Courir pour mieux apprendre à lire

Les enfants qui ont participé à un programme d'activités psychomotrices dans la garderie qu'ils fréquentaient ont développé leur motricité globale beaucoup plus rapidement que les enfants vivant principalement à la maison, a révélé Joël Beaulieu, spécialiste en sciences de l'éducation à l'Université du Québec à Trois-Rivières (UQTR) dans le cadre du congrès de l'Acfas. Ces résultats sont d'autant plus intéressants que de nombreuses études françaises, belges et américaines ont démontré que les activités favorisant le développement des habiletés motrices fondamentales, telles que courir, lancer et attraper, entraînent aussi des gains significatifs autant sur les plans moteur, social que cognitif. Et conséquemment une plus grande réussite scolaire.

Selon les professeurs d'éducation physique du primaire, le niveau d'habileté motrice des petits Québécois qui entrent à la maternelle s'est affaibli depuis quelques années. Joël Beaulieu, qui enseigne au département d'éducation physique de l'UQATR, avance plusieurs raisons pour expliquer cette détérioration. Les parents qui travaillent n'ont plus de temps à consacrer à des jeux de motricité globale avec leurs enfants. Par ailleurs, les locaux des garderies où ils déposent leurs enfants sont exigus et ne comportent pas de grande salle ou de mini-gymnase où ceux-ci pourraient bouger librement. Faute d'espace et de ressources financières suffisantes, les centres de la petite enfance ne disposent pas de matériel adapté aux activités psychomotrices (montage de poutre, échelle, tunnel, etc.). De plus, la formation et l'expérience des éducateurs qui encadrent les bambins sont souvent déficientes. Et pour compléter le tableau, le ministère de la Famille et de l'Enfance ne manifeste pas la volonté de corriger le tir et ne propose pas d'ouvrir ses goussets pour améliorer l'infrastructure des garderies.


Sensibilisé au déficit moteur des jeunes écoliers, le chercheur de l'UQATR a décidé d'évaluer l'impact d'un programme d'éducation psychomotrice sur des enfants d'âge préscolaire sans difficulté de motricité apparente qui fréquentaient une garderie. Constitué de 68 activités ludiques visant entre autres les motricités globale et fine, ce programme fut expérimenté dans un gymnase pendant 16 semaines à raison de trois séances hebdomadaires de 45 minutes. Au terme de cette expérience, les scientifiques ont évalué le développement moteur des enfants et comparé les résultats à ceux obtenus auprès de bambins vivant majoritairement à la maison et visitant une garderie moins d'une à deux fois par semaine.


Joël Beaulieu a observé une amélioration significative de chacune des composantes de la motricité globale — dont l'équilibre, les habiletés locomotrices, la réception et la propulsion d'objets — des enfants ayant participé au programme, comparativement aux enfants demeurant à la maison. La motricité fine ne s'était toutefois pas accrue davantage chez les enfants en garderie que chez ceux évoluant en milieu familial. «À la maison, les enfants s'occupent surtout à colorier et à bricoler en raison des contraintes d'espace et de temps, explique Joël Beaulieu. Ce type d'activité assure le développement de la dextérité fine.»


À la lumière de ces résultats qui montrent l'influence positive d'un programme d'éducation psychomotrice sur l'évolution des enfants fréquentant la garderie, il apparaît fort souhaitable, voire nécessaire d'implanter de tels programmes dans les centres de la petite enfance du Québec, affirme Joël Beaulieu.


«Les enfants seront beaucoup plus habiles lorsqu'ils intégreront la maternelle, souligne-t-il. Et non seulement en éducation physique, mais aussi en lecture et en mathématiques.» Plusieurs études étrangères ont en effet montré que l'activité psychomotrice influence l'évolution du développement global de l'enfant, incluant les dimensions motrice, sociale, affective et cognitive. «Lorsque les enfants bougent ensemble, ils développent leurs aptitudes sociales et améliorent le langage et la communication», dit-il.


L'instauration d'un programme d'éducation psychomotrice dans les centres de la petite enfance pourrait également favoriser le dépistage précoce des enfants présentant des déficits moteurs et susceptibles d'éprouver des difficultés à leur entrée à l'école. «Or plus les problèmes de motricité sont détectés précocement dans la vie d'un enfant, plus on peut intervenir tôt, avant qu'il ne soit trop tard. Car dépassé l'âge de 9 ans, la rééducation apporte peu d'amélioration», précise Joël Beaulieu.


Le jeune chercheur regrette toutefois que le ministère n'accorde pas de subventions pour mettre sur pied de tels programmes dont les effets bénéfiques sont bien réels. «Peut-être faut-il envisager la création de centres privés où on dispenserait ce genre d'activités, comme il en existe en France, en Belgique et aux États-Unis», a-t-il lancé en guise de conclusion.
1 commentaire
  • pelosse patricia - Inscrit 26 février 2010 12 h 44

    psychomotricité dans les cpe par quebec en forme

    Je souhaitais tout simplement vous faire savoir qu'il existe déjà un organisme qui pratique ce genre d'intervantion; Québec en forme, dont je suis iontervenante en psychonotricité en milieu scolaire et dans les CPE
    Les fréquences d'activités varient de 1 à 5 fois par semaine. De façon générale, il y a 2 séances par semaine d'une durée d'environ 45 minutes, selon la demande formulée et les besoins identifiés par les équipes écoles et les partenaires des comités d'action locaux. À l'école, les séances peuvent se dérouler dans plusieurs endroits dont le gymnase, la cour d'école et la classe. L'Internant est là pour fournir des outils visant à développer des aptitudes globales essentiellesune avec une foule d'activité varié.