Le Québec en tête

Que l'univers universitaire déborde largement des institutions qui abritent les professeurs et chercheurs qui y oeuvrent, cela se comprend vite quand on s'arrête aux sujets des études et qu'on énumère les multiples réalisations des lauréats des prix remis en 2007 par l'Association francophone pour le savoir, l'Acfas. Et plus d'un et d'une de ses éminences, moins «grises» qu'on ne le croit, a le Québec dans sa mire.

Elle est chercheuse de réputation mondiale. Elle a le profil type de ce que l'imagination populaire conçoit, elle qui vit la tête tournée vers les étoiles. Pour Victoria Kaspi, le monde est fait de magnétars et de pulsars, de ces objets distants que l'on ne peut qu'entendre, faiblement doit-on le rappeler, car on ne peut voir ces objets distants dont la taille ne dépasse souvent pas dans un sens les 20 kilomètres. «Si on prend un téléphone cellulaire et qu'on le met sur la Lune, son signal, capté depuis la Terre, est un million de fois plus puissant que celui de la plupart des étoiles à neutrons dans la Voie lactée», informe ainsi cette jeune chercheuse née au Texas et dont le parcours a fait de McGill son lieu d'adoption.

Parmi les lauréats en 2007 des prix de l'Acfas, un autre aussi a utilisé son souci de curiosité pour en arriver à «fouiller» dans d'autres méandres, à l'intérieur de notre corps. «Je veux savoir le pourquoi des choses. Je me rappelle que, lorsque je faisais mes études de médecine, je désirais comprendre pourquoi une maladie a telle ou telle conséquence. J'étais donc naturellement intéressé par les phénomènes de base qui expliquent la biologie humaine.» André Veillette, oncologue, est ainsi devenu spécialiste des systèmes immunitaires.

Place publique

Tous les chercheurs ne se retrouvent toutefois pas toujours dans les laboratoires ou les salles d'ordinateurs. La voix d'Yves Gingras nous est ainsi connue, lui qui est l'auteur de plus d'une chronique des Années-lumière sur la Première Chaîne de Radio-Canada. L'écriture de Lise Gauvin est aussi familière aux lecteurs du Devoir, car ne rend-elle point compte régulièrement de la littérature francophone dans les pages du cahier Livres? Quant à François-Marc Gagnon, pour qui n'a pas lu ces ouvrages sur l'art québécois, sa figure est pourtant connue, ayant été vue et revue sur les ondes de la Télé-Université: «Je considère ces deux cours télévisés comme l'une de mes principales réalisations et celle qui a eu le plus d'impact sur le public en général. Ils lui ont fait mieux connaître la peinture moderne au Québec et l'ont ouvert à la peinture moderne internationale plus efficacement que tous mes livres.»

Ces chercheurs seraient donc des vulgarisateurs? Au départ, sûrement pas. Le travail premier de Gauvin a été d'inscrire la littérature québécoise dans la littérature universelle, reliant les oeuvres d'ici à celles de la francophonie dans son ensemble, et aux lettres françaises en particulier. Gagnon, quant à lui, a établi les normes et posé les fondations d'une histoire de l'art québécois contemporain. Et l'objectif premier poursuivi par Gingras est de «comprendre la transformation de l'histoire des sciences au Québec et au Canada».

Chez un autre Gagnon, Alain cette fois-ci, ses travaux en science politique le poussent vers un engagement dans cette sphère. Pour un de ses pairs, René Côté, le doyen de la faculté qui l'accueille à l'UQAM, «les travaux du professeur Gagnon ont contribué à décloisonner l'étude de la société québécoise, la situant dans son contexte continental et international, à promouvoir de nouvelles approches conceptuelles et théoriques en sciences sociales ainsi qu'à placer le Québec et le Canada au coeur des débats qui secouent la communauté scientifique internationale».

Oeuvre utile

Toute réflexion qui établirait qu'un professeur ou un chercheur est d'abord un théoricien de la «chose» ne rendrait cependant pas compte de toute la réalité universitaire. Un Donald Smith n'a ainsi point oublié ses origines terriennes et ses recherches sur l'azote l'ont amené à découvrir la façon utile de faire pousser les plantes: la culture du soja a été transformée par les produits qu'une compagnie, maintenant intégrée à une multinationale américaine, distribue.

Un autre, Jean Caron, est l'homme derrière des entreprises qui oeuvrent sur la fertilisation des sols: sans lui, cet Aquamat, commercialisé par la firme Soleno Textiles et devenu Hydroswitch pour la firme Texel, n'aurait pas le succès connu en horticulture, et Hortau ne serait point en mesure d'embaucher quatre employés pour distribuer en Californie les produits d'une technologie développée à Lévis.

Et si Édith Hamel connaît une carrière de haut vol, elle est aussi femme de laboratoires industriels. Il était inévitable que ses travaux sur la migraine et la vascularisation du cerveau intéressent les entreprises: elle a donc oeuvré un temps en France chez Synthélabo, devenue aujourd'hui Sanofi Aventis, avant d'être titulaire, toujours dans «ce vieux pays», de la chaire internationale de recherche Blaise-Pascal de l'École normale supérieure. Elle poursuit maintenant ses recherches sur la maladie d'Alzheimer au sein de l'Institut neurologique de Montréal.

Relève conforme

Si les aînés allient recherche et territoire local, il semble que la relève suive cette voie. Une Marie-Hélène Breault serait loin des préoccupations quotidiennes, elle qui étudie le personnage de l'opéra, dans l'oeuvre de Stockhausen plus précisément, quand une Julie Auger est bien pratique: sa science politique l'amène à évaluer l'influence du bioterrorisme dans les politiques gouvernementales.

Et il est difficile de trouver plus québécois que le bouleau. Pour un Charles Gauthier, le bétulinol et l'acide bétulinique, deux substances extraites de son écorce, seraient des composantes de médicaments destinés à guérir plus d'un mal, et sa coloration aurait pour Myriam Drouin des usages dans l'industrie du meuble et du design d'intérieur, servant à transformer l'apparence des meubles.

Si la recherche québécoise a une portée universelle, ce qui est nécessaire pour qu'elle soit utile, il semble qu'elle y parvienne en gardant le Québec dans sa mémoire.