Place au visiteur expérimentateur

June, une animatrice du Centre des sciences de Montréal, roule en équilibre sur un fil de fer tendu à sept mètres du sol, grâce à un poids de 200 kilos situé sous le monocycle.
Photo: Jacques Nadeau June, une animatrice du Centre des sciences de Montréal, roule en équilibre sur un fil de fer tendu à sept mètres du sol, grâce à un poids de 200 kilos situé sous le monocycle.

Spectaculaires, déroutantes, complètement sautées! Les nouvelles expositions que le Centre des sciences de Montréal (CSM) offrira au public à compter de demain nous en font voir de toutes les couleurs tout en mettant à l'oeuvre nos neurones, notre créativité, notre sens de la responsabilité sociale. Les imposantes rénovations intérieures qu'a subies le CSM en font un tout nouveau lieu à visiter, ou plutôt à expérimenter...

Expérimenter, en effet, car le nouveau CSM s'est imposé un important virage pour accrocher l'attention des visiteurs. En lieu et place des jeux interactifs qui tentaient de faire connaître des thèmes, comme la matière, la vie et l'information, on a substitué «une approche de plus en plus à la mode dans les musées du monde, où le visiteur expérimente et découvre par lui-même, approche qui est également privilégiée dans les écoles québécoises», explique Michel Groulx, responsable de la recherche et des contenus au CSM. «Cette nouvelle approche a été retenue après une série de consultations auprès de jeunes écoliers et d'experts. De ces consultations sont ressortis quatre mots clés: rêver, comprendre, réfléchir et agir.» Quatre mots qui sont devenus les fils conducteurs des quatre salles d'expositions permanentes: Imagine!, qui fait «rêver» aux possibilités futures de la science; Science 26, qui aide à «comprendre» 26 notions scientifiques; idTV, qui fait «réfléchir» aux enjeux de société que soulève la science; et Mission Gaïa, qui invite à «agir» en faveur d'un développement durable.

Immersion dans le futur

La plus sophistiquée en fait de conception multimédia, l'exposition Imagine! propose une expérience multisensorielle où le visiteur déclenche divers dispositifs par le simple fait de déambuler sous l'immense voûte évoquant la forme d'un cerveau humain. En marchant sur des bornes lumineuses, le visiteur mettra en route «de courtes vidéos décrivant des projets scientifiques qui sont sur les tables à dessin», comme un miroir solaire mis en orbite pour rafraîchir le climat ou des plantes modifiées génétiquement afin de détecter les mines antipersonnel. À tour de rôle, six jeunes chercheurs, dont la silhouette apparaît sur un écran de bruine qui ajoute une note onirique au lieu, confient le rêve scientifique qu'ils caressent par-dessus tout. Six stations expérimentales permettent aussi au visiteur d'explorer l'intérieur du corps humain, de parler diverses langues étrangères, de voir l'invisible et de contrôler la matière par la pensée. En effet, grâce à un détecteur des ondes alpha générées par le cerveau au repos, le visiteur qui atteindra un état de détente suffisant arrivera à faire monter une balle dans un tube. Du spiritisme scientifique, direz-vous? Toute cette science rêvée est «pour relativement bientôt, dans 15 ou 20 ans», nous certifie Michel Groulx.

A, B, C... scientifique

Un abécédaire des sciences des plus inventifs et ludiques compose l'exposition Science 26. Chaque lettre de l'alphabet chapeaute un îlot correspondant à une notion scientifique qui est abordée en sollicitant tous les sens du visiteur, voire sa force physique, sa dextérité, sa créativité. Celui-ci est invité à concevoir un film d'animation pour A; à jouer au DJ ou au compositeur de musique électroacoustique — à la borne J pour jazz — sur une plate-forme musicale interactive, nommée Reactable, mise au point par une équipe de chercheurs catalans. «Seule la chanteuse Björk possède une autre copie de cet instrument de musique interactif», raconte Michel Groulx. Des miroirs déformants permettent de se retrouver au milieu d'un kaléidoscope pour K. Enfin, la lettre Z — pour zoom — invite les plus téméraires à jouer au funambule en enfourchant un monocycle roulant sur un câble d'acier tendu à sept mètres du sol.

L'exposition idTV nous introduit dans une salle de nouvelles virtuelle où les visiteurs devront préparer un reportage vidéo sur l'un des cinq enjeux scientifiques proposés, portant notamment sur le clonage ou l'envoi d'humains dans l'espace. Un chef de pupitre virtuel guide les apprentis journalistes dans leur réflexion devant conduire à la position qu'ils voudront transmettre au public à l'aide de leurs propres commentaires ainsi que d'entrevues avec des experts et de vox pop préenregistrés, d'illustrations, de grands titres et de musiques de transition contenues dans une banque de données mises à leur disposition. Avant de quitter le plateau de montage, le journaliste en herbe pourra expédier son reportage à la maison par courriel.

