Prix Georges-Émile-Lapalme - Un homme de poésie

Gaston Bellemare a été le premier éditeur de poésie au Québec. Il est le président et fondateur du Festival international de la poésie de Trois-Rivières. Il est également l'un des piliers de l'Académie mondiale de poésie. Pour souligner le fait que, depuis plus de 35 ans, Gaston Bellemare se donne corps et âme à la diffusion de cet art ici et ailleurs, le gouvernement du Québec lui a remis, mardi dernier, le prix Georges-Émile-Lapalme pour sa contribution exceptionnelle à la qualité et au rayonnement de la langue française.

«Du plus loin que je me souvienne, j'ai toujours lu de la poésie», raconte Gaston Bellemare, joint au moment où il arrivait de Moscou avec le poète québécois Jean-Marc Desgent, qui a reçu un accueil chaleureux.

Entre lire de la poésie et mettre sur pied une maison d'édition entièrement dédiée à cet art, il y a pourtant une marge. «Tout ça a commencé, en 1962 ou 1963, lorsque j'ai trouvé un petit livre de poésie tout mince, publié presque sur du papier journal. C'était l'Ode au Saint-Laurent, de Gatien Lapointe. Ça m'avait tellement impressionné, surtout que c'était très rare à l'époque, les livres de poésie», se souvient M. Bellemare.

En 1968, il a reçu un appel de Gilles Boulet, fondateur de l'Université du Québec à Trois-Rivières (UQTR), pour l'informer qu'il avait embauché Gatien Lapointe. Ce dernier avait accepté à la condition que l'UQTR lui donne un coup de main pour créer une maison d'édition de poésie. «C'est là que tout s'est enchaîné. Je me suis rendu à Trois-Rivières et, rapidement, nous avons créé la maison d'édition Les Écrits des Forges. À cette époque, nous ne pensions jamais durer aussi longtemps», affirme M. Bellemare, qui a poursuivi son travail même après le décès de Gatien Lapointe, en 1983. Pour son 1000e titre, publié cette année, Gaston Bellemare a choisi d'honorer son maître en rééditant l'Ode au Saint-Laurent.

Un festival qui a vu neiger

Si l'homme de lettres a toujours été convaincu que le grand public aimait la poésie, malgré ce que l'on pouvait bien entendre, il a tout de même été surpris lorsqu'il a créé, en 1985, le Festival international de la poésie de Trois-Rivières. «On attendait 300 personnes et il en est venu 5000! Le festival a rapidement pris de l'ampleur parce que le public en voulait davantage. Dès la sixième année, il est devenu international», raconte M. Bellemare.

Comme le festival voulait amener de la poésie là où les gens aiment aller, comme les cafés, les bars et les restaurants, il y a eu une période d'ajustement pour les résidants de Trois-Rivières. «Ce fut difficile de négocier un temps de parole aux poètes et aux clients des établissements. Maintenant, nous y sommes arrivés, et même, si quelqu'un ne respecte pas les règles, il se fera dire de se taire par ses voisins. D'ailleurs, les établissements partenaires du festival sont maintenant bien identifiés et, ainsi, les gens qui y entrent savent qu'il y aura des poètes, et sur chaque table, on retrouve un scénario du déroulement de la soirée avec les règles de respect à suivre», indique l'organisateur.

Avec la durabilité du festival, le fondateur est particulièrement fier d'avoir réussi à donner un public aux poètes québécois et internationaux. «Nous avons réussi à offrir aux gens une diversité de lieux pour entendre de la poésie, et ce, de midi à trois heures du matin. Nous avons également réussi à offrir une grande diversité de poètes: nous en accueillons maintenant une centaine par année qui proviennent de 30 pays différents et des cinq continents. Et des gens de tout le Québec, mais aussi d'Europe et d'ailleurs, viennent les entendre. Pour plusieurs, c'est devenu littéralement un rendez-vous annuel», se réjouit Gaston Bellemare.

La poésie, un art universel

Les rencontres internationales qui ont lieu chaque année au festival ont des répercussions sur de possibles collaborations futures. «Nous établissons des ententes avec d'autres festivals qui font en sorte que nous leur envoyons un poète québécois et ils nous en envoient un de chez eux. On fait ça également avec des maisons d'édition: nous traduisons un de leurs poètes, ils traduisent un Québécois», explique M. Bellemare, qui espère bien, au cours des prochaines années, accroître ces types de collaborations.

Toutefois, déjà, le Québec partage beaucoup avec certains pays, notamment le Mexique. Gaston Miron y est traduit et la maison Les Écrits des Forges a publié plusieurs oeuvres de Jaime Sabines, un grand poète local. «Avec le Mexique, les rapports sont très bons parce que, d'abord, c'est tout près et, en plus, ce peuple latin est semblable aux Québécois. Ils nous considèrent comme les Latins du Nord et je dis souvent qu'ils sont les Bleuets du Sud! De plus, pour eux, la poésie est sacrée. Alors, oui, la poésie d'ici passe très bien là-bas, et vice-versa», affirme M. Bellemare.

En fait, le spécialiste remarque que la poésie circule particulièrement bien entre les pays qui ont hérité d'une langue de la vieille Europe, comme le Canada, les pays d'Amérique du Sud et d'Amérique latine, ainsi que l'Australie. «Ces pays essayent des langues dans une nouvelle culture, une nouvelle histoire, un nouveau contexte. Ce processus d'adaptation est long et, même encore, ces langues n'ont pas atteint la maturité. La poésie est très dynamique dans un tel contexte», explique-t-il.

Vivre avec la poésie

Tous ces efforts, tout ce dévouement, toutes ces heures de travail pour assurer le rayonnement de la poésie au Québec, sans toutefois pouvoir en vivre. Voilà la réalité de Gaston Bellemare, qui a toujours dû occuper, pour payer son loyer, différents postes administratifs à l'UQTR, jusqu'à sa retraite en 1996. On peut penser qu'il est amer au sujet de cette dure réalité, mais ce n'est pas du tout le cas.

«On ne gagne pas sa vie avec de la poésie, on fait juste ne pas la perdre, s'exclame-t-il. Quelqu'un qui ferait seulement de la poésie dans la vie deviendrait déconnecté de la réalité et je crois que cela nuirait à son oeuvre.»

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Collaboratrice du Devoir
1 commentaire
  • narrable - Inscrit 10 novembre 2007 08 h 23

    compliments

    avec toutes nos félicitations
    merci Gaston Bellemare de me donner vos coordonnées pour vous écrire
    bien à vous
    Gilbert Pilleul
    Association la Nouvelle Pléiade;Paris