Santé - Un nouveau médicament pour traiter le diabète sans inconvénients

Le médicament permet d’abaisser le taux de sucre sans entraîner de gain de poids ou d’épisodes d’hypoglycémie, deux effets indésirables de la plupart des autres traitements contre le diabète.
Photo: Agence Reuters Le médicament permet d’abaisser le taux de sucre sans entraîner de gain de poids ou d’épisodes d’hypoglycémie, deux effets indésirables de la plupart des autres traitements contre le diabète.

Santé Canada annonçait hier l'approbation d'un nouveau médicament pour traiter le diabète de type 2. Doté d'un mécanisme d'action inédit, ce médicament permet d'abaisser le taux de sucre sans entraîner de gain de poids ou d'épisodes d'hypoglycémie, deux effets indésirables de la plupart des autres traitements contre le diabète. De plus, le januvia, comme on l'appelle dans le commerce, se présente sous forme de comprimés qu'on absorbe par la bouche une fois par jour.

Au moment où le médecin établit un diagnostic de diabète de type 2, la personne a généralement perdu 50 % de sa capacité à produire de l'insuline par ses cellules bêta du pancréas et elle a développé une résistance à l'insuline qui, rappelons-le, sert à maintenir des taux normaux de sucre dans le sang. Lorsque les cellules bêta faiblissent et ne fabriquent pas suffisamment d'insuline, les cellules alpha du pancréas se mettent à sécréter davantage de glucagon, qui stimule la formation de glucose par le foie à partir du glycogène qui y est entreposé. Ce déséquilibre entraîne ainsi une augmentation de la glycémie, voire une hyperglycémie, principal symptôme du diabète.

Forte composante génétique

Le diabète de type 2 est une maladie à forte composante génétique, rappelle le Dr Jean-Marie Ékoé, endocrinologue au CHUM et président du conseil professionnel de Diabète Québec. «L'obésité est un facteur de risque pour le diabète, mais des facteurs génétiques liés au diabète prédisposent les diabétiques à l'obésité: ils ont huit chances sur dix de devenir obèses.» Ces traits génétiques font qu'au bout d'un certain temps, la fabrication de l'insuline par les cellules bêta du pancréas devient déficiente. Et en raison de l'obésité qui est fréquemment associée au diabète, ces cellules doivent travailler trois à cinq fois plus. Les cellules bêta vont ainsi s'essouffler. Quand le taux de sucre monte, c'est le signe qu'elles ne suffisent plus à la tâche.

«Quand le diabète de type 2 apparaît, il y a la possibilité d'administrer de l'insuline au patient tout de suite. Mais le problème est que l'insuline fait grossir parce qu'il s'agit d'une hormone anabolique, c'est-à-dire qui permet d'emmagasiner l'énergie au niveau des muscles et de la graisse, qui, de ce fait, s'accumulent, souligne le Dr Ékoé. Au départ, il faut avant tout essayer de diminuer la résistance à l'insuline qui découle très souvent de l'embonpoint, d'où l'idée de faire maigrir les patients et de les inciter à faire de l'exercice, ce qui réussit assez souvent quand ces changements d'habitudes de vie sont bien intégrés.» Des études ont en effet démontré que, chez les individus génétiquement prédisposés au diabète de type 2, on pouvait réduire le risque de développer la maladie d'environ 60 % durant trois ans par la modification des habitudes alimentaires et l'exercice.

Stimuler la sécrétion d'insuline

«Quand on commence à traiter un patient, on ne doit pas recourir à l'insuline tout de suite», insiste l'endocrinologue, qui enseigne à la faculté de médecine de l'Université de Montréal. On doit essayer d'exploiter au maximum ce que les cellules bêta arrivent encore à fabriquer. Le nouveau médicament januvia stimule justement la sécrétion endogène d'insuline par les cellules bêta en bloquant la dégradation du GLP-1 (Glucagon Like Peptide-1), une hormone qui est sécrétée quelques minutes après l'ingestion d'un repas par les cellules de l'iléon (segment terminal du petit intestin) et du côlon (portion moyenne du gros intestin). Cette hormone, qui est en déficit chez les diabétiques de type 2, migre vers le pancréas où elle se lie aux cellules bêta qu'elle stimule à produire plus d'insuline. Le januvia (ou phosphate de sitagliptine monohydraté) inhibe la DDP-4 (dipeptidyl peptidase-4), l'enzyme qui dégrade le GLP-1, et permet du coup au GLP-1 d'agir plus longtemps.

Le januvia pourra être administré en association avec la metformine, aussi connue sous le nom de glucophage, un antidiabétique qui vise à diminuer la résistance à l'insuline en réduisant la production de glucose par le foie, explique le Dr Ékoé. «Au bout d'un certain temps, ce vieux médicament ne suffit plus, précise-t-il. Or l'ajout du januvia aura un effet synergique qui devrait entraîner une diminution significative de la glycémie à jeun et après les repas.»

Les études cliniques n'ont révélé aucun effet secondaire particulier associé à la prise du januvia, qui a été autorisé à la commercialisation en juin 2007 aux États-Unis. «Cela ne veut pas dire qu'il faille arrêter d'être vigilants, souligne toutefois le Dr Ékoé. Une surveillance postmarketing se poursuivra.» Les médecins canadiens peuvent désormais prescrire ce nouveau médicament prometteur depuis le 3 janvier.

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