Prix Marie-Victorin - «J'ai toujours été une personne avec un côté pratique»

Lawrence Mysak
Photo: Alain Désilets
Photo: Lawrence Mysak Photo: Alain Désilets

Les recherches en océanographie et en sciences atmosphériques de Lawrence A. Mysak lui ont valu une réputation internationale. Cet important apport à la science est aujourd'hui souligné par l'obtention du Prix Marie-Victorin.

Originaire de l'Ouest canadien — il est né à Saskatoon mais a grandi à Edmonton — Lawrence A. Mysak s'intéresse tôt aux mathématiques. «Enfant, j'étais doué pour trouver la solution à un problème, se souvient-il, et je cherchais constamment des problèmes à résoudre.» Cette inclination l'amène à étudier en mathématiques appliquées à l'Université d'Alberta d'où il obtient en 1961 un baccalauréat en mathématiques appliquées et en musique, comme flûtiste.

«Adolescent, j'étais partagé entre les mathématiques et la musique. Mais j'ai compris que je ne pourrais probablement pas gagner ma vie avec la musique, alors j'ai opté pour les mathématiques. Mais je joue encore de la flûte de façon amateure.» De plus, le choix des mathématiques appliquées n'est pas fortuit. «J'ai toujours été une personne avec un côté pratique. Jeune, j'adorais construire des modèles d'avions et de bateaux. Mon but était donc d'étudier les mathématiques de façon à les mettre en application dans d'autres domaines scientifiques.»

Une bourse d'études offerte par le Club Rotary lui permet de poursuivre ses études de maîtrise à l'Université d'Adélaïde, en Australie. «Au départ, je m'intéressais à la théorie de la relativité générale, mais un cours en dynamique des fluides m'a fait bifurquer. À partir de ce moment, je me suis mis à m'intéresser aux turbulences de l'océan.» En 1966, il obtient son doctorat en mathématiques appliquées de l'université Harvard. Son sujet de thèse: l'effet des vagues sur le plateau continental.

De vagues et de climat

Quoique complémentaires, les recherches scientifiques de Lawrence Mysak peuvent se diviser en deux catégories: celles faites lors de son séjour à l'Université de Colombie-Britannique et celles faites par après à l'université McGill, où il est toujours chercheur et professeur.

Il est embauché comme professeur de mathématiques appliquées et d'océanographie en 1967 par l'Université de Colombie-Britannique, poste qu'il occupera jusqu'en 1986. Son terrain de recherche est alors l'océan Pacifique et son champ de recherche, les vagues et les courants géophysiques.

L'océan, par définition, n'est pas un élément stable. Vagues diverses, courants sous-marins, différentes températures de l'eau font en sorte que l'océan connaît de nombreuses fluctuations et changements. Les recherches du professeur Mysak à cette époque portent justement sur ces fluctuations et leurs effets. Grâce aux mathématiques appliquées et en s'appuyant sur des données statistiques, le professeur Mysak met au point des modèles qui permettent de mieux comprendre ces fluctuations et leurs effets et, par conséquent, de cerner quels pourraient être les effets de telle ou telle fluctuation.

Par exemple, il a effectué une importante étude portant sur les facteurs météorologiques et océanographiques influant sur les déplacements des saumons sockeye. L'objectif de cette étude consistait à déterminer dans quelle mesure les conditions océaniques avaient une influence sur les trajets de retour du saumon sockeye vers la rivière Fraser.

En 1986, l'université McGill l'invite à prendre la direction du département de météorologie. «Dès le début, j'ai cherché à ouvrir le champ de recherche et d'enseignement en y faisant rentrer l'océanographie, parce que l'océan exerce une influence importante sur le climat.»

Son terrain de recherche devient alors le nord de l'océan Atlantique et l'océan Arctique. Ses recherches portent davantage sur le climat et deviennent plus amples, puisque les modèles qu'il développe sont plus sophistiqués et tiennent compte maintenant de plusieurs facteurs. Par exemple, il se penche sur les interactions entre l'atmosphère, l'eau et la glace sur le climat. Il s'intéresse, entre autres, à l'albédo de la glace, c'est-à-dire sa capacité de réfraction des rayons de soleil. «Plus la glace est épaisse, plus l'albédo est élevé, ce qui influence la température.» Il met aussi au point de nouveaux modèles qui permettent de mieux comprendre les paléoclimats et d'en suivre l'évolution dans le temps.

Il fonde et dirige le C2GCR (Centre for Climate and Global Change Research), un centre de recherches multidisciplinaires sur les changements climatiques, devenu aujourd'hui le Global and Environmental Climate Change Centre.

Aujourd'hui

Bien qu'il ne soit plus à la tête de ce centre de recherche, Lawrence Mysak poursuit sa carrière de professeur et de chercheur à l'université McGill. Il a créé son propre groupe de recherche, le Earth System Modelling Group (ESMG), qui lui permet de réunir quelques doctorants autour de projets de recherche qui lui tiennent à coeur. Le but de ces recherches est de mettre au point des modèles du système de la Terre afin de mieux comprendre les variations et les changements du climat sur des périodes de

10 ans et plus.

Parmi les projets de recherche en cours, l'un porte particulièrement sur l'élaboration d'un modèle concernant le cycle du carbone. «Le bioxyde de carbone produit sur terre, soit par la nature ou l'activité humaine, n'est pas seulement rejeté dans l'atmosphère, qui n'en absorbe que 50 %, le reste étant absorbé en égale partie par le sol et l'océan. Quelle est la limite d'absorption de CO2 de l'océan? Et puisque l'absorption se fait mieux en eau froide, qu'arrive-t-il si la température de l'océan augmente?»

Il s'inquiète aussi du montant toujours croissant de bioxyde de carbone émis sur Terre. «Deux chiffres illustrent bien cette situation. Lors de l'ère glaciaire, on mesurait 180 parties de bioxyde de carbone par million. Par la suite, cette mesure a grimpé à 280 parties par million. Donc, pendant 100 000 ans environ, le montant de carbone a oscillé entre ces deux chiffres. Mais depuis 200 ans, l'activité humaine a fait grimper ce taux à 3980 parties par million. Du jamais vu qui aura certes des conséquences importantes sur le climat.»

Le prochain champ de recherche de Lawrence Mysak sera la biogéochimie. Il s'agit ici de créer de nouveaux modèles climatiques qui tiennent compte de facteurs comme la biologie et la chimie, qui peuvent aussi avoir une influence sur le climat. «Par exemple, on pourra tenir compte de la végétation ou du rôle de la photosynthèse dans l'océan.» Encore loin de la retraite, Lawrence Mysak avoue tout de même que «c'est sans doute la dernière chose que je vais apprendre. Il faudra bien un jour laisser la place aux plus jeunes.»

Collaborateur du Devoir