, il va falloir leur faciliter la vie, et la façon de le faire, c'est de concevoir des équipements adéquats. Lorsqu'on a mis en marché le micro-ondes, par exemple, on lui a trouvé une place dans la cuisine. C'est un peu ça qu'il faut faire!»

Agir

De l'avis du spécialiste, une chose est sûre: il est grand temps de parler moins et d'agir plus. «Il faut que des élus prennent des décisions concernant la mise en valeur. Il y a beaucoup de projets sur la table, mais il n'y a encore rien de très concret qui se fait. Évidemment, l'enfouissement coûte vraiment peu cher, alors que les solutions de mise en valeur sont plus dispendieuses! Mais il faut faire des choix. Veut-on adopter des solutions à court terme ou à long terme? Il faut sérieusement y songer!»

***

Collaboratrice du Devoir
6 commentaires
  • Dominic Pageau - Inscrit 4 octobre 2008 00 h 59

    Une hausse de 5 à 9 degrés Celsius d'ici 2050 BULLSHIT

    Ça c'est même pas réchauffé de 1 degré Celsius en 50 ans au Québec sauf peut-être a Montréal où c'est un plus d'un degrés Celsius et ce fort probablement dû à l'effet îlot de chaleur qui n'a rien à voir avec les GES. Malgré ça on voudrait me faire croire que ça va se réchauffer entre 5 et 9 degrés Celsius au Québec d'ici 2050?

    On me prend pour un cave. Ça ne se réchauffe plus depuis au moins 10 ans et ça c'est réchauffé de moins de un degré au Québec lors des 50 dernières et on voudrait me faire avaler que ça va s'accélérer? Dans les faits, c'est l'inverse qui se produit, ça ralentit, j'irais même jusqu'à dire que le réchauffement a cessé, certes, je ne peux dire que ça ne recommencera pas demain, c'est possible, mais par contre, je peux dire que les prédictions de hausse de 5 à 9 degrés elles sont tout simplement fausses et sans aucun fondement. L'effet du CO2 sur la température moyenne n'a pas été démontré, par contre, son non effet ou son peut d'effet est facilement démontrable, il n'y a que très peu de corrélation entre la température moyenne globale et les émissions lors des 100 dernières années et les carottes de glaces tirées de Vostok en Antarctique démontre que c'est la température moyenne qui fait varié le taux de CO2 dans l'air et non l'inverse et parfois, avec un délai de 800 ans.

    Les modèles climatiques utilisés pour faire des prédictions ne sont pas digne de confiance car les phénomènes météorologiques qui y sont implanté sont soi incomplet ou carrément erroné. D'ailleurs, ils nous le démontrent sans cesse en affirmant que les phénomènes climatiques des dernières années n'avaient pas été prédis par leur modèle.

    Oui, il faut récupéré, évité de trop consommé, afin de moins polluer et oui, il y a moyen de valorisé nos déchets, mais pour se faire, on est pas obligé de faire peur avec des histoires de bonhomme sept heure qui ne cadre pas à la réalité.

  • Francis Déry - Inscrit 4 octobre 2008 10 h 14

    Intégration du compostage dans la cuisine

    Voyons, c'est simple.

    Je ne pratique pas personnellement le compostage.

    Mais j'improvise une minipoubelle de comptoir avec une bouteille épuisée de sauce et une poche de lait avec le haut ouvert ou un emballage de surgelé. J'y jette principalement du marc de café et des pelures de légumes. Parfois des restes de table, alors je change le sac.

    Une fois assez remplie, je jette le contenu dans un emballage de céréales ou de surgelé. Puis, il finit dans le PubliSac de mon ancienne poubelle. Pourquoi PubliSac ? Parce je ne prend plus de sacs d'épicerie au magasin et que je n'ai jamais acheté de sacs de poubelles depuis que j'ai quitté le foyer de mes parents.

  • Francis Déry - Inscrit 4 octobre 2008 10 h 20

    Remplacer la flotte de camions ?

    «De nombreux camions parcourent les routes du Québec pour la collecte et, évidemment, il y aura toujours des émissions de GES dues à ça. Mais si on renouvelle les flottes de camions et qu'on opte pour des modèles qui donnent de meilleures performances et consomment moins de pétrole, on peut agir sur les émissions dues à la collecte», souligne l'expert.

    Objection :
    Renouveler la flotte, c'est faire produire de nouveaux camions. Furent-ils plus performant, je doute que les économies de GES compensent ceux de leur production. Commençons à penser des camions plus durables.

  • Luc Boisjoli - Inscrit 4 octobre 2008 11 h 38

    Le premier des trois "R"

    Dans un très intéressant article, Émilie Corriveau touche au noeud du problème environnemental en faisant le lien entre consommation et pollution. Je rectifierais cependant un détail important de la première phrase qu'on peut lire comme suit: "Dans les pays industrialisés, la satisfaction des besoins de consommation a été une des principales préoccupations du siècle dernier." Au lieu de "besoins", je dirais plutôt "désirs". La surconsommation n'est ni un besoin, ni un droit, ni même un privilège, c'est un fléau destructeur illustrant toute la puérilité de notre société.

    Lorsqu'on parle des problèmes environnementaux comme le réchauffement climatique ou la gestion des déchets, je préfère mettre sur le banc des accusés nos comportements irresponsables comme la surconsommation de babioles "made in China" plutôt que, comme le font certains, la "surpopulation mondiale". Car, s'il est vrai, normalement, que la situation démographique a un lien direct avec l'empreinte écologique, la surconsommation typiquement occidentale (depuis l'extraction de la matière première jusqu'à la gestion des déchets, en passant par la production et la distribution) de quelques centaines de millions d'individus est de loin plus destructrice que toutes les activités de milliards d'autres. D'ailleurs, est-ce pour pouvoir continuer à surconsommer de manière plus qu'insouciante que nous souhaitons accuser la soi-disant surpopulation des problèmes environnementaux? Quoi qu'il en soit, s'il y a des gens de trop sur cette planète, c'est nous!

    La réduction à la base, qu'il s'agisse de simplicité volontaire ou de rationnement forcé, est sans doute la principale voie à développer si nous souhaitons réellement réduire de manière significative notre très profonde empreinte écologique. En effet, il n'est pas logique ou rentable d'avoir un emballage réduit et recyclable autour d'une babiole inutile qui vient de l'autre bout du monde. Matière première, temps, énergie et argent sont gaspillés au dépend des générations futures.

    La situation est sans doute plus complexe que ce qui en est dit dans l'article puisqu'une large part de notre économie est basée sur la satisfaction de désirs futiles. Développer des préceptes économiques qui soient moins destructeurs sera un immense défi, mais c'est essentiel et urgent.

    La gestion des déchets et la protection de l'environnement commencent avec les questions suivantes: Ais-je vraiment besoin de ce que je vais acheter? Si oui, lequel des produits offre l'impact écologique le plus réduit?

    Ce n'est qu'après ça que les technologies et méthodes de traitements des déchets prendront leur réelle importance, et ce, même s'il convient de développer ces technologies et méthodes dès maintenant.

  • Dominic Pageau - Inscrit 5 octobre 2008 04 h 47

    Monsieur Boisjoli auriez vous des tendances fascistes?

    Votre notion de rationnement me fait vraiment peur, surtout qu'on combat une crise imaginaire.

    Il y a tout de même des limites.