L'arthrite enfin déjouée

L’arthrite se déclare lorsque la personne ressent de façon inhabituelle et nouvelle des gonflements articulaires soutenus et des douleurs persistantes, le plus souvent aux extrémités, aux poignets, aux doigts et aux pieds.
Photo: Agence France-Presse (photo) L’arthrite se déclare lorsque la personne ressent de façon inhabituelle et nouvelle des gonflements articulaires soutenus et des douleurs persistantes, le plus souvent aux extrémités, aux poignets, aux doigts et aux pieds.

La médecine n'est plus impuissante devant l'arthrite. Grâce à de nouvelles classes de médicaments, elle permet maintenant d'en stopper l'évolution et de limiter les dommages irréparables que cette maladie peut entraîner. Soyons prévenus de ces avancées, car il est essentiel de traiter le plus tôt possible l'arthrite avant qu'elle ne détériore nos articulations de façon irrémédiable.

«Les traitements contre l'arthrite rhumatoïde ont fait l'objet de progrès spectaculaires au cours des cinq dernières années», souligne le Dr Éric Rich, rhumatologue au CHUM. «Alors qu'il y a 30 ans, une personne atteinte d'arthrite rhumatoïde se destinait au fauteuil roulant, nous disposons aujourd'hui d'un éventail de traitements très efficaces qui permettent d'éliminer cette perspective.»

«Parfois, les patients ont des craintes excessives envers les traitements et tardent à s'y soumettre ou se tournent vers la "folk medicine", les ramancheux, les naturopathes ou le Lakota. Mais alors, les dommages se poursuivent et, rappelons-le, sont irréversibles. Il est donc important de procéder à un diagnostic le plus précocement possible afin de traiter avant que les dommages ne soient trop avancés», souligne ce spécialiste avant de rappeler que l'arthrite, deuxième maladie chronique la plus fréquente au Canada avec plus d'un million de Québécois qui en sont atteints, constitue un énorme fardeau économique pour la société, notamment en journées de travail perdues. Souvent surnommée «maladie de vieux», elle ne frappe pas uniquement les personnes âgées qui, il est vrai, sont plus nombreuses à en être victimes.

Premiers symptômes

L'arthrite se déclare lorsque la personne ressent de façon inhabituelle et nouvelle des gonflements articulaires soutenus et des douleurs persistantes le plus souvent aux extrémités, aux poignets, aux doigts et aux pieds, précise le Dr Rich.

Il existe des centaines de formes d'arthrite qu'on peut diviser en deux classes principales, affirme le spécialiste. D'une part, l'arthrite dégénérative, communément appelée arthrose ou détérioration du cartilage, dont on est plus susceptible de souffrir à mesure qu'on avance en âge. Pouvant apparaître dès la quarantaine, elle est la principale cause des chirurgies du genou et des hanches. D'autre part, on reconnaît l'arthrite inflammatoire, dont le prototype est la polyarthrite rhumatoïde, qui peut débuter à l'enfance.

On peut prévenir l'arthrose en s'interdisant un excès de poids, qui abîme d'abord les articulations portantes, comme les genoux et les hanches. De nombreux sportifs (notamment le hockeyeur Serge Savard) en sont également victimes en raison de certains mouvements nocifs qu'ils répètent année après année. De plus, les membres de certaines familles porteuses d'une prédisposition génétique en sont plus souvent atteints.

L'apparition de l'arthrite rhumatoïde est quant à elle plus mystérieuse. «On ne comprend toujours pas ce qui rend soudainement le système immunitaire hyperactif dans cette forme d'arthrite, affirme le Dr Rich. La recherche se penche là-dessus.» Mais on dit que les scientifiques qui planchent sur ce sujet ne reçoivent pas leur juste part de fonds de recherche à travers le Canada. «La proportion des fonds consentie à la recherche sur l'arthrite ne correspond absolument pas aux coûts qu'entraîne cette maladie», précise Andy Chabot, directeur général de la division québécoise de la Société de l'arthrite.

