Prix pour étudiants-chercheurs - De jeunes cerveaux en ébullition

Charles Gauthiera reçu le prix Bernard-Belleau.
Photo: Charles Gauthiera reçu le prix Bernard-Belleau.

Ils n'ont pas encore terminé leurs études, mais ils foisonnent déjà d'idées. Foresterie, pharmaceutique, musicologie et sécurité nationale: les projets de recherche de ces étudiants ne pourraient être plus diversifiés. Leur point commun: ils ont tous remporté de prestigieux prix de l'Acfas. Rendez-vous avec de jeunes chercheurs prometteurs.

Beaucoup de chercheurs bûchent afin de créer de nouveaux médicaments contre le cancer et le VIH. Charles Gauthier aussi, mais il y a mis un petit peu de lui. Natif du Saguenay-Lac-Saint-Jean, il s'est tourné vers sa région pour trouver une solution à ces maladies: les bouleaux de la forêt boréale!

Des bouleaux pour guérir

Le prix Bernard-Belleau pour un projet de doctorat en santé et pharmaceutique a été décerné à

M. Gauthier pour ses recherches sur l'utilisation à des fins médicinales du bétulinol et de l'acide bétulinique, deux substances extraites de l'écorce de bouleau.

Se décrivant comme un «passionné de la science, très attaché à sa région», le chercheur effectue des recherches en chimie pharmaceutique dans le cadre de son doctorat multidisciplinaire en sciences de l'environnement du réseau de l'Université du Québec.

«Les écorces de bouleau contiennent des composés qui ont une très grande valeur thérapeutique», affirme-t-il. L'acide bétulinique a des propriétés anti-mélanome, anti-inflammatoire et fonctionne aussi pour combattre le VIH. «Ce sont de vraies molécules miracle.» En plus, elles agissent sur les cellules cancéreuses, évitant de toucher aux cellules saines, comme c'est le cas de la plupart des médicaments. Il y a donc beaucoup moins d'effets secondaires, ce qui permet d'administrer de plus fortes doses aux patients.

Le hic? «L'acide bétulinique a une faible solubilité», explique Charles Gauthier. Voilà le but de ses travaux: chercher une façon de le rendre plus facilement absorbable par l'organisme. Ce qu'il a trouvé? Ajouter à la molécule d'acide des sections de sucre, très soluble dans l'eau. Il a ainsi concocté une série de molécules modifiées, jusqu'à douze fois plus efficaces à inhiber la croissance des cellules cancéreuses. Des résultats très prometteurs: une demande de brevet est en cours au Canada et aux États-Unis.

Tout cela est additionné d'un esprit de récupération et d'une vision à long terme: «Une fois les composés extraits, l'écorce est encore utilisable en horticulture ou pour faire des panneaux. Des PME pourraient voir le jour en région pour extraire le bétulinol», espère-t-il.

Des bouleaux tout en couleurs

Le bouleau a aussi eu la faveur de Myriam Drouin. Celle-ci s'intéresse cependant à un tout autre aspect de cet arbre: sa coloration. Lauréate du prix Ressources naturelles de niveau doctorat, elle étudie cette essence d'arbre, plutôt négligée, pour ses usages dans l'industrie du meuble et du design d'intérieur.

Myriam Drouin poursuit ses études doctorales en sciences du bois à l'université Laval. Mais elle sent aussi l'appel du design et de l'architecture, qui font tous deux usage du bois d'apparence, utilisé pour les meubles et les décors. Elle constate alors que l'un des obstacles à l'utilisation du bouleau est le fait qu'il présente des variations de couleur, de crème à brun rougeâtre, ce que les manufacturiers considèrent comme un défaut, le consommateur privilégiant les bois de couleur uniforme.

Pour pallier cette difficulté, la chercheuse se met donc à étudier les variations de couleur du bois en fonction de quatre variables: l'âge de l'arbre, sa dimension, sa vigueur, et aussi sa situation au sein même de l'arbre. Elle veut ainsi mieux comprendre les causes de la variation de couleur et permettre une meilleure sélection des arbres et de ses parties.

Afin de réaliser son analyse colorimétrique, elle utilise un scanner industriel, un outil très précis mais inhabituel dans ce type de recherche. Les planches de bois seront scannées et analysées en fonction de leur coloris.

L'originalité de ce projet réside dans le fait qu'il étudie un arbre encore peu connu et analysé. Mme Drouin veut aussi «enrichir les connaissances scientifiques sur le bouleau à papier mais aussi, de façon plus terre à terre, répondre à un besoin de l'industrie du meuble et du design en lui fournissant des données concrètes sur les différents coloris du bois et sur l'importance de leurs variations.» Du «bouleau» en perspective!

