Virologie - Les traitements antiviraux constituent la façon la plus efficace de combattre toute infection

Des équipes cherchent à créer de nouvelles démarches qui viendraient en aide à l’arsenal des médicaments antiviraux.
Photo: Agence Reuters Des équipes cherchent à créer de nouvelles démarches qui viendraient en aide à l’arsenal des médicaments antiviraux.

Dans le cadre de leurs rencontres spécialisées, les Entretiens Jacques-Cartier organisent un «merveilleux petit colloque» qui fera le point sur les infections virales persistantes, dont le sida.

«Nous savons tous qu'une fois qu'on est infecté par le VIH, on le reste pour la vie. C'est la même chose pour l'hépatite C et pour certaines formes d'herpès», pose le Dr Rafick-Pierre Sékaly, coresponsable scientifique du colloque. Pourquoi ces virus sont-ils persistants et pourquoi le système immunitaire n'arrive-t-il pas à les éliminer? Comment ces virus parviennent-ils à établir une persistance? Et que peut-on faire pour aider le système immunitaire à s'en débarrasser une fois pour toutes? Voilà le genre de questions qui seront traitées lors d'un colloque de deux jours.

Objectifs ciblés

«Ce qu'il y a de remarquable dans ce colloque, c'est qu'il aborde des thèmes très précis et très ciblés dans le temps, enchaîne Geneviève Inchauspé, l'autre coresponsable scientifique. On n'a donc que deux jours pour se rencontrer, ce qui oblige à faire une sélection précise des sujets traités. C'est quelque chose qui plaît beaucoup, par rapport aux grands meetings internationaux qui durent souvent quatre ou cinq jours... Ici, au bout de deux jours, tout le monde en a assez!», résume-t-elle en riant.

Soulignons que le Dr Sékaly est professeur à la faculté de médecine de l'Université de Montréal et qu'il dirige l'unité de recherche en microbiologie et en immunologie de l'hôpital Saint-Luc. «Je dirige un très gros laboratoire d'immunologie qui allie à la fois l'immunologie fondamentale — la science qui décrit les mécanismes de défense de l'organisme contre les agents pathogènes et les tumeurs — et le développement de vaccins et de thérapies. Nous faisons donc de la recherche fondamentale, mais également des études cliniques avec des patients.» L'importante équipe (45 chercheurs) du Dr Sékaly essaie entre autres de développer de nouveaux vaccins, notamment contre le sida.

De son côté, Geneviève Inchauspé est directrice du département des maladies infectieuses pour Transgène, l'une des premières firmes biotechnologiques françaises. «Nous développons des vaccins anticancer ainsi que contre les maladies infectieuses, dit-elle. Nous ciblons tout particulièrement les virus des hépatites B et C ainsi que celui du papillome humain qui cause un cancer de l'utérus.»

Ce que réalise l'équipe de Mme Inchauspé est pratiquement le prolongement des travaux du Dr Sékaly. «Je pense que ce que nous faisons est assez complémentaire puisque Rafick-Pierre est un type plus fondamentaliste que nous, alors que nous, nous nous orientons vers des approches d'immunothérapie», précise-t-elle.

De nouvelles démarches pour vaincre le sida

Comme le relate le Dr Sékaly, les traitements antiviraux constituent en principe la façon la plus efficace de combattre toute infection. «Toutefois, on se heurte de plus en plus au problème de la résistance aux antiviraux, quand ce n'est pas à la non-disponibilité de ces produits», dit-il. Des équipes comme la sienne cherchent donc à créer de nouvelles démarches qui viendraient en aide à l'arsenal des médicaments antiviraux.

«Le congrès est principalement axé sur l'immunothérapie, explique le microbiologiste, c'est-à-dire comment moduler le système immunitaire pour faire en sorte qu'il puisse contrôler le virus.» Il ajoute que, si on parle d'immunothérapie depuis une bonne trentaine d'années, des démarches tout à fait nouvelles font maintenant leur apparition parce qu'on comprend nettement mieux les mécanismes de déficience du système immunitaire. On peut donc directement intervenir sur ceux-ci.

Ainsi, le chercheur se dit absolument convaincu qu'on parviendra «bientôt» à trouver un vaccin contre le sida. «Je ne serais pas là si je n'avais pas l'espoir qu'on vaincra le sida, lance-t-il. Je suis même certain qu'on y parviendra, mais je ne puis vous dire quand! Je puis simplement vous dire que, avant que je prenne ma retraite (dans quinze ans), je pense que c'est un problème qu'on aura compris...»

Selon lui, on voit même poindre des solutions grâce entre autres au séquençage du génome humain. «Alors que, auparavant, on cherchait à tâtons une molécule [un médicament] pour agir sur une portion de la cellule, on cherche à présent à comprendre le fonctionnement de l'ensemble de la cellule. Cela nous permet de regarder ce qui ne va pas chez elle et, à ce moment-là, de cibler beaucoup mieux notre intervention. On a donc maintenant accès à des démarches plus globales, ce qui nous permet d'arriver plus vite à des résultats. C'est de ce genre de nouvelles démarches qu'on parlera lors du colloque.»

Des chercheurs «réactifs»

Pour sa part, Geneviève Inchauspé dit apprécier particulièrement la collaboration avec les Nord-Américains que nous sommes. «En tant qu'Européen, dit-elle, je pense qu'on a tendance à assimiler la recherche qui se fait au Québec et au Canada à celle de l'Amérique du Nord en général. C'est-à-dire que, pour nous, il s'agit de recherches faites par des gens extrêmement réactifs...»

Elle définit la «réactivité de nos chercheurs» comme le fait que, lorsque quelqu'un a une idée en tête ou qu'une équipe veut mettre de l'avant quelque chose, «il est possible pour vous de vous mobiliser très vite, de sorte que tout se concrétise relativement rapidement».

Cette capacité de mobilisation est plus rapide en Amérique du Nord qu'en Europe, constate-t-elle, «parce que, me semble-t-il, le niveau de compétition est extrêmement élevé chez vous. De ce fait, vous êtes extrêmement compétitifs. Or nous, en Europe, on apprécie cette réactivité et cette facilité d'interaction avec les équipes du Canada et d'Amérique du Nord.»

Mme Inchauspé apprécie en outre le fait que le colloque sur les immunothérapies couvre aussi bien la recherche fondamentale que les applications cliniques. «En particulier, on mettra l'accent sur la grande difficulté à laquelle on se bute tous aujourd'hui: comment mesurer l'efficacité des vaccins. Je crois que le colloque tentera de faire ressortir cet élément crucial dans le développement d'un vaccin: des tests qui permettent de mesurer correctement ce qu'il fait. C'est ce qu'on appelle l'immunomonitoring. On a donc invité quelques personnes très ciblées pour traiter de ce sujet... ce qu'on ne voit pas forcément dans les grands meetings internationaux.»

Elle souligne en outre que le colloque offre un bel équilibre entre ceux qui veulent traiter de la recherche fondamentale et ceux qui s'intéressent plutôt aux applications, «ce qui n'est pas trivial!»

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Collaborateur du Devoir

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Persistance virale: des mécanismes moléculaires aux nouveaux développements en thérapie et prévention, les 3, 4 et 5 octobre, à l'hôtel Hilton Bonaventure de Montréal

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