Entrevue avec le chercheur Frank Cézilly - La monogamie chez les animaux est plutôt l'exception que la règle

Par contre, les flamants roses de la Camargue divorcent chaque année, faute de retrouver leur partenaire au retour de leur migration.

Comme ces oiseaux ne nichent pas sur un site stable mais dans des lagunes ou des zones inondées par intermittence, ils retrouvent rarement leur compagnon, indique Frank Cézilly.

«Pour cette raison, ils n'ont pas développé au cours de l'évolution une fidélité indéfectible à leur partenaire parce qu'ils perdraient leur temps à l'attendre et à le rechercher. Et ils risqueraient ainsi de ne pas se reproduire», explique le chercheur en écologie comportementale.

Les partenaires des couples de mouettes tridactyles parviennent quant à eux à se reconnaître l'un l'autre, et ce, même si on les empêche de retourner à l'endroit où ils nichaient l'année précédente. Les idylles peuvent donc se prolonger beaucoup plus longtemps.

Entre 15 et 20 % des mésanges divorcent quant à elles pour des raisons d'incompatibilité génétique.

Des observations scientifiques ont en effet montré que lorsque des couples de mésanges divorçaient et se réappariaient, ils produisaient alors moins d'oeufs infertiles et une progéniture viable plus abondante.

Chez la mésange à tête noire américaine, par exemple, les partenaires vivent ensemble pendant quelques années. Puis certaines femelles divorcent pour rejoindre un autre mâle qui est libre et qui défend un meilleur territoire, dans l'espoir que ce nouveau parti leur offrira un meilleur succès reproductif.

La monogamie extrême

C'est toutefois dans le monde des parasites que l'on retrouve les formes les plus extrêmes de monogamie. La vie de couple atteint un paroxysme chez les membres — hermaphrodites — du genre Diplozoon qui fusionnent leurs tissus génitaux pour la vie, ce qui leur permet d'échanger des gamètes durant toute leur existence.

L'hippocampe est un véritable paradoxe, fait remarquer Frank Cézilly. Alors que les mâles, par principe — voir «L'entrevue» en page A 1 — ont peu intérêt à s'engager dans la monogamie, l'hippocampe a choisi la manière la plus extrême de s'y engager, non seulement en prodiguant des soins aux jeunes mais en portant carrément les embryons dans une poche incubatrice.

«La femelle transfère ses oeufs au mâle qui les féconde et fournit aux embryons logés en son sein le gîte et le couvert tout au long de leur développement, explique le chercheur. La grossesse dure plusieurs semaines avant que les jeunes ne soient relâchés dans le milieu extérieur. La femelle lui confie alors une nouvelle série d'oeufs qu'elle a produits. Chez certaines espèces, la fidélité du couple est totale et est entretenue chaque jour par de brèves cérémonies au cours desquelles le mâle et la femelle échangent leurs révérences avant de se séparer pour le reste de la journée.»

À l'inverse des oiseaux, la monogamie est un phénomène rare chez les mammifères puisqu'elle ne concerne qu'environ 5 % des espèces. Le dik-dik, une antilope forestière, est monogame, mais les mâles ne fournissent absolument aucun soin parental, contrairement aux campagnols des Prairies, des petits rongeurs dont les mâles ont développé un comportement d'attachement envers la femelle et les jeunes qu'ils vont réchauffer et ramener au nid s'ils s'égarent.

Polygynes, les primates

Les plus proches cousins de l'homme, les primates, tels que les chimpanzés, les gorilles, les orangs-outans, sont pour la plupart polygynes, c'est-à-dire qu'un mâle peut être simultanément apparié à plus d'une femelle.

Certains, comme les bonobos, reconnus pour leur comportement sexuel débridé, vivent même en promiscuité; chaque femelle peut copuler avec plusieurs mâles et chaque mâle avec plusieurs femelles.

Seuls les grands singes, comme les gibbons, qui mènent une vie arboricole et occupent des territoires peu étendus, sont monogames. «La polygynie de nombreux singes s'explique probablement par le fait que les femelles vivent en groupe pour exploiter les ressources qui sont rassemblées dans l'espace ainsi que pour se défendre contre les prédateurs. Il devient ainsi plus facile pour les mâles de prendre le contrôle d'un groupe de femelles vivant ensemble que si elles étaient dispersées dans l'espace», fait valoir Frank Cézilly.

Encore une raison économique! Les chevaux sont justement polygynes parce qu'ils doivent constamment se déplacer pour avoir accès à de nouvelles ressources alimentaires qui se trouvent dans différents pâturages.

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