Cette forme d'arthrite dite inflammatoire découle en effet d'un dérèglement du système immunitaire qui s'emballe et s'attaque aux articulations. Il s'agit d'une maladie dite auto-immune, qui peut frapper à tout âge. Marie-Ève Veilleux, qui a aujourd'hui 24 ans, en est atteinte depuis l'âge d'un an et demi. Tout au cours de son enfance, elle a souffert de douleurs insoutenables alors que ses articulations se dégradaient irrémédiablement. «Lorsque les cartilages sont détruits, le frottement des os les uns contre les autres est extrêmement douloureux», explique le Dr Rich. À 13 ans, ne pouvant plus supporter le poids de son corps, Marie-Ève s'est vue confinée à un fauteuil roulant. Des orthopédistes ont alors remplacé ses genoux et ses hanches par des prothèses métalliques qui assurent un meilleur confort et une certaine mobilité. Après une année de réadaptation, elle a pu regagner l'usage de ses jambes. Ses douleurs sont bien contrôlées grâce à des anti-inflammatoires. Marie-Ève a ainsi pu compléter un baccalauréat en microbiologie et immunologie et poursuit actuellement des études universitaires en traduction scientifique. Elle remplit son rôle de porte-parole de la Société de l'arthrite avec ardeur, déterminée à transmettre un message d'espoir à toutes les personnes qui découvrent qu'elles sont atteintes d'arthrite rhumatoïde.

Traitements

Un des traitements aujourd'hui offerts aux victimes de l'arthrite rhumatoïde vise à bloquer un messager très puissant de l'inflammation, appelé TNF (tumor necrosis factor), qui, normalement, alerte les globules blancs du système immunitaire lorsque pénètre un agresseur dans l'organisme mais qui se retrouve en quantité excessive dans les articulations des patients. Les anticorps qui servent à bloquer le TNF peuvent être administrés par injection sous-cutanée ou intraveineuse.

Une autre stratégie de traitement consiste à couper la communication entre les globules blancs, ou lymphocytes, qui, chez les arthritiques, ont envahi la membrane synoviale — laquelle entoure l'articulation — et se stimulent les uns les autres, appelant ainsi en renfort d'autres soldats de leur bataillon. En bloquant le contact physique entre les lymphocytes, on freine le recrutement de nouveaux soldats, et ceux qui étaient déjà présents quittent l'articulation, dont l'inflammation se résorbe. L'évolution de la maladie est ainsi interrompue.

«Les deux tiers des patients répondent de façon spectaculaire à ces médicaments, affirme le Dr Rich. Il ne s'agit toutefois pas de guérison mais de rémission.»

Pour le traitement de l'arthrose, on privilégie les approches physiques (comme la physiothérapie) et certains analgésiques. «Les exercices adaptés à la condition physique des patients sont essentiels pour toutes les formes d'arthrite, souligne le Dr Rich. Il est primordial de rester actif, car si on arrête l'activité physique, les muscles faiblissent et alors il devient encore plus difficile de marcher. La natation, par exemple, est un des meilleurs sports pour les maladies articulaires puisqu'il y a moins de gravité et moins d'impacts. En nageant, on sollicite néanmoins les muscles de façon adéquate. Le jogging, par contre, est à proscrire.»

La Société de l'arthrite lançait début septembre Le guide du consommateur sur les médicaments contre l'arthrite, qui informe les personnes atteintes des symptômes de leur maladie, des diverses médications offertes ainsi que des bénéfices qu'elles peuvent en tirer et des précautions à prendre. Ce guide prévient notamment que l'échinacée, qu'on consomme pour combattre le rhume en hiver, aggrave l'arthrite rhumatoïde. Il précise par ailleurs les effets secondaires associés à chaque médicament. «Mais ceux-ci sont infimes comparativement aux bénéfices que procure la grande majorité de ces médicaments, souligne le Dr Rich. Le pire des effets secondaires de ces médicaments est probablement de ne pas les prendre.»

Les personnes à qui on vient de diagnostiquer une forme d'arthrite peuvent joindre la Société de l'arthrite grâce à la ligne tél: 1 800 321-1433. On leur proposera diverses façons d'apprivoiser cette maladie.
1 commentaire
  • azer tyuiop - Inscrite 23 octobre 2007 08 h 20

    Non, l'arthrite n'est pas déjouée

    L'arthrite, et en articulier la PR est loins d'être déjouée. Ces maladies sont très polymorphes et les traitements, même les plus récents commes les anti-TNFalpha ne peuvent pas être proposés à tous les malades. Vos propos sont irresponsables et vont faire naitre de faux espoirs aux nouveaux malades. Les anciens malades, quant à eux, sont suffisemment renseignés pour être au courant des restrictions d'utilisation de certains médicaments.