Partenariat stratégique - Une école en réseau pour contrer le déclin démographique

Le Centre francophone d'informatisation des organisations (CEFRIO) et le ministère de l'Éducation, du Loisir et du Sport se sont vus décerner l'Octas du partenariat stratégique pour leur projet d'utilisation des technologies de communication par Internet pour soutenir l'enseignement dans les petites écoles rurales.

Pour Josée Beaudoin, directrice du bureau montréalais du CEFRIO et directrice du projet «L'école éloignée en réseau», le ministère de l'Éducation et son organisme ont tissé un partenariat inédit. «Jamais le ministère n'avait travaillé avec une équipe externe qui agit quasiment dans les classes, dit-elle. Pensez donc, nous voyons ce qui se passe dans 60 écoles, c'est probablement l'observation la plus fine de ce qui se passe en classe.»

Comme son nom l'indique, le projet d'École éloignée en réseau vise à mettre en réseau les enseignants et les élèves de petites écoles rurales avec des collègues pouvant résider en milieu urbain afin de leur donner accès à davantage de ressources. Pour ce faire, les écoles sont reliées par connexion Internet haute vitesse et utilisent des logiciels de vidéoconférence et d'échanges écrits conçus pour optimiser l'apprentissage. Les élèves peuvent ainsi bénéficier d'enseignements spécialisés et travailler en équipes réparties dans plus d'une école.

C'est ainsi, par exemple, que des élèves d'écoles secondaires de Saint-Alexis-des-Monts, de Shawinigan et de Saint-Tite ont travaillé en équipe avec des professeurs d'histoire, d'écologie, de français et de mathématique afin de comprendre les conséquences de l'ouragan Katrina qui a balayé la Louisiane. «C'était une façon pour eux d'élaborer des connaissances intégrées», relate Mme Beaudoin.

Préserver le coeur des communautés éloignées

Le projet d'École éloignée en réseau est né en 2001 lorsque le ministère de l'Éducation se préoccupait de la fermeture des écoles rurales et du déclin démographique des régions, indique la directrice du projet. «Le ministère nous a demandé de voir si les technologies de l'information pouvaient contribuer à résoudre ce problème...»

Le CEFRIO, qui regroupe près de 160 membres universitaires, industriels et gouvernementaux ainsi que 46 chercheurs associés, réalise partout au Québec divers projets d'appropriation des technologies de l'information (TI). Ce centre a en fait pour fonction d'aider les organisations à être plus productives et à contribuer au bien-être des citoyens en utilisant les technologies de l'information en tant que levier de transformation et d'innovation.

«Nous avons démarré le projet d'École éloignée en réseau avec une équipe de recherche dirigée par Thérèse Laferrière, professeure à l'université Laval, une spécialiste de l'utilisation des technologies en éducation, rapporte Josée Beaudoin. Notre hypothèse de départ stipulait que les écoles en réseau amélioreraient leurs services éducatifs.» Trois commissions scolaires et une dizaine d'écoles ont pris part à la phase I du projet, alors qu'une phase II a impliqué 13 sites et au-delà de 50 écoles.

L'une des particularités du projet est d'avoir été implanté et utilisé dans l'enseignement en classe, et non pas pour les activités parascolaires ou complémentaires à l'enseignement. «Notre projet s'applique au véritable apprentissage du français, des mathématiques, etc., insiste Mme Beaudoin, afin de voir ce que cela donnerait. Notre projet allait-il vraiment améliorer l'environnement éducatif, nous demandions-nous?»

Les écoles sont reliées entre elles par connexion haute vitesse et utilisent deux outils de télécollaboration taillés sur mesure pour l'enseignement. Il s'agit d'un logiciel sur vidéo IP et d'un autre de construction de connaissances. «Ce second outil ressemble à un forum électronique comme on en connaît, explique Mme Beaudoin. Toutefois, il est différent puisqu'il a été développé sur mesure par des chercheurs en science cognitive.»

Grâce à ces outils, des élèves peuvent effectuer un travail en bénéficiant de ressources ou d'expertises inaccessibles dans leur milieu. Des élèves d'une école collaborent avec des élèves d'une autre école pour réaliser des travaux en équipe. Ou encore, des élèves de plusieurs classes peuvent suivre l'enseignement donné par un professeur par vidéoconférence, etc. D'autre part, un enseignant, ou un groupe d'enseignants, peut établir un réseau d'échange et d'entraide sur un plan professionnel avec des collègues éloignés, etc.

Et si l'école rurale devenait le moteur du développement régional?

En cette fin d'année scolaire, le projet d'École éloignée en réseau arrive au terme de sa phase II. Dès maintenant, la directrice du projet est en mesure d'affirmer qu'il a donné de très bons résultats, et ce, autant auprès des élèves que des professeurs.

«Pour les élèves, dit-elle, cette mise en réseau a produit une plus grande motivation. Le fait d'introduire ces technologies dans une classe les rend plus actifs. On observe aussi une plus grande responsabilisation des élèves et on voit émerger une accélération dans les processus d'apprentissage. Par ailleurs, le fait de mettre en réseau des enseignants crée des dynamiques intéressantes pour ceux et celles qui sont dans de petites écoles. Ils se sentent par le fait même beaucoup moins isolés...»

Le projet a même des effets sur la communauté où il est implanté. La connexion haute vitesse étant souvent disponible depuis peu dans ces régions, le projet devient une vitrine montrant l'usage qu'on peut tirer des technologies de l'information. «Et comme c'est l'éducation qui sert ainsi d'exemple, c'est un beau message qu'on livre alors à la communauté!», fait remarquer Josée Beaudoin.

«À vrai dire, poursuit-elle, on espère que, grâce à ce projet, les écoles deviendront des acteurs encore plus importants dans leur communauté. Ainsi, pourquoi ne seraient-elles pas des pôles de services pour les citoyens?» Déjà, certaines écoles offrent aux adultes des cours d'anglais le soir en utilisant les ressources mises à la disposition des élèves le jour.

Les responsables du projet ont même observé qu'en certains endroits, une véritable «démarche de mobilisation» s'est établie entre la MRC et les communautés locales pour voir comment elles pourraient assurer non seulement la survie, mais le développement de leur école. «C'est un peu cela, l'idée de la revitalisation d'une communauté par l'école», conclut avec satisfaction Josée Beaudoin.

Collaborateur du Devoir