Technologie: Les activistes du sans fil

Imaginez-vous une belle journée d'été, assis dans un petit square au centre-ville, armé de votre portable ou votre assistant portatif personnel, en train de consulter votre courriel ou vagabonder sur la Toile grâce à un accès sans fil communautaire. Utopie? Pas pour les habitants de Seattle qui peuvent depuis peu bénéficier d'un tel réseau.

Les concepteurs des technologies sans fil, dont la norme la plus connue est la 802.11b, avaient-ils un jour pensé que cette technique pourrait servir une communauté à accéder à Internet? Pourtant, avec quelques compères de la ville de Seattle, Matt Westervelt, un administrateur de systèmes informatiques, a eu l'idée d'harnacher cette norme et de la mettre au service de ses concitoyens en créant un réseau sans fil communautaire ayant comme mission à moyen terme d'encercler la ville de Seattle au complet et de permettre l'accès à toute une communauté à de la bande passante qui, normalement, eût été gaspillée du fait de sa non-utilisation. Et tout ceci est aujourd'hui possible, grâce à beaucoup d'ingéniosité et de débrouillardise de la part de Matt et ses amis, et un peu de matériel ne coûtant pas plus de quelques centaines de dollars.

Dans une précédente chronique, nous vous avions présenté la norme sans fil 802.11b, un standard permettant à un ordinateur personnel, portable ou de bureau, ou à un assistant numérique personnel (PDA), d'accéder et de se brancher à un réseau local, ainsi qu'à Internet. Pouvant filer jusqu'à des vitesses théoriques de 11Mbps, un ordinateur branché sur un réseau sans fil 802.11b avec l'aide d'une petite carte émettrice/réceptrice ne coûtant pas plus que 100 dollars dans certains cas peut ainsi se brancher à n'importe quelle borne d'accès respectant cette norme. Des sociétés comme Linksys, D-Link ou Intel fabriquent ces cartes et ces bornes d'accès et celles-ci sont maintenant disponibles à des prix raisonnables. En branchant mon modem câble sur une de ces bornes, tout ordinateur équipé d'une carte émettrice/réceptrice dans un rayon approximatif de 300 pieds de la borne peut accéder à mon réseau, ainsi qu'à Internet.

Mais qu'arriverait-il si j'installais une antenne plus puissante sur le toit de ma maison, que je reliais celle-ci à ma borne d'accès, et que je limitais l'accès à ma borne en ne permettant uniquement qu'une voie d'entrée à Internet? Je viendrais ainsi de mettre à la disposition de la communauté une partie de ma bande passante, inutilisée, pour lui permettre d'accéder gratuitement à Internet. Imaginez alors que plus d'une centaine de personnes, ou mieux, plusieurs milliers de personnes ainsi que des compagnies fassent la même chose. Vous auriez ainsi un colossal réseau sans fil encerclant une ville, permettant à tout et chacun de se brancher au Net, et ce, tout en maximisant et en utilisant la bande passante disponible de tous ces généreux «donateurs». Et c'est ce que Matt Westervelt et sa bande de joyeux activistes ont réussi à faire à Seattle.

Une expérience qui fait des petits

À un coin de rue, en attendant l'autobus, ou dans un café, certaines zones de Seattle sont maintenant accessibles à toute personne ayant un portable ou un assistant numérique personnel équipé d'une carte 802.11b. Des dizaines de points d'accès sont maintenant disponibles dans la ville de Seattle.

Et l'expérience de Seattle est en voie de se répéter à plusieurs endroits. New York, Paris, San Francisco, Vancouver ou Toronto, les activistes du sans fil s'organisent et échafaudent leur réseau public d'accès sans fil. Qui sait si un jour, il ne serait possible de partir en voyage avec son portable, tout en sachant qu'un peu partout dans le monde, des bornes d'accès sans fil seront accessibles pour tous les voyageurs. Car la recette pour partager ainsi ses ressources en bande passante est fort simple.

Outre de la bande passante rapide, ce qui exclut ceux qui sont branchés par modems, et un petit comité de coordination, une simple borne d'accès et une antenne à large gain, que l'on trouve, soit chez un fabriquant, ou encore, que l'on construit soi-même, Internet (et le site de Seattle Wireless) regorgeant de modes d'emploi pour se faire une antenne à petit prix, suffisent pour mettre à la disposition de la communauté ses ressources. La suite demandera au valeureux donateur de bidouiller un peu dans ses configurations logicielles, pour que ceux qui accèdent à Internet, aient uniquement accès au réseau des réseaux, et non à toutes les ressources du réseau local. Vous ne voudriez tout de même pas laissez une porte d'entrée vers les fichiers de vos ordinateurs quand même.

Des villes manquantes

Évidemment, tout ceci ne fait pas l'affaire des fournisseurs de services Internet. Certains ont même inscrit dans leurs conditions d'utilisation que la «réutilisation» de la bande passante, que ce soit par la revente ou gratuitement, est totalement interdite. Mais honnêtement, qui peut vraiment certifier qu'une personne qui accède à une borne d'accès n'est pas celle qui achète les services d'un fournisseur de services Internet.

New York, Paris, Seattle, Vancouver, Toronto. Ne trouvez pas qu'il manque quelques villes, comme Montréal, Québec, Hull-Ottawa? Il me semble que cela ferait bien de voir dans cette liste d'une centaine de villes à travers le monde quelques noms typiquement québécois. Si jamais des activistes du sans fil se décident à faire quelque chose au Québec, n'hésitez pas à nous écrire. Il nous ferait grand plaisir de vous encourager et qui sait, si nous sommes dans la même ville, de participer.