Agir pour le développement durable

Une grande fresque évoquant le cycle de vie d'un tee-shirt, de sa conception à son élimination en passant par son utilisation, et spécifiant la quantité de ressources et d'énergie qu'il requiert et de polluants qu'il génère, interpelle le visiteur qui pénètre dans la salle de l'exposition Mission Gaïa, dont le coeur est constitué d'un grand jeu de stratégie, semblable à Carcassonne. Dans l'enceinte délimitée par un immense écran de projection dont l'axe rappelle l'inclinaison de la Terre, sont disposées 21 tables de jeu composées d'un écran interactif sur lequel on déplace ses pions, et d'un tableau de bord indiquant les consignes, les indicateurs du développement durable et le pointage de l'équipe. Dans un premier temps, les joueurs sont mis en situation d'urgence, où ils doivent trouver les solutions les plus appropriées aux catastrophes écologiques ou humaines qui ont marqué le XXe siècle. Dans un second temps, les participants doivent choisir les mesures les plus aptes à favoriser un développement durable au sein d'une grande ville nord-américaine. «Leurs choix doivent tendre à maintenir un équilibre entre les aspects économiques, environnementaux et humains», précise Michel Groulx, avant de saluer la qualité du jeu dont le contenu a été élaboré par la chaire de recherche en éco-conseil de l'Université du Québec à Chicoutimi.

Dans les longs couloirs menant aux salles d'exposition, les vitrines technologiques ont aussi fait peau neuve en présentant 23 innovations technologiques canadiennes élaborées au cours des trois dernières années. On raconte par exemple l'histoire de la conception d'une mousse de polystyrène biodégradable qui mettra trois ans à disparaître plutôt que plusieurs siècles, et celle d'un procédé d'électrolyse qui purifie l'eau sans ajout de chlore. Plus loin, la mini-expo Cargo nous décrit les technologies les plus modernes employées dans les activités portuaires, dont notamment l'usage des rayons gamma pour détecter les matières illicites dans les conteneurs.

En plus de ces expositions permanentes, le CSM inaugure aussi demain deux expositions temporaires: Odyssée de la lumière, produite par le Musée de la civilisation de Québec, et Sel essentiel, préparée par le Musée de la nature et des sciences de Sherbrooke. Véritable petit bijou, cette dernière nous apprend, entre autres, que les îles de la Madeleine sont sises sur un gisement de sel et que le Canada est l'un des plus grands consommateurs de sel au monde... non pas à table mais sur les routes!

«Les sciences et les technologies étant en perpétuelle évolution, un musée qui leur est dédié se doit de renouveler périodiquement ses expositions», affirme Michel Groulx. C'est ainsi qu'après sept ans — de succès, devons-nous souligner, comme en témoignent les quatre millions et plus de visiteurs à ce jour, et les prix récoltés pour les expositions temporaires Autopsie d'un meurtre et Rotation extrême — une équipe de six responsables de projets a pondu un tout nouveau musée au coût de 6,3 millions de dollars puisés dans la Fondation du CSM, dont la caisse est alimentée de fonds publics et privés. «Au cours des trois dernières années qui ont été consacrées au renouvellement des expositions, tous les projets, dont les approches interactives envisagées, ont été testés au fur et à mesure de leur développement (quatre fois par an) par un groupe de jeunes âgés entre 9 et 14 ans recrutés sur Internet. C'est un avis qui compte beaucoup pour nous», souligne M. Groulx, qui prévient que les nouvelles expos visent un public un peu plus âgé que les précédentes — qui s'adressaient aux enfant de 8 à 12 ans — dans le but avoué d'attirer de plus nombreux groupes scolaires.

Seul bémol à cette révolution muséologique: les installations interactives à la fine pointe des possibilités technologiques, où le visiteur doit par exemple déplacer des curseurs lumineux sur le sol avec ses pieds ou toucher des cibles mobiles sur des écrans géants, pourront dérouter les spectateurs dépassant la trentaine, mais on imagine que le public visé, composé d'adolescents de 9 à 14 ans, saura naviguer dans ces environnements multimédias comme des poissons dans l'eau. Michel Groulx nous rassure en nous annonçant que des animateurs viendront guider les visiteurs plus timides.

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Journée portes ouvertes le samedi 1er décembre sur le quai King-Edward, situé au 333 de la rue de la Commune Ouest