Institut de recherche de santé McGill - On prépare déjà la médecine de 2050

L’ancienne gare de triage Glen où sera construit le futur Centre universitaire de santé McGill (CUSM)
Photo: Jacques Grenier L’ancienne gare de triage Glen où sera construit le futur Centre universitaire de santé McGill (CUSM)

Le 20 août, l'université McGill s'est vu octroyer 100 millions de dollars par la Fondation canadienne pour l'innovation (FCI) afin de développer l'institut de recherche qui accompagnera le nouvel hôpital universitaire du campus Glen. La nouvelle a fait sensation, puisqu'il s'agissait de la plus importante subvention de recherche jamais accordée par la FCI. Il faudrait même parler d'un montant de 250 millions, puisque l'octroi fédéral sera égalé par le gouvernement du Québec, alors qu'une somme additionnelle de 50 millions proviendra de donateurs.

«Que pourra-t-on faire avec une telle somme? C'est une question pour laquelle nous avons pondu 600 pages!, lance joyeusement Vassilios Papadopoulos, directeur de l'Institut de recherche du Centre universitaire de santé McGill. En fait, la FCI ne s'intéresse pas tant à ce que nous faisons aujourd'hui, mais plutôt à ce que nous ferons dans vingt, trente ou quarante ans.»

Concrètement, cette subvention servira à la construction et à l'aménagement d'un nouveau centre de recherche médicale à la fine pointe des connaissances et de la technologie.

«Le financement que nous recevrons vise à transformer la façon même de pratiquer la médecine et d'effectuer la recherche, précise M. Papadopoulos. Autrement dit: inventer de nouveaux modèles. De surcroît, la Fondation canadienne pour l'innovation ayant toujours en tête un volet industriel, il nous faut également envisager d'importantes retombées économiques tant pour la région de Montréal que pour le Canada tout entier...»

2050: votre santé en vidéo!

Concrètement, les fonds octroyés par la FCI permettront de rassembler en un même lieu les quelque 500 chercheurs en santé de l'université McGill et, de surcroît, en un lieu situé tout à côté du grand hôpital universitaire. Il s'agira donc de lier étroitement recherche et pratique d'une médecine ultramoderne. À cette fin, des bâtiments totalisant 40 000 mètres carrés seront construits afin d'y loger le Centre de médecine novatrice, le Centre de biologie translationnelle et l'infrastructure de recherche évaluative.

«Le projet que nous nous proposons de faire ne repose pas tant sur des bâtiments, mais plutôt sur la science qu'on vise à faire, relate le directeur de cet institut. D'abord et avant tout, nous tenterons de consolider les axes de recherche dans lesquels nous excellons sur la scène internationale puis, par la suite seulement, nous verrons de quels bâtiments nous avons besoin au juste.»

L'université McGill cherchera ainsi à développer une façon de mener la recherche universitaire qu'elle appelle le continuum of discovery in life, c'est-à-dire la recherche médicale en continuum. Selon ce qu'explique Vassilios Papadopoulos, il s'agit non seulement de combiner toutes les phases de la recherche universitaire — du diagnostic jusqu'aux thérapies, en passant par la découverte et la mise au point de nouveaux médicaments — mais également de prendre en considération l'évolution des phases de la vie des patients. En effet, la recherche médicale en continuum vise à développer une vue d'ensemble des états de santé qu'on traverse tout au long de notre vie.

«Lorsque vous consultez un médecin, explique M. Papadopoulos, celui-ci vous considère tel que vous êtes à ce moment-là. Il ne tient pas compte de la façon dont a évolué votre santé depuis votre naissance, ni de ce que vous réserve l'avenir... Il fait le portrait de la situation actuelle. Or nous espérons que, avec tous les moyens et les technologies d'information qui existent — et ceux qui se développeront au cours des prochaines années —, on parviendra à établir une vision globale de l'évolution de l'état de santé du patient. Autrement dit, aujourd'hui, on prend une photo de l'état de santé d'un patient, demain, on aura la vidéo de sa santé!»

L'éminent biopharmacien explique en outre que, au XXe siècle, la médecine s'est surtout développée en réaction aux maladies, tandis que celle du XXIe siècle devrait plutôt considérer les maladies comme des facteurs définissant notre façon de vivre.

Par exemple, aujourd'hui, on considère que quelqu'un qui fume risque de développer un cancer du poumon. À l'avenir, on considérera plutôt qu'il y a des gènes qui prédisposent au développement d'un cancer du poumon si on fume. «Ça, ça fera toute une différence quant à l'approche médicale et aux décisions qu'on devra prendre pour traiter un patient», dit-il.

C'est dire que la médecine en continuum englobera simultanément les notions de santé touchant tous les âges de la vie. «Au campus Glen, nous aurons la chance de soigner tous les groupes d'âge à la fois, indique Vassilios Papadopoulos, ce qui nous permettra de procéder à un continuum of discovery in life», donc étudier et traiter selon le développement de la santé tout au long du cycle de vie des patients.

«Ce sera une chance extraordinaire que de réunir sur un seul campus un hôpital universitaire où seront traités à la fois les enfants, les adultes et les personnes âgées, insiste M. Papadopoulos. Cela nous permettra d'observer que ce qui se passe durant l'enfance peut mener à telle ou telle maladie chez l'adulte...»

Le directeur de la recherche médicale à McGill souligne en outre que l'approche «continuum de la vie» entraînera des changements fondamentaux dans la façon même de pratiquer la médecine et d'administrer les soins. Il faudra par conséquent réviser les méthodes d'enseignement et de formation du personnel (médecins, infirmières, pharmaciens, etc.). «Il s'agira d'une façon différente de faire les choses, dit-il, une continuité à tous les niveaux, en continuation avec la vie ainsi qu'au chapitre des découvertes...»

Imaginons donc, se plaît à rêver Vassilios Papadopoulos, que d'ici quelques décennies, lors d'une visite chez son médecin, celui-ci aura accès à tous les examens médicaux et radiographies de toutes sortes qu'on aura passés jusqu'alors, de même qu'à l'anatomie de notre génome. «Ce ne sera pas une photo de votre état de santé, comme c'est le cas aujourd'hui, mais bien une vidéo!, illustre-t-il. Votre médecin saura ainsi nettement mieux évaluer votre état et déterminer ce qui vous convient le mieux...»

«Eh bien, c'est cette médecine-là que nous chercherons à développer à l'Institut de recherche de santé McGill grâce à l'octroi que la FCI vient de nous accorder. Reste maintenant le plus difficile, mais le plus emballant: notre travail ne fait que commencer!», lance-t-il joyeusement.

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Collaborateur du Devoir

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