Prix Marcel-Vincent - Un Canada aux nations multiples

Professeur de science politique à l’Université du Québec à Montréal, Alain G. Gagnon souhaiterait un Québec autonome, comme peuvent l’être le pays de Galles et l’Écosse au sein du Royaume-Uni.
Photo: Professeur de science politique à l’Université du Québec à Montréal, Alain G. Gagnon souhaiterait un Québec autonome, comme peuvent l’être le pays de Galles et l’Écosse au sein du Royaume-Uni.

Basques, Catalans, Flamands, Gallois... Alain G. Gagnon, professeur de science politique à l'Université du Québec à Montréal (UQAM) et lauréat du prix Marcel-Vincent de l'Acfas, a fait des nations intégrées dans une structure politique unique son principal champ d'étude des 30 dernières années. À l'origine de cet intérêt, le Québec et son statut au sein du Canada. Un Canada dont la seule voie d'avenir réside, pour le politologue, dans la reconnaissance et la mise à contribution des nations qui le forment; un Canada multinational, loin du multiculturalisme des années Trudeau.

«Rapidement, raconte le lauréat du prix Marcel-Vincent, quand j'ai commencé à me questionner en tant que Québécois sur le nationalisme, j'ai eu envie de voir comment d'autres sociétés qui étaient dans des situations encore plus précaires que nous étaient parvenues à survivre. J'ai étudié les sociétés catalane et flamande. J'ai vu comment les gouvernements centraux géraient les choses et les pouvoirs réels qu'ils laissaient à ces nations.»

Un Canada « frileux »

Par voie de comparaison, le professeur Gagnon a peu à peu élaboré sa vision du Canada et du Québec. Un Québec qu'il souhaiterait autonome, comme peuvent l'être le pays de Galles et l'Écosse au sein du Royaume-Uni. «En comparant notre situation à celle d'autres pays, je comprends mal, dit-il, pourquoi le Canada est aussi frileux par rapport à l'autonomie du Québec. Il ne s'agit pas seulement d'adopter une motion de reconnaissance de la nation québécoise comme l'a fait le gouvernement Harper, mais de faire en sorte que cette reconnaissance ait une incidence sur l'interprétation de la Constitution, ce qui n'est pas le cas en ce moment.»

En fait, précise-t-il, «ici, dès que le fait de reconnaître l'une des nations fondatrices à une incidence politique, l'inconfort s'installe et on refuse d'aller plus loin». Pourtant, affirme Alain G. Gagnon, «si le Canada a un avenir, il repose sur ces nations fondatrices, incluant les Premières Nations qui ont, elles aussi, beaucoup de difficulté à se faire reconnaître».

Pour ses collègues chercheurs et universitaires, les travaux de Alain G. Gagnon et les constats qui s'en dégagent figurent parmi les plus novateurs et intéressants des dernières décennies. Pour René Côté, doyen de la faculté de science politique et de droit de l'UQAM, «les travaux du professeur Gagnon ont contribué à décloisonner l'étude de la société québécoise, la situant dans son contexte continental et international, à promouvoir de nouvelles approches conceptuelles et théoriques en sciences sociales ainsi qu'à placer le Québec et le Canada au coeur des débats qui secouent la communauté scientifique internationale».

Un attachement réel

Le rayonnement international des travaux du professeur Gagnon n'est en effet plus à démontrer. Professeur invité dans de nombreuses universités, il est par ailleurs à l'origine de quelque 400 publications, dont beaucoup sont citées comme référence à l'étranger. Pour ce Rimouskois d'origine, l'attachement au Québec est toutefois bien réel.

«Il y a ici un respect pour les règles démocratiques que j'admire. La société civile est très affirmée et présente, mais tout de même respectueuse des structures. De voir aujourd'hui mes travaux reconnus par mes pairs m'honore sincèrement. Pour moi, mais aussi pour mon institution, dont on a récemment remis en cause la mission de recherche.»

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Collaboratrice du Devoir
 
1 commentaire
  • Michelle Bergeron - Inscrit 13 octobre 2007 01 h 02

    l'UQAM pas du béton mais des cerveaux!

    Bravo! toute mon admiration pour vos recherches en espérant une suite nécessaire. Quand un pays détruit à néant ceux qui l'on fait naître il ne mérite de vivre. Les deux minoritées du Canada sont des richesses naturelles en voie d'instinction. Prière d'inclure dans Kyoto comme l'ours polaire...