Chaires de recherche du Canada - La discrimination doit cesser

Plus de trois ans après le dépôt d'une plainte, la Commission canadienne des droits de la personne a tranché cette semaine en faveur des huit professeures qui dénonçaient la discrimination pratiquée par le Programme de chaires de recherche du Canada à l'endroit des femmes.

Cette victoire, qualifiée hier de «gain moral» par la porte-parole des plaignantes, reconnaît le fait qu'équité et excellence vont de pair et obligera les universités canadiennes à modifier les cibles d'embauche des chercheurs en fonction des groupes d'équité que sont les femmes, les peuples autochtones, les membres des minorités visibles et les personnes handicapées.

«Mieux vaut tard que jamais», a déclaré hier Wendy J. Robbins, l'une des huit professeures qui avaient déposé la plainte en 2003. «L'entente permet de reconnaître que l'équité n'empêche pas d'atteindre l'excellence, mais il est dommage que le courage ait manqué pour arriver à cette entente il y a trois ans. C'est un peu tard», a ajouté Mme Robbins, qui enseigne au département d'anglais de l'Université du Nouveau-Brunswick.

Les associations de professeurs ont bien accueilli cette décision mais ont aussitôt déploré le fait qu'elle tombe au moment où l'octroi des chaires de recherche tire à sa fin. «C'est une décision majeure, mais nous regrettons amèrement qu'elle arrive si tard, a commenté hier le directeur de l'Association canadienne des professeurs d'université, James Turk. Nous avons commencé notre bataille il y a très longtemps, et au moment où le règlement intervient, presque toutes les chaires ont été octroyées.»

Des 2000 chaires dont la distribution a démarré en 2000, 1689 ont été octroyées à ce jour. Les chaires de niveau 1, destinées à des chefs de file en matière de recherche, ne sont encore remises qu'à 16 % de femmes. En revanche, les chaires de niveau 2, assignées à de nouveaux chercheurs, sont occupées par 27 % de femmes, pour une moyenne de 22 % de présence féminine.

Le déséquilibre était toutefois bien plus important en 2001, au terme de l'an 1 du programme. À ce moment-là, 14 % des chaires avaient été octroyées à des femmes, contre 33 % lors du tout dernier cycle d'attribution. «Dès 2001, nous nous sommes aperçus qu'il y avait un déséquilibre dans l'octroi des chaires, et nous n'avons pas attendu que le tribunal s'en charge pour réagir, a indiqué hier François Sauvé, directeur des opérations pour le PCRC. Notre programme visait l'excellence et vise toujours l'excellence, mais ce qui est important, c'est que nous avons établi qu'il fallait améliorer l'équité dans le programme, pas seulement pour les femmes, mais pour les autres groupes visés.»

Les mesures d'équité convenues entre les deux parties après une médiation enclenchée au printemps dernier commandent au PCRC de modifier les formulaires de mise en candidature en permettant aux individus d'indiquer — s'ils le veulent bien — leur appartenance à l'un des quatre groupes visés.

L'entente prévoit surtout que le programme exigera des universités qu'elles établissent des cibles de représentativité pour les groupes concernés, y compris celui des femmes. D'ici trois mois, un consultant doit être choisi par les deux parties pour concevoir la méthodologie qui permettra de trouver lesdites cibles. Une fois enclenché par les universités, le processus devra être revu tous les trois ans.

«Cette entente nous réjouit, a indiqué hier Éric Robitaille, directeur de la recherche et de l'analyse des politiques à l'Association des universités et collèges du Canada (AUCC). Chez nous, comme au programme de chaires, ça fait un petit bout de temps qu'il y a une prise de conscience sur la représentativité des femmes, c'est un dossier qui nous préoccupe.»

Pour la Fédération québécoise des professeurs d'université (FQPPU), il y a toutefois encore d'importantes avancées à faire au sein des universités. «Les négociations à l'intérieur des universités sont encore difficiles lorsqu'il est question d'attribuer des chaires, et l'équité n'arrive pas à s'imposer comme un critère très présent, a expliqué hier Cécile Sabourin, présidente de la FQPPU. Je souhaiterais qu'on arrive à remettre en question les critères de performance dans les universités en incluant autre chose que des données quantitatives, financières et mercantiles. Si les femmes n'ont pas eu accès aux chaires de recherche autant que les hommes, ce n'est pas parce qu'elle étaient moins performantes.»

Wendy Robbins souhaite que cet accord fasse jurisprudence dans le monde universitaire. «L'entente envoie un message clair: la discrimination faite aux femmes est tout à fait inacceptable», a-t-elle ajouté hier.

Le Devoir