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Philippe Gauthier
Source: ACFAS
Photo: Philippe Gauthier Source: ACFAS

De l'avis de plusieurs, Philippe Gauthier ne devait pas «gaspiller son cerveau» en étudiant les sciences humaines. Mais les passions parfois priment.

Un baccalauréat en génie informatique en poche, Philippe Gauthier s'est retrouvé chez la firme CAE. Mais son amour pour le septième art le taraude toujours. Il abandonne alors son emploi pour mieux se lancer dans les études cinématographiques. Son esprit cartésien, développé à la Polytechnique, décortique à présent le langage du cinéma classique.

L'étudiant, désormais à la maîtrise, s'intéresse à l'alternance dans les oeuvres cinématographiques des premiers temps. Cette technique de montage consiste à enchaîner des plans provenant d'événements qui ont lieu simultanément dans des endroits différents. Désormais banalisée par son utilisation courante dans le vidéoclip, le multimédia, le jeu vidéo et Internet, cette mécanique constitue pourtant le fondement de l'esthétique cinématographique classique. «Le montage alterné est une figure propre au cinéma, qui en a fait un art unique et non plus du théâtre filmé.»

La création de l'alternance n'est pas née avec les premiers films. Elle est le fruit de nombreux essais et erreurs. Au début du XXe siècle, les réalisateurs emploient l'écran «splité» pour présenter des actions se déroulant en même temps. «Selon les journaux de l'époque, plusieurs spectateurs se plaignaient qu'il y avait trop de choses à regarder à l'écran. La venue de l'alternance a permis l'effet de simultanéité sans le mal de tête!», dit l'étudiant, qui recense les types de montages alternés ayant perduré pour aboutir à la technique connue des cinéphiles d'aujourd'hui. Malgré l'importance de ce principe dans l'articulation du récit, les études cinématographiques comportent peu de travaux fouillés sur le sujet. Philippe Gauthier propose donc d'en revisiter la définition et d'en créer une nouvelle catégorisation.

Aux dires de ses professeurs de l'Université de Montréal, le gagnant du Prix d'excellence Desjardins est un jongleur de concepts incroyable et un théoricien en devenir, ce qui est plutôt rare dans ce domaine. «Statistiquement, les étudiants en cinéma sont des gens qui veulent faire des films. Ils ne voient pas l'utilité d'étudier le passé pour comprendre le futur», croit le principal intéressé. Bien que Philippe Gauthier soit surtout concerné par ce qui se déroule à l'écran, il ne dédaigne pas passer derrière la caméra. Il a commis un premier court-métrage en 2005, intitulé Ensemble ou séparé?, qui s'est mérité des honneurs au Canadian International Film/Video Festival et au Houston International Film Festival, entre autres. Après la conclusion de son mémoire, prévue pour l'hiver prochain, il projette déjà l'écriture d'un second scénario. Une manière pour lui d'alterner entre la théorie et la pratique.

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