Science - Atteindre la paix cérébrale des carmélites

Photo: Agence France-Presse (photo)

Amener le cerveau des dépressifs à ressembler à celui des carmélites lorsqu'elles atteignent l'extase mystique est la nouvelle stratégie qu'a explorée Vincent Paquette, de l'Université de Montréal, pour soulager les personnes souffrant psychologiquement. Les résultats concluants qu'ils a obtenus seront présentés au congrès de l'International Society for Neural Regulation le 7 septembre prochain.

L'enregistrement de l'activité électrique du cerveau des carmélites contemplatives au moment où elles entrent «en communion avec Dieu» (voir Le Devoir du 30 août 2006) a révélé que les différentes régions de leur cerveau communiquaient de façon très harmonieuse. «Les régions cérébrales travaillent à la même vitesse, pas trop vite ni trop lentement», souligne le doctorant Vincent Paquette, du département de psychologie de l'Université de Montréal, qui en collaboration avec son directeur Mario Beauregard a scruté le cerveau de ces religieuses disant éprouver une grande paix intérieure.

Par contre, l'activité cérébrale mesurée chez les dépressifs est apparue complètement chaotique. Parmi les 19 sites d'enregistrement localisés sur différents points du crâne, certains présentaient des ondes trop rapides tandis que d'autres affichaient une activité trop lente. «On voyait une véritable jungle cérébrale, poursuit le psychologue Vincent Paquette. Si on pouvait convertir en sons l'activité électrique du cerveau des carmélites lorsqu'elles vivent une expérience mystique, ce serait très mélodieux. Chez les dépressifs, par contre, on entendrait une véritable cacophonie.»

Les chercheurs se sont alors demandé si le fait d'induire chez des personnes déprimées cette activité électrique particulière et spécifique à l'état paisible ne permettrait pas une rémission des symptômes dépressifs. Vincent Paquette a tenté l'expérience en laboratoire avec 30 personnes souffrant de dépression majeure. Son expérience semble avoir abouti à une nouvelle psychothérapie beaucoup plus pointue que celles déjà connues et qui s'inspire à la fois de la technique du biofeedback et de la thérapie cognitivo-comportementale.

Le chercheur a d'abord enregistré l'activité électrique du cerveau de ses 30 sujets dépressifs à l'aide de 19 électrodes apposées sur le scalp selon la technique d'électroencéphalographie (EEG), et l'a ensuite comparée avec celle relevée chez des personnes non déprimées. Cette comparaison lui a permis de déterminer les régions de leur cerveau dont l'activité était anormale, en l'occurrence le cortex préfrontal, qui module l'intensité des émotions, ainsi que l'amygdale, où prennent naissance ces mêmes émotions.

Le but de l'intervention thérapeutique visait alors à corriger ces activités pathologiques à l'aide d'un système de neurofeedback, une forme de biofeedback faisant appel à l'EEG.

Pour ce faire, on a déposé au-dessus des zones problématiques une électrode que l'on a connectée à un ordinateur permettant au patient de voir à l'écran en temps réel l'activité électrique de ces régions cérébrales tandis qu'il s'applique à les normaliser. La personne tentait d'abord d'y parvenir par elle-même. «Pour plusieurs dépressifs, l'ingrédient thérapeutique majeur fut tout simplement de réaliser que leurs ruminations, leurs pensées négatives influençaient l'activité de leur cerveau, et conséquemment leur humeur et leur niveau d'anxiété, souligne le psychologue Vincent Paquette. L'effet est beaucoup plus puissant quand ils comprennent d'eux-mêmes que lorsqu'ils ruminent leurs pensées négatives, ils maintiennent une activité cérébrale qui est pathologique et qui entretient leurs symptômes dépressifs. Ils réalisent du coup qu'ils doivent changer de type de pensées.»

Le chercheur a ensuite suggéré aux sujets des stratégies pour les aider à y arriver pendant qu'ils effectuaient leur expérience de neurofeedback. Dans son étude, Vincent Lacroix s'est appliqué à éprouver différentes techniques susceptibles d'accroître ou de freiner l'activité des zones cérébrales anormales. Par exemple, il a incité les patients à adopter une pensée constructive, conduisant à une solution, à une action. «Les dépressifs sont souvent enfermés dans leurs pensées négatives, qu'ils ruminent sans cesse et qui les paralysent dans leur état dépressif, car les pensées négatives induisent la tristesse et l'anxiété, des émotions associées à la dépression. Il faut donc trouver des arguments qui remettent en question cette perception peu reluisante qu'ils ont d'eux-mêmes et qui n'est souvent pas fondée», explique-t-il.

