La «dent sucrée», c'est génétique!

Photo: Jacques Nadeau

Ce penchant irrépressible pour les sucreries qui caractérise certaines personnes ne serait pas qu'un péché de gourmandise, affirme une équipe de chercheurs de l'Université de Toronto, qui a découvert que cette prédilection pour les douceurs est associée à une variante d'un gène qui joue un rôle dans la détection du sucre par le cerveau.

Le gène en question, le GLUT2 ou transporteur de glucose de type 2, était reconnu pour exercer normalement son action dans le pancréas, où il détecte le glucose circulant et produit de l'insuline qui le transforme en glycogène ou en lipides, deux complexes servant à stocker de l'énergie. «Nous voulions comprendre pourquoi certaines personnes arrivaient à éliminer le glucose plus rapidement que d'autres. Or nous nous sommes aperçus que, peu importe la version du gène GLUT2 que portait un individu, cela n'avait pas d'influence sur la vitesse d'élimination du glucose. Par contre, les individus porteurs d'une variante du gène en question mangeaient davantage de sucres que recommandé», a expliqué le scientifique Ahmed El-Sohemy, détenteur d'une chaire de recherche du Canada en nutrigénomique à l'Université de Toronto.

Pour vérifier cette observation étonnante, l'équipe de Toronto a analysé minutieusement le régime alimentaire de sujets jeunes et âgés, minces et souffrant d'embonpoint ou d'obésité, qui avaient fourni un échantillon de sang afin qu'on identifie la forme du gène GLUT2 que leur ADN contenait. Cette enquête alimentaire a permis de confirmer que les personnes qui consommaient quotidiennement entre 20 et 30 grammes de sucres — soit l'équivalent d'une boisson gazeuse sucrée — de plus que la moyenne étaient porteurs d'une variante du gène. Et seule la consommation excessive de sucres était associée à cette version du gène puisque celle des autres catégories d'aliments était la même chez les porteurs des différentes formes du gène.

Or il appert que ce gène est également exprimé dans une région du cerveau qui contrôle l'appétit, a poursuivi M. El-Sohemy. «On savait depuis quelque temps que l'aptitude du cerveau à détecter le glucose est une des façons dont dispose l'organisme pour doser la quantité de nourriture que nous ingérons. Mais c'est la première fois que l'on identifie un gène qui assure la détection du glucose et du fructose [le sucrose est quant à lui formé de glucose et de fructose] dans cette partie du cerveau et qui nous permet d'expliquer pourquoi certaines personnes consomment plus de sucres que d'autres.»

Il semble donc que la version du gène que portent les personnes friandes de sucreries serait moins active, moins efficace à détecter le sucre au niveau du cerveau, a expliqué le chercheur. Une étude a justement montré que des souris génétiquement modifiées de telle sorte qu'elles avaient perdu le gène GLUT2 continuaient à manger lorsqu'on injectait du sucre dans leur cerveau contrairement aux souris normales qui devenaient rapidement rassasiées. «Ces études animales nous indiquent qu'en l'absence du gène GLUT2 , les souris ne détectaient plus le glucose et, pour cette raison, ne s'arrêtaient plus de manger», a résumé le scientifique.

«Notre étude semble indiquer que la préférence pour le sucre est en grande partie génétique, mais il existe probablement plusieurs raisons pour lesquelles certaines personnes consomment beaucoup de sucres», a affirmé Ahmed El-Sohemy. Son étudiante au doctorat Karen Eny, qui est par ailleurs premier auteur de l'article relatant cette découverte dans le journal Physiological Genomics, recherche actuellement les différentes formes du gène responsable de la production des récepteurs gustatifs permettant de percevoir spécifiquement la saveur sucrée. Elle tentera de savoir si les personnes ayant une certaine prédilection pour les sucreries portent une version particulière de ce gène.

Étant donné que certains individus affirment consommer du sucre parce que celui-ci améliore leur humeur, l'équipe de Toronto se penchera aussi sur les gènes codant pour les récepteurs associés aux neurotransmetteurs, comme la dopamine et la sérotonine, qui interviennent dans l'humeur. Le professeur El-Sohemy souligne néanmoins des facteurs environnementaux, comme l'omniprésence du sucre dans notre société ainsi que son faible coût, influant également sur la surconsommation de sucres. «Les individus à faible revenu n'auront pas nécessairement les moyens de s'acheter des aliments à grains entiers ainsi que des fruits et des légumes et c'est pourquoi ils se nourriront principalement d'aliments riches en sucres et en gras», a-t-il fait remarquer.

La découverte de cette variante génétique dont serait porteuse près de 20 % de la population canadienne revêt une importance étant donné les taux galopant d'obésité et de diabète dans le monde, a souligné le chercheur.
2 commentaires
  • andré michaud - Inscrit 15 mai 2008 08 h 57

    Empire du sucre et histoire du Canada

    Très intéressant comme étude.On savait déjà que les asiatiques réagissent mal à l'absorption de sucre comme les autochtones réagissent très mal à l'alcool...

    Il ne faut pas oublier que les problèmes reliés au sucre sont très majoritairement relié au "sucre blanc" et non au sucre présent dans les fruits, légumes...Il ne faut pas oublier non plus que l'industrie du sucre est aussi dominante que celle du pétrole...Monica Lewiski a avoué n'avoir arrêté ses ébats avec Clinton seulement quand un magnat du sucre a appelé...

    Quand l'Angleterre a gagné sa guerre contre la France sur les plaines d'Abraham, le sucre a eu un rôle à jouer. En effet suite à la victoire , il fallait pour ne pas humilier le vaincu lui laisser une région.Logiquement ,étant donné la fin de la demande de fourrure en europe, l'Angleterre aurait du laisser le Canada à la France. Cependant un lord très influent qui était magnat du sucre dès cette époque ne voulait pas de concurence...et l'Angleterre a laissé à la France des iles des Caraibes (avec le sucre) et gardé le Canada...Les français de l'époque faisaient des gorges chaudes et riaient des anglos qui avaient gardé "quelques arpents de neige" et abandonné des iles de caraibes...Donc même l'histoire du Canada est liée à l'empire du sucre.Hélas ça fait parti des choses que l'on omet de dire dans les manuels scolaires d'histoire trop concentré sur l'ethnique et pas assez sur l'économique.

  • Gilles Bousquet - Inscrit 15 mai 2008 11 h 38

    Tout est assez génétique

    Les pieds froids et les nerfs à fleur de peau aussi.