Sciences - La carte génétique du Québec prend forme

Au terme de cinq années de planification, la première cartographie des gènes de la population québécoise est sur le point de voir le jour. Hier, les responsables du projet CARTaGENE ont en effet annoncé le début du recrutement des participants à cette biobanque dont les données devraient permettre de mieux comprendre l'émergence de certaines maladies, dans l'espoir d'en enrayer la propagation.

Après l'argent, le recrutement. Dans les prochains jours, la première banque québécoise d'ADN, dont le financement a été confirmé en mai dernier par Québec et Ottawa, devrait finalement prendre forme. C'est du moins ce qu'ont annoncé hier les responsables du projet CARTaGENE qui se préparent, d'ici à la fin du mois de janvier et au terme de cinq ans de préparation, à recruter les 400 premiers candidats dont les informations biologiques et épidémiologiques vont poser les jalons de cette vaste base de données sur le génome québécois.

«C'est un départ, a indiqué au Devoir Jean-Denis Dubois, directeur exécutif de ce projet. Vendredi dernier, 1080 lettres ont été envoyées à des participants potentiels choisis au hasard dans les fichiers de la Régie de l'assurance-maladie du Québec» par l'Institut de la statistique du Québec, chargée du recrutement. Ces personnes, qui auront la liberté d'accepter ou non l'invitation, ont été ciblées dans les régions de Montréal, de la Montérégie et de l'Estrie. Pour commencer. Leur participation au projet CARTaGENE se fera sur une base bénévole.

Au total, cette banque d'ADN espère réunir les informations génétiques de 20 400 personnes âgées de 40 à 69 ans à travers la province. Ces participants devront fournir des échantillons de sang et d'urine, effectuer quelques tests physiques, comme un électrocardiogramme et une mesure des capacités pulmonaires, mais aussi répondre à un ensemble de questions pour dresser leur portrait démographique, sociale et épidémiologique.

«Le génome de chaque être humain recèle des quantités énormes d'informations qui doivent être mieux connues et analysées», a commenté le généticien Claude Laberge, l'homme à l'origine de ce projet orchestré par l'Université de Montréal et financé en grande majorité par des fonds publics. «La science génomique de la population vise donc à étudier ces génomes, et leurs interactions avec les facteurs environnementaux qui influent sur notre santé.»

Comprendre les maux du siècle

En substance, les responsables de CARTaGENE ont rappelé hier qu'une telle base de données doit, à terme, permettre d'identifier plus facilement les gènes qui prédisposent les Québécois à certaines grandes maladies ou encore ceux qui les protègent contre ces maladies. Les cancers, les troubles cardiovasculaires, le diabète ou encore l'asthme sont ici dans la ligne de mire, tout comme les facteurs sociaux et environnementaux qui pourraient favoriser leur apparition.

Par ailleurs, une fois de plus, les règles de sécurité et de confidentialité entourant les informations recueillies dans le cadre de cette cartographie génétique du Québec ont été mises en exergue par CARTaGENE en réponse aux craintes exprimées dans les derniers années par plusieurs éthiciens. «Il sera impossible pour les scientifiques qui utiliseront ces banques, après avoir répondu à des exigences éthiques, d'obtenir l'identité des partici-pants, a souligné Bartha Maria Knoppers, du centre de recherche en droit public de l'Université de Montréal. De plus, ni les assureurs ni les employeurs ou tout autre acteur privé ne pourront avoir accès à ces informations.»

En mai, ce projet de carte génétique a finalement pris son envol avec l'annonce d'une aide gouvernementale de 30 millions de dollars sur trois ans. Ce montant doit être alimenté à part égale par le provincial et le fédéral par l'entremise des organismes Genome Canada et Genome Québec mais aussi de l'Université de Montréal. À cette somme s'ajoutent également 4,5 millions de dollars provenant, par exemple, de Développement économique Canada et du ministère du Développement économique, de l'Innovation et de l'Exportation du Québec.

Concrètement, la première banque d'ADN du Québec va élire en partie domicile dans les murs du Centre de santé et de services sociaux de l'arrondissement Chicoutimi à Saguenay où les échantillons de sang et d'urine des participants seront traités, stockés et manipulés en vue des analyses génétiques, ont annoncé les autorités médicales de la région en août dernier.

Avec ce projet, le Québec vient donc allonger la liste des biobanques actuellement en activité dans le monde pour soutenir la recherche scientifique et favoriser le développement de connaissances médicales. Il en existe une vingtaine qui regroupent pour le moment les informations génétiques de 10 000 personnes provenant de 35 pays. Ces biobanques sont réunies au sein d'un Consortium international de recherche en génomique des populations (P3G) dont le siège social est à Montréal.

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