Le Devoir dans Second Life - Bienvenue à l'Île Québec!

Une représentation du marché Bonsecours telle qu’elle apparaîtra sur l’Île Québec.
Photo: Une représentation du marché Bonsecours telle qu’elle apparaîtra sur l’Île Québec.

Le Québec organise sa présence dans l'univers de Second Life. À compter de samedi, une île complète ouvrira en effet ses portes dans cet environnement numérique en réseau et en trois dimensions afin de faire vivre virtuellement le Québec «d'aujourd'hui, d'hier et de demain», annonce le concepteur du projet. Une première.

Des débats politiques, des expositions de photos, un bureau touristique, un commerce d'assurances, des concerts ainsi que des appartements à louer — pour commencer — seront proposés aux 9,1 millions de résidants provenant de partout sur la planète et établis à ce jour dans ce monde parallèle qui fait couler beaucoup d'encre.

Baptisé simplement «Île Québec» (slquebec.terravirtualis.com), l'endroit, localisé dans le secteur des Crystal Isles de Second Life («deuxième vie» en français, www.secondlife.com), est conçu comme un terrain d'expérimentation «des nombreuses possibilités qu'offre cet univers autant ludique, commercial, informatif et éducatif», a indiqué hier au Devoir Christophe Mary, consultant en nouvelles technologies et homme derrière la construction de cet espace insulaire. «Les environnements informatiques en trois dimensions vont immanquablement envahir nos vies au cours des prochaines années. Autant s'y habituer et surtout voir ce qu'on peut faire avec ça.»

Dès samedi matin, jour de l'inauguration de cette vitrine virtuelle pour le Québec, l'île va permettre aux avatars — ces représentations en 3D des internautes — d'évoluer dans un paysage atypique où une représentation du château Frontenac de Québec, offrant un musée et des salles de conférence celui-là, côtoiera celle du marché Bonsecours de Montréal. Une place centrale, un grand bâtiment à vocation commerciale ainsi que des condominiums ont également été érigés, comme a récemment pu le constater lors d'une visite des lieux Fabien Qinan, clone numérique d'un journaliste du Devoir envoyé dans Second Life depuis avril dernier.

Vendre le Québec...et des assurances

À ce jour, les Fêtes de la Nouvelle-France, le bureau du tourisme de la région du Saguenay-Lac-Saint-Jean ainsi que la compagnie d'assurances Cabinet Fauvaux ont décidé d'élire domicile sur cette île, a indiqué M. Mary. «D'autres entreprises sont actuellement en réflexion pour en faire autant», a-t-il souligné sans donner plus de détails. La vente d'assurances — pour usage dans la première vie, bien réelle, des avatars —, la distribution de dépliants d'information touristique ainsi que l'organisation d'activités spéciales sont au programme.

Autre élément au programme de l'Île Québec: des débats politiques organisés dans une agora ouvrant sur une mer, virtuelle s'entend. Le candidat libéral fédéral dans Lévis-Bellechasse, Simon Turmel, ouvrira le bal dès samedi en organisant une rencontre avec les internautes présents dans Second Life sur le thème... du port méthanier Rabaska, dont la construction, controversée, est envisagée dans la région de Québec.

«C'est une expérience intéressante», a indiqué cet avocat et ancien chef de cabinet d'Yvon Marcoux, joint hier par téléphone. «Par l'entremise de Second Life, il est possible de joindre d'une autre façon des personnes, principalement jeunes, qui ne sont pas toujours intéressées par les questions politiques dans leur première vie. Chaque mois, il va y avoir des discussions sur des thèmes précis. Nous allons voir ce que cela va donner.»

Repousser les frontières du possible

Lancé en 2002 par l'entreprise américaine Linden Lab, Second Life est un univers dit persistant, en trois dimensions, dont la particularité est d'être construit et façonné en temps réel et en réseau par les citoyens numériques qui y habitent. Au cours des quatre derniers mois, trois millions de nouveaux avatars ont fait leur apparition dans ce coin du cyberespace dont la géographie est composée d'une multitude d'îles. Ils sont désormais 9,1 millions. De ce nombre, près de 15 000 résidants virtuels proviendraient du Canada.

Utilisé principalement comme lieu de divertissement, ce monde a aussi une vaste dimension commerciale. De grandes entreprises comme Reebok, American Apparel, Toyota, Lacoste, Nissan, Telus et Sony y ont pignon sur pixels. Le collège Lasalle, un établissement scolaire privé, a également ouvert une succursale pour offrir des cours à distance.

Autre caractéristique de l'endroit: comme dans la vraie vie, l'argent circule dans cet univers où tout peut s'acheter et se vendre, par l'entremise du «dollar Linden», une monnaie inventée par le créateur de cet univers. Ce dollar a parité avec le dollar américain, bien réel, lui.

L'Île Québec ne devrait pas se soustraire à cette étonnante logique commerciale. On y offrira des terrains à vendre et des appartements à louer pour héberger les représentations en 3D des internautes. Contre argent sonnant, a indiqué Christophe Mary. Des internautes pourront d'ailleurs faire le tour du propriétaire en calèche, comme dans le Vieux-Montréal, afin d'apprivoiser les 65 000 m2 de codes binaires qui composent cette île. «C'est folklorique, c'est vrai, mais c'est une bonne façon de faire la connaissance avec l'endroit. Et ça, c'est gratuit», a-t-il poursuivi.

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