Prix de l'ACFAS pour les étudiants-chercheurs - Le futur est là

Les facultés universitaires les voient dans leur soupe. Avec raison. Dossiers scolaires impressionnants, détermination gonflée à bloc, les étudiants-chercheurs récipiendaires des prix de l'Acfas forment l'avenir. L'espoir de changer le monde, même le moindrement, les anime depuis des années. L'art de viser haut. Rencontres.

L'Association francophone pour le savoir, connue sous le nom d'Acfas, a choisi ses lauréats étudiants-chercheurs. Triés sur le volet parmi des dizaines de dossiers sans faille, les gagnants des bourses Desjardins d'excellence, Bernard-Belleau et Ressources naturelles sont loin d'avoir les deux pieds dans la même bottine. Ils savent où ils s'en vont et foncent tête baissée. «Ce n'est pas facile de choisir les étudiants, explique le directeur général de l'Acfas, Germain Godbout. Le jury voudrait en donner plus, tellement il y a de bons candidats. Les gagnants sont la crème de la crème.»

Reliés à une somme de 2500 $, les prix de l'Acfas sont loin d'être parmi les bourses les plus volumineuses offertes aux petits génies des sciences. Germain Godbout le concède. «Ce sont des prix qu'on vise pour le prestige, estime-t-il. Ça peut très bien paraître dans un C.V. pour faire des demandes de subventions plus tard.» Les vainqueurs sont toutefois unanimes. Peu importe le montant d'argent, c'est bienvenu et ça permet de se concentrer un peu plus sur les études. Et tous s'accordent pour dire qu'un prix remis pour l'avancement des sciences en français, ça ne court pas les rues, la grande majorité des bourses scientifiques étant attribuées dans la langue de Shakespeare.

Prix Desjardins d'excellence

Les distinctions Desjardins sont remises à trois étudiants-chercheurs. Deux récipiendaires en maîtrise (sciences humaines et sociales, ainsi que sciences physiques, biologiques et de la santé) et un en doctorat toutes disciplines. Deux femmes et un homme se méritent la 16e édition des prix.

Histoire d'après-guerres

Bruno Forand a les yeux tournés vers la France du XVIe siècle. Le gagnant en sciences humaines et sociales étudie l'histoire à l'Université de Montréal. Son champ d'investigation concerne l'après-guerres de religion chez notre mère patrie à cette époque. «Les guerres de religion ont provoqué une fracture historique en France, explique l'étudiant de 23 ans. Il y a eu un choc identitaire important qui a contribué à former une partie de la mémoire collective du pays. Je m'intéresse à ça: comment on vit avec ce passé et ces mémoires-là.»

De façon plus pointue, Bruno Forand analyse aussi le soutien des royalistes au roi Henri IV au lendemain des guerres de religion. «Il s'agit de voir comment les acteurs de l'époque ont utilisé le discours historique pour participer à la construction de l'État moderne», dit-il.

Le mot «moderne» revient souvent dans la bouche de l'étudiant. Car si le passé est intéressant, Bruno Forant l'utilise aussi et surtout pour comprendre le présent. «Le XVIe siècle est vraiment le berceau de la modernité. L'Europe est en grande partie née à cette époque. C'est le début des grandes découvertes et de l'échange commercial entre les pays. La mondialisation a commencé là. Tout comme les concepts de nation et de souveraineté dont on parle encore au Québec.»

Des recherches effectuées en France l'an dernier lui ont confirmé la piqûre qu'il a de l'histoire française. «J'ai travaillé avec des manuscrits et des archives qui ont 300 ou 400 ans d'âge. C'est très stimulant.» Avec certitude, il dit qu'il y retournera. «Je veux faire mon doctorat à Paris.» Disons que l'historien sait ce que l'avenir lui réserve.

Cultures en clinique

Maude St-Onge planche elle aussi sur sa maîtrise. Mais elle oeuvre dans un contexte très actuel: les problèmes culturels dans les soins médicaux à domicile. Récipiendaire de la bourse Desjardins en sciences physiques, biologiques et de la santé, l'étudiante de l'Université Laval a trouvé son champ de recherche dans un CLSC de Montréal. «Je travaillais comme ergothérapeute et je me suis rendue compte que plusieurs intervenants trouvaient que la communication n'était pas toujours facile avec les différents groupes ethniques qui fréquentaient la clinique. Quand une douzaine de langues et de cultures se côtoient, ce n'est pas évident de se comprendre.»

L'étudiante de 24 ans se lance donc dans une vaste enquête dont le but est de savoir si les groupes ethniques voient une différence culturelle dans les soins reçus et si la qualité reste aussi bonne. «Je veux voir si on peut trouver une tendance centrale, dit-elle. Les réactions sont différentes entre chaque groupe ethnique, mais si on peut voir un comportement de base, on pourra mieux ajuster les soins à leur réalité.»

Maude St-Onge a donc préparé un questionnaire, traduit en 16 langues, qu'elle promène avec elle chez les gens. «Ils sont plus ouverts à la recherche quand c'est dans leur langue maternelle.» Elle a donc également recours à un traducteur pour chaque entrevue.

