Naissance annoncée des premiers clones humains

Dans un entretien au Monde, le professeur Severino Antinori affirme que trois enfants conçus par clonage verront le jour en décembre 2002 ou en janvier 2003. Le spécialiste italien n'est plus le seul à postuler que ce procédé permettra de lutter contre la stérilité.

Sabaudia — Lors du congrès médical international qu'il a organisé du 19 au 22 mai à Sabaudia, station italienne renommée de la côte tyrrhénienne, le très controversé professeur Severino Antinori (université Torvergata, Rome) a confirmé son intention de développer au plus vite le clonage reproductif dans l'espèce humaine afin de pallier certaines formes, aujourd'hui incurables, de stérilité.


Il a aussi affirmé que trois femmes, actuellement enceintes d'embryons conçus selon cette technique, doivent accoucher en décembre 2002 ou janvier 2003. Après s'être rendu célèbre pour avoir permis à de nombreuses femmes ménopausées de donner naissance à des enfants, le gynécologue-obstétricien romain relance donc une nouvelle fois la controverse sur le clonage reproductif, pratique unanimement condamnée par l'ensemble des institutions nationales et internationales.


Consacrée aux progrès présents et à venir dans la lutte contre la stérilité, la rencontre de Sabaudia a permis de montrer que le professeur Antinori n'était pas, tant s'en faut, le seul spécialiste à estimer que le clonage reproductif ne justifiait pas l'anathème international dont il fait l'objet et que le jour n'était pas si lointain où cette technique ferait officiellement partie de l'arsenal de la lutte contre la stérilité et l'infertilité humaines.


C'est d'ailleurs pour défendre ce point de vue que le professeur Antinori vient de créer l'«Association mondiale de la médecine reproductive», qu'il préside avec Paul Dmowsky (Chicago), Izu Eibschitz (Haïfa) et Yuri Verlinsky (Chicago). Plusieurs dizaines de spécialistes, jusqu'alors adhérents d'une autre association internationale qui regroupe les meilleures équipes travaillant dans les centres privés de reproduction assistée, l'ont rejoint.


Lors d'un «forum» organisé à Sabaudia, les membres de cette nouvelle association mondiale de la médecine reproductive ont développé leurs arguments en faveur du clonage reproductif. «Nous estimons, a expliqué le professeur Eibschitz, que le clonage de l'espèce humaine permettra de lutter contre certaines maladies et d'aider les couples stériles. Cette technique a de très grandes potentialités. Mais, a-t-il précisé, en matière de reproduction, le choix d'avoir ou non recours au clonage ne pourra résulter que d'un débat ouvert et multidisciplinaire dans lequel les couples concernés devraient avoir droit à la parole.» Les participants à ce forum ont cependant rappelé que rien, en pratique, ne séparait la technique du clonage thérapeutique de celle du clonage reproductif et que l'on ne pouvait pas, en toute logique, être favorable au premier et condamner le second. Dans les deux cas, il s'agit de procéder au transfert du noyau d'une cellule prélevée sur un organisme adulte dans un ovocyte énucléé, de manière à obtenir un embryon humain in vitro.





Réponse thérapeutique


Lors d'un clonage thérapeutique, on détruit cet embryon à un stade précoce de son développement de manière, d'une part, à obtenir et à développer des lignées de cellules souches et, de l'autre, à mettre au point de nouvelles thérapeutiques régénératrices contre des affections aujourd'hui incurables. Pour le professeur Antinori et ceux qui partagent ses convictions, les embryons ainsi obtenus peuvent également fournir une forme de réponse thérapeutique à la stérilité d'un couple dès lors qu'au lieu de les détruire on procède à leur transfert in utero. Tout en exposant dans le détail les arguments avancés par tous ceux qui, pour des raisons éthiques ou scientifiques, s'opposent à la création d'êtres humains par clonage, les participants au forum de Sabaudia estiment être en mesure de démontrer que les leurs doivent prévaloir.


Le clonage reproductif serait condamnable, affirment certains, du fait que l'enfant serait le «jumeau» de la personne chez laquelle on a prélevé la cellule? C'est oublier, rétorquent d'autres, que son patrimoine héréditaire comportera une fraction issue de la femme chez qui on aura prélevé un ovocyte. Le clonage menacerait-il l'équilibre familial? C'est faire bien peu de cas de la liberté de choix de chacun et des couples, soulignent les promoteurs du clonage.





La liberté de la recherche


Condamner le clonage reproductif serait aussi s'opposer à la liberté de la recherche scientifique et interdire la possibilité d'une perpétuation de la vie en cas de catastrophe, naturelle ou provoquée par l'homme. Et, à ceux qui invoquent les limites techniques actuelles du clonage, les scientifiques participants à ce forum rappellent que les procédés actuels de procréation médicalement assistée nécessitent également de grandes quantités d'ovocytes. Ils soulignent également que la plupart des anomalies observées chez les animaux clonés sont le fait de mauvaises conditions des cultures embryonnaires alors que les milieux de culture des embryons humains ont, depuis un quart de siècle, fait l'objet de nombreux et notables progrès. Ils rappellent enfin les grandes différences existant dans la physiologie de la reproduction chez les mammifères et qui font que la manipulation des cellules sexuelles apparaît beaucoup plus aisée chez l'homme que dans d'autres espèces.


Quoi qu'on pense de la position qu'ils défendent, les partisans du clonage reproductif présents à Sabaudia développent ainsi des arguments qui peuvent sans doute être contestés, mais qui ont le mérite de s'inscrire dans une démarche objective à visée thérapeutique. Ils se démarquent de ce fait d'une autre entreprise de clonage humain, annoncée par l'Église raélienne.


Dans les couloirs du palace où était organisée la rencontre, on a aussi longuement évoqué les tentatives secrètes de clonage humain qui seraient en cours dans différents pays comme le Brésil et la Chine et qui, réussies ou non, ne devraient pas, à court terme du moins, faire l'objet de communications scientifiques.