De la santé comme enjeu de sécurité nationale

Bioterrorisme, attaques chimiques, SRAS, anthrax: ces menaces préoccupent de plus en plus les esprits. Voulant pallier l'absence de littérature et de réflexion sur ces dangers posés à la sécurité nationale, Julie Auger a cherché à savoir si ces menaces étaient bel et bien à l'ordre du jour politique, et de quelle façon.

Pour sa réflexion, Mme Auger a remporté le prix d'excellence Desjardins pour étudiant-chercheur de niveau maîtrise. Maintenant détentrice d'une maîtrise en science politique à l'Université du Québec à Montréal, elle a effectué une analyse de l'influence du bioterrorisme et des maladies infectieuses sur le processus décisionnel au Canada et aux États-Unis.

Julie Auger cherche à comprendre la différence entre les conceptions canadienne et américaine de la sécurité nationale relative à la santé publique. Elle veut aussi voir quelles sont les conséquences de cette différence pour une gestion efficace de la sécurité de l'espace nord-américain.

Au coeur de ses réflexions, la santé publique: est-elle bel et bien un enjeu de sécurité nationale? Selon elle, les théoriciens des relations internationales «se sont intéressés aux menaces à la survie des citoyens, mais pas à celles qui menacent leur santé ou leur bien-être».

Insatisfaite des grilles d'analyse existantes en relations internationales pour ce problème fort actuel, Julie Auger a conçu la sienne, empruntant tour à tour à la science politique et à l'administration publique. Une innovation.

Un exercice théorique, soit, mais qui a engendré une réflexion nouvelle sur des enjeux politiques très chauds. Car il y a un manque sur le plan de l'analyse des actions du gouvernement. «C'est pourquoi j'ai examiné ce qui a été dit, mais aussi ce qui a été fait au niveau du solliciteur général et de Santé Canada», explique-t-elle.

Bref, une étude fort nouvelle, qui «génère plus de questions que de réponses», admet humblement la chercheuse, mais qui, sans prétendre constituer des recommandations, peut aider les élus à prendre de meilleures décisions.

Des personnages pour l'opéra

Marie-Hélène Breault est une flûtiste professionnelle qui est aussi mue par une grande curiosité. Celle que ses professeurs ont décrite comme «alliant l'émotion de l'interprète à la rigueur de la recherche scientifique» a tout naturellement entrepris un doctorat en musicologie.

Celui-ci lui a valu le prix d'excellence Desjardins pour étudiants-chercheurs de niveau doctoral. Il s'agit là de son deuxième doctorat effectué à l'Université de Montréal, le premier ayant été consacré à l'interprétation musicale de la flûte traversière.

C'est d'ailleurs en tant qu'interprète que Marie-Hélène Breault s'est d'abord intéressée à la musique de Karlheinz Stockhausen, un compositeur allemand contemporain.

Son projet de recherche porte sur la redéfinition du personnage d'opéra. Pour cela, elle a étudié de près les «personnages instrumentaux» créés pour l'opéra par Stockhausen. Celui-ci a innové en intégrant les musiciens à l'interprétation de l'oeuvre.

Alors que, dans l'opéra traditionnel, les chanteurs sont les seuls personnages, les musiciens de Stockhausen jouent un rôle et même parlent! Des bribes de textes, des onomatopées ou encore des exclamations: «Car les interprètes d'instruments à vent ne peuvent réciter de longs textes: leur bouche est déjà occupée à créer la musique!», précise

la chercheuse.

Selon Mme Breault, «cette façon de faire oblige le compositeur à redéfinir le lien entre le texte et la musique». Elle croit aussi que l'opéra de Stockhausen nous oblige à nous pencher sur la fusion entre différents types d'arts car la musique du XXIe siècle touche plus que jamais à l'interdisciplinarité.

Son projet de recherche apportera de meilleures connaissances sur l'opéra de Stockhausen, ce qui va profiter aux chercheurs, mais aussi aux étudiants en musique et aux interprètes qui veulent aborder la musique théâtrale.

«Car les musiciens ne sont pas habitués à explorer la dimension psychologique des personnages. Mais c'est important qu'un interprète connaisse une oeuvre à fond, ce qu'elle apporte, ce qu'elle signifie», conclut-elle avec enthousiasme.

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Collaboratrice du Devoir