Du savoir, tout le savoir!

Quelques 5000 chercheurs invités par l’INRS se déplaceront à Québec du 5 au 9 mai pour le congrès de l’Acfas.
Photo: Quelques 5000 chercheurs invités par l’INRS se déplaceront à Québec du 5 au 9 mai pour le congrès de l’Acfas.

Lundi matin prochain, le paysage du boulevard Charest et de la rue de la Couronne à Québec ne sera pas quotidien. À cause du 400e? Non, ce sera plutôt la faute du 76e. L'Acfas tient cette année son congrès dans la capitale nationale.

Vous voulez tout savoir? Impossible, si votre projet est de tout voir, de tout entendre, lors de la tenue du 76e Congrès de l'Acfas, de cette Association francophone pour le savoir. Les colloques s'y comptent en effet par centaines, les communications par milliers, durant ces journées du début de mai. Et même, seriez-vous déjà à Québec qu'il faudrait faire le choix d'un site: le Centre des congrès, le nouvel édifice de l'Institut national de la recherche scientifique (INRS), rue de la Couronne, le Delta Québec, l'École nationale d'administration publique, cette ÉNAP sise boulevard Charest, l'Hôtel Pur, près des locaux de l'INRS, ou l'Édifice de la Fabrique intégré à l'université Laval.

Du 5 au 9 mai, une fois de plus, «le plus gros événement multidisciplinaire de ce genre au monde, comme le proclame avec fierté Mireille Mathieu, la présidente de l'Acfas, le seul congrès où on retrouve toutes les disciplines», tient ses assises et ce sont 5000 chercheurs qui se déplaceront, invités par l'INRS, dans cette capitale québécoise dont cette année est celle de son 400e anniversaire. D'où le thème général sous lequel se déroulera une avalanche d'exposés et de communications: «La rencontre du savoir avec 400 ans d'histoire».

Et seriez-vous bilingue, même sur le mode répandu dans le nord de notre continent, que plus d'une communication échapperait à votre entendement. Si la grande majorité des communications sont prononcées en français, normalement la langue d'usage au Québec, d'autres débordent vers l'ailleurs. En sciences sociales, «Gouvernance et démocratie dans les Amériques» fait ainsi la part belle à la langue majoritaire sur ce double continent: le mercredi 7 mai, en avant-midi, Alcira Castillo-Martinez, de l'Universidad de Costa Rica, exposera «Los determinantes sociales de salud: un asunto de gobernalidad». Et elle ne sera pas la seule dans ce colloque à utiliser l'espagnol comme langue de communication.

Éducation

Et les universitaires, les chercheurs, rattachés ou non à un établissement d'enseignement, que ce soit au niveau collégial ou dans divers instituts et écoles, ne ménagent pas leur peine. Si on dit que l'éducation est prioritaire au Québec, l'affirmation serait exacte quand on considère que, pour ce seul domaine, 23 colloques seront tenus et que certains ont à leur affiche plus d'une centaine de chercheurs, provenant d'ici, du Canada ou de l'Europe. Et il y aurait de l'espoir pour cet énorme réseau: Christine Lebel, de l'Université du Québec à Trois-Rivières, ne fera-t-elle pas la démonstration, dès le lundi 5 mai, de «La place du plaisir dans la persévérance en enseignement»?

Quant à l'autre préoccupation nationale, la santé, elle n'est pas en reste: 20 colloques, eux aussi bien fournis, lui donneront la vedette. Et ce chiffre ne tient pas compte des exposés plus techniques prononcés dans les rencontres scientifiques ou par les tenants des sciences sociales.

Ainsi, dans le cadre de l'Étude sur la santé des aînés, deux communications à la suite rassembleront en 40 minutes 11 étudiants-chercheurs qui traiteront des effets générés par la consommation des benzodiazépines: un petit détour par le Delta Québec vous tentera-t-il ce vendredi matin-là, celui du 9 mai? Ne serait-ce que pour vous convaincre, si vous êtes un des utilitaires inconditionnels, que la recherche n'est pas toujours ésotérique, même si pour d'autres sa beauté réside dans le fait qu'il est possible d'en faire, comme le fera en fin d'avant-midi du mercredi 7, au Centre des congrès, Valeria Andrea Buffon, en parlant de «L'intellection du Premier Principe: Avicenne et les maîtres ès arts de Paris au début du XIIIe siècle», elle qui sera suivie en après-midi par Antoine Côté qui présente «La critique de la doctrine de l'abstraction par Jacques de Viterbe». Il faut dire que les «Théories de la connaissance anciennes et médiévales», le sous-titre de ce colloque, offrent une matière qui décoiffe plus d'une fois les Dan Brown des divers Da Vinci Code.

Au Québec

La recherche québécoise, quand elle s'affiche, ne craint donc rien. Ce coin d'Amérique, qui se félicite d'afficher proportionnellement le plus haut taux de diplomation au niveau du doctorat, le Québec étant alors mis en relation avec les États-Unis dans leur ensemble ou les provinces canadiennes, cet État non tourné vers la chose scientifique au moment où un Marie-Victorin, avec d'autres, lançait cette Acfas, en 1933, sait maintenant qu'en temps de mondialisation l'avenir passe par la spécialisation: les «porteurs d'eau» connaîtront des jours difficiles.

Aussi, Mireille Mathieu presse le gouvernement de s'engager dès maintenant pour le renouvellement des fonds de recherche dont le programme actuel prendra fin en 2010: «Si on veut garder la recherche vivante et d'aussi bonne qualité, il va falloir que ces chercheurs ne reçoivent pas, à la suite de leur demande de subvention, une réponse du genre: "Votre projet a été recommandé mais il n'a pas été financé".»

Et pour que cette recherche «rêve», on ne peut s'en remettre qu'aux seuls fonds privés, toujours ici aussi minces, ni aux seuls organismes de valorisation. Le réseau universitaire s'affiche d'ailleurs maintenant pratique et concret dans l'approche et tourné vers les besoins de la société. Une Mireille Mathieu, elle qui dirige aussi le Centre de liaison sur l'intervention et la prévention psychosociales, là-dessus acquiesce: «Les chercheurs ont des comptes à rendre et doivent faire bénéficier la société des résultats de leurs travaux, et pas juste en termes de jargon scientifique.» Cela a été compris par tous, par un Simmel qui fait l'objet d'un colloque, par un Dumont qui a transformé la lecture du Québec et par tous ceux et celles qui la semaine prochaine se rendront à Québec pour partager leur expérience et leurs connaissances.
1 commentaire
  • Micheline Pelletier - Abonnée 3 mai 2008 14 h 42

    Un colloque accessible à tous?

    La diffusion de la recherche, c'est bien! Mais encore faut-il avoir les moyens de s'informer...

    Tarifs d'inscription au colloque (que vous assistiez à une seule des conférences ou à plusieurs, ou que vous présentiez vous-même):

    Étudiants et retraités - 77 $
    Congressistes réguliers - 230 $