Après avoir observé pendant 20 séances d'une heure qu'en changeant leurs pensées l'activité de leur cerveau se modifiait dans le sens désiré, 74 % des sujets déprimés de l'étude ont vu leurs symptômes dépressifs disparaître. Un résultat plus que satisfaisant pour Vincent Paquette, qui explore diverses stratégies thérapeutiques à employer en association avec le neurofeedeback. La méditation, les yeux ouverts, lui apparaît en l'occurrence très prometteuse.

Les personnes anxieuses et déprimées sont rongées par de multiples préoccupations et n'ont jamais l'esprit tranquille, explique-t-il. «Lorsqu'on leur demande de ne penser à rien, ils se rendent compte que c'est impossible et qu'ils n'ont presque plus de contrôle sur leur esprit, qui est emporté par un flux d'informations provenant de leur passé, chez les dépressifs notamment, précise-t-il. Leur cerveau n'arrive plus à classer leurs expériences douloureuses d'échec, de séparation, d'humiliation, d'abus, de carence affective dans un tiroir de la mémoire à long terme, qu'ils peuvent faire resurgir quand ils le veulent mais qui ne les achalent pas constamment au quotidien dans leur mémoire de travail. Or la méditation aide à demeurer dans le moment présent et à y être heureux, ce qui est très difficile pour les anxieux, qui sont toujours à essayer de prévoir le futur, et les dépressifs, qui ressassent continuellement le passé.»

Après avoir découvert l'harmonie parfaite dans laquelle baigne le cerveau des carmélites en contemplation, Mario Beauregard et Vincent Paquette envisagent d'introduire une composante spirituelle à leur psychothérapie. Ils tenteront ainsi d'induire cette activité électrique particulière à cet état de félicité qu'éprouvent les épouses de Dieu.
2 commentaires
  • Maurice Monette - Inscrit 2 septembre 2006 15 h 25

    Confirmation de la VÉRACITÉ de ce que vivent ces CARMÉLITES !

    Ayant vécu une période de COMA profond de 18 jours, suite à un GRAVE accident d'automobile survenu le 16 décembre 1982, je peux témoigner de la VÉRACITÉ de ce que vivent ces CARMÉLITES.

    Suite à cette phase de COMA profond, quelques années plus tard, je me suis mis à avoir des "flash backs" de ce que j'avais vécu durant cette période. Je me suis tout d'abord demandé si je devenais un peu cinglé. Puis, je me suis mis à la lecture d'ouvrages traîtant du SUJET et un peu plus tard, à des périodes de MÉDITATION PROFONDE, journalières. J'ai pu ainsi retrouver le CALME face à mon état d'hémiplégique que cet accident avait causé .

    J'ai pu suivre de longues sessions d'informations de la part de NOS MAÎTRES de l'HAUT-DELÀ et surtout, LEURS CONSEILS pour retrouver ma MOBILITÉ TOTALE. Mais, là n'est pas l'objet de vos QUESTIONNEMENTS sur la SÉRÉNITÉ dont font preuve les CARMÉLITES.

    Ces CARMÉLITES, en entrant en phase contemplative, ne font ni plus, ni moins que ce qui est mentionné ci-avant soit, de la MÉDITATION. Donc, en MÉDITANT, on entrent en CONTACT avec notre MOI INTÉRIEUR et nous pouvons aller chercher toutes les ressources dont nous avons besoins pour surmonter les ÉPREUVES que nous rencontrons sur notre CHEMIN de VIE actuelle. Ce sont nos MAÎTRES CÉLESTES qui NOUS contactent par notre faculté INTUITIVE et nous GUIDENT.

    C'est la PREUVE que l'ANXIÉTÉ peut être surmontée si, NOUS sommes prêts(es) à NOUS laisser influencer par les INTUITIONS que nos MAÎTRES NOUS font percevoir au cours des MÉDITATIONS ou, périodes CONTEMPLATIVES, que NOUS avons toutes et tous la possibilité d'exercer.

  • Antoine Beaulé - Abonné 2 septembre 2006 18 h 09

    les carmelites

    la pratique reguliere de detente,de relaxation ou de concentration vs feront les memes effets.je dis bien regulieres.il ne faut pas prendre leur contemplation pour quelque chose dinstentanee.ily va de quelques annees.on disait meme de therese davila quelle aurait fait un bon cas danalyse... bonne detente ou relaxtation...