Mais pourquoi ce domaine en particulier? «J'ai fait des échanges interculturels en Afrique et en Amérique du Sud et j'ai été attirée par les autres cultures.» Faut dire que les sentiers battus, ce n'est pas son fort. «J'aime ce qui est difficile.» Quand on sait qu'elle est actuellement ergothérapeute, étudiante en maîtrise et qu'elle commence cet automne un baccalauréat en médecine à temps complet, on ne peut que comprendre l'ampleur du mot «difficile» pour elle!

Théologie féministe

Mélany Bisson est la troisième boursière Desjardins, cette fois dans la catégorie doctorat toutes disciplines. L'étudiante en théologie à l'Université de Montréal revient tout juste d'un projet communautaire au Sénégal, à la fois pour sa recherche et pour tâter de la coopération internationale. «Chaque fois que je fais un programme de coopération à l'étranger, je vois comment la religion est importante dans les autres cultures, explique l'étudiante de 28 ans. Autant c'est parfois dogmatique, autant ça peut rendre plus libre.»

Son doctorat, elle le concentre sur un aspect hautement théorique. Il s'agit de «montrer la pertinence du discours psychanalytique lacanien pour la recherche future en théologie féministe dans un contexte multireligieux». Elle avoue elle-même que ce n'est pas facile à comprendre pour les néophytes. Cette dernière explique toutefois que la méthodologie féministe tente d'ouvrir un espace de dialogue entre des auteurs et des concepts. «Je vais tenter de comparer deux auteurs et de trouver des liens entre eux.»

Prix Bernard-Belleau et Ressources naturelles

Ces deux bourses de l'Acfas sont plus récentes que les prix Desjardins. La récompense Bernard-Belleau (en hommage à l'un des fondateurs de BioChem Pharma) existe depuis 1994 et est attribuée à un étudiant au doctorat en santé et produits pharmaceutiques. Le prix Ressources naturelles est remis pour une deuxième année seulement, cette fois à un élève au doctorat en... ressources naturelles, évidemment!

Coup de sang

Jean-François Théorêt obtient le prix Bernard-Belleau cette année. L'étudiant au doctorat en sciences biomédicales à l'Université de Montréal a eu son idée de recherche alors qu'il a relâché ses études après la maîtrise. Durant quatre ans, il a oeuvré pour l'Institut de cardiologie de Montréal comme assistant de recherche et technicien de laboratoire. «Ça m'a fait du bien de prendre un break et de travailler, explique l'étudiant de 28 ans. J'ai pris de l'expérience et j'ai vu beaucoup de choses nouvelles.»

Mais il reste néanmoins dans son domaine de prédilection: le sang. «C'est la source de tout, affirme-t-il. On peut comprendre beaucoup de choses en étudiant le sang.» Jean-François Théorêt se lance donc dans un doctorat qui l'amènera à comprendre l'agrégation des plaquettes sanguines. «Quand on subit un accident cardiovasculaire à la suite d'un infarctus du myocarde, d'une angine instable ou qu'on fait de la restenose [blocage complet ou partiel d'un artère], il faut souvent débloquer les artères en gonflant un petit tuyau dans la cavité. Or, cette action cause irrémédiablement des torts aux tissus des vaisseaux. Quand ça se produit, les plaquettes sanguines s'agglutinent ensemble pour réparer la paroi. Mais parfois, l'agrégation plaquettaire est trop forte et ça provoque un autre accident cardiovasculaire. Si on comprend pourquoi ça fait ça, on pourra minimiser les effets néfastes des traitements.»

Ultimement, comprendre le mécanisme des plaquettes sanguines pourrait aider ceux qui doivent prendre des médicaments anticoagulants. Ces personnes, sous traitement après un accident cardiovasculaire, doivent faire attention pour ne pas se couper gravement. «Oui, au bout du compte, on pourrait modifier la forme de médication, puisqu'on saurait ce qui cause ou non l'agrégation des plaquettes.» Mais il l'avoue, c'est du long terme. Commençons donc par comprendre.

Forêts québécoises

André Ménard est le récipiendaire du prix Ressources naturelles. L'étudiant au doctorat en géographie de l'Université de Montréal étudie un phénomène ancré dans la réalité de tous les jours: les problèmes de l'industrie forestière québécoise. «Il y a d'un côté la pression populaire de plus en plus forte pour qu'on conserve des territoires boisés et de l'autre, le manque de surface exploitable au Nord pour les compagnies, explique l'étudiant de 26 ans. Mais dans le sud du Québec, le bois pousse beaucoup plus vite. Il faudrait donc utiliser les territoires en friche disponibles, mais ceux-ci appartiennent habituellement à des propriétaires privés. En plus, ces surfaces sont dispersées, ce qui est plus complexe pour les entreprises.»

Il travaille donc sur la planification et l'aménagement de ces territoires en friche par la géomatique (données satellites). C'est un cheminement qui va de soi, puisqu'il a fait sa maîtrise sur l'impact des coupes sur ces territoires séparés les uns des autres. «J'adore la forêt, dit-il. C'est pour l'exploiter d'une façon plus harmonieuse que j'étudie dans ce domaine. Il faut être plus efficace à l'avenir.» Parions tout de même que l'industrie forestière attend la recherche d'André Ménard

avec impatience.