Prix André-Laurendeau - Une géographie de l'humain

Québec est une ville modèle pour l'étude des rapports sociauxIl est devenu un «passeur» d'idées entre le monde scientifique anglophone et francophone, lui qui a toujours conservé sa fidélité à l'Université Laval. «La renaissance du quartier St-Roch est l'une de ces prouesses où la concertation entre chercheurs, urbanistes et architectes a permis de rattraper certaines erreurs», raconte Paul Y. Villeneuve.

Paul Y. Villeneuve vient de se voir décerner le prix André-Laurendeau 2002 de l'Association francophone pour le savoir (Acfas). Voici le parcours de cet homme d'exception dont la contribution à l'avancement des sciences humaines au Québec a des répercussions bien concrètes sur notre société et notre environnement.

Paul Villeneuve est un chercheur de grand renom, mais il est avant tout un homme généreux, sensible et original, et toutes ces facettes du personnage transparaissent dans sa manière d'aborder la recherche sous un angle plus humain, ce qui fait de lui un pionnier dans ce monde où il est si facile de se déconnecter de la réalité.

Depuis l'obtention de son Ph.D. à l'université de Washington à Seattle, Paul Villeneuve s'est hissé parmi les géographes nord-américains les plus connus. Sa spécificité québécoise et sa situation à mi-chemin entre le monde francophone et le monde nord-américain lui offrent une position particulièrement intéressante pour la diffusion de ses travaux et l'échange de données: il est un remarquable «passeur» d'idées entre le monde scientifique anglophone et francophone, et ses recherches ont considérablement fait avancer la nouvelle géographie dans le monde francophone, tout en faisant connaître les travaux québécois à la communauté internationale des sciences humaines.

Paul Villeneuve s'intéresse particulièrement aux phénomènes spatio-temporels reliés à l'aménagement du territoire et au développement régional. Il est un géographe urbain, mais il est surtout un géographe humain, qui étudie de très près les impacts de l'économie sur la vie des hommes et sur leur territoire. Pour lui, les phénomènes de la mondialisation influent directement sur l'aménagement du territoire, les dynamiques urbaines, l'espace social, les rapports hommes-femmes, les transports et les comportements de mobilité, pour n'en citer que quelques-uns.

L'avenir repose

sur les enjeux urbainsÉ

Très impliqué dans le monde universitaire canadien, il est resté fidèle à l'Université Laval, à laquelle il donne une image scientifique internationale, en particulier aux Départements de géographie, d'aménagement, et au CRAD (Centre de recherche en aménagement et développement), qu'il a dirigé de 1991 à 1999.

Paul Villeneuve ne se contