Prix Adrien-Pouliot - Les maux mis à mal

Cette année, l'Acfas remet le prix Adrien-Pouliot à Édith Hamel, professeure et chercheure à l'Institut et Hôpital neurologiques de Montréal de l'université McGill. Rappelons que le prix Adrien-Pouliot vient souligner une importante collaboration scientifique avec la France.

La bosse des sciences, Édith Hamel l'a toujours eue. «Enfant, je voulais toujours comprendre comment les choses marchaient et comme j'étais forte en maths, j'ai rapidement compris que je ferais une carrière en science.» Un cégep en sciences de la santé à Victoriaville, son fief natal, l'amène à compléter un baccalauréat en sciences biologiques à l'Université de Sherbrooke. C'est à l'Université de Montréal et à l'Institut de recherches cliniques de Montréal qu'elle obtient en 1980 son doctorat en sciences cliniques, avec une spécialisation en neurosciences. «À cette époque, je ne savais pas encore quel serait mon véritable champ de recherche, sinon qu'il serait en neurosciences.»

Elle décide alors de poursuivre sa formation et entreprend des études postdoctorales au City of Hope Research Institute, à Duarte, en Californie. «C'est là que j'ai eu la piqûre pour la vascularisation du cerveau et son fonctionnement», dit-elle. Elle revient à Montréal et continue ses études postdoctorales à l'Institut et l'Hôpital neurologiques de Montréal. Mais encore une fois, elle considère que sa formation n'est pas tout à fait complète. «J'avais une formation théorique et aussi une formation clinique, mais je n'avais aucune formation dans le domaine pharmacologique.»

En sol français

Une bourse lui permet de poursuivre ses études postdoctorales en France, au laboratoire d'études et de recherches scientifiques Synthélabo, une entreprise pharmaceutique située à Bagneux. «Ce n'est pas que je voulais absolument aller en France, mais les deux éminents chercheurs, Eric MacKenzie et Lars Edvinsson, deux experts en "cérébrovasculation" avec qui je voulais travailler, étaient chez Synthélabo.»

L'intégration se fait si bien qu'à la fin de son stage postdoctoral, Synthélabo, devenue aujourd'hui Sanofi Aventis, lui propose un emploi. «Synthélabo m'a fait une offre que je ne pouvais pas refuser et je me suis retrouvée à la tête d'une équipe de recherche sur la migraine.» Son séjour en France se poursuit et lui permet de nouer des liens avec des scientifiques français. De retour au Québec en 1987, où elle accepte un poste de professeure à l'Institut et Hôpital neurologiques de Montréal, elle maintient ses liens avec ses collègues français et de plus, elle supervise le travail de nombreux étudiants français.

En 2001, Édith Hamel se voit offrir par le gouvernement français la prestigieuse chaire internationale de recherche Blaise-Pascal de l'École normale supérieure, ce qui lui permet, à nouveau, de poursuivre ses recherches scientifiques en sol français. Ses recherches porteront, pendant ce séjour, sur l'imagerie médicale.

Les vaisseaux sanguins du cerveau

C'est le sang qui apporte aux neurones du cerveau l'oxygène et le sucre essentiels à leurs activités. En fonction du type d'activité, les neurones auront plus ou moins besoin d'apport en sang, et les vaisseaux sanguins se dilateront ou se contracteront selon les besoins. De plus, l'activité neuronale se produit dans des endroits spécifiques du cerveau, qui devront alors être irrigués en conséquence.

«Ma recherche porte sur le dialogue entre les neurones et les cellules des vaisseaux sanguins. Quelles sont les substances libérées par les neurones qui servent à signaler aux cellules des vaisseaux sanguins qu'elles doivent se comporter de telle façon, par exemple se dilater? Quelles sont ces molécules, comment fonctionnent-elles et quels sont les récepteurs de ces molécules sur les vaisseaux sanguins?»

Les travaux menés par Édith Hamel sur le lien entre les neurones et les vaisseaux sanguins ont eu de nombreuses incidences scientifiques, aussi bien dans le domaine des outils diagnostiques que dans la compréhension de certaines pathologies, notamment la migraine et la maladie d'Alzheimer.

L'imagerie médicale, comme la résonance magnétique et la tomographie par émission de positons, évalue l'activité neuronale du cerveau en mesurant le flux sanguin. Mieux comprendre le dialogue entre les neurones et les vaisseaux sanguins du cerveau permet de raffiner ces outils diagnostiques.

«La migraine, même si on ne comprend pas encore bien son origine, est due à un problème de vaisseaux sanguins.» Les recherches faites par Édith Hamel ont contribué à mettre au point de nouveaux médicaments antimigraineux. Présentement, Édith Hamel concentre ses recherches sur la maladie d'Alzheimer. «Nous savons que la maladie d'Alzheimer est reliée à une pathologie vasculaire au cerveau. Si on arrive à mieux comprendre cette pathologie, on pourra trouver de meilleurs outils diagnostiques et même arriver à la corriger.»

En conclusion, Édith Hamel tient à rappeler que si ses recherches ont connu autant de succès, c'est qu'elles ont été réalisées dans le cadre de l'Institut et Hôpital neurologiques de Montréal. «Le fait que l'Institut soit à la fois un centre de recherche et un hôpital m'a permis de faire le lien entre ces deux mondes, la connaissance théorique et la connaissance des pathologies.»

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Collaborateur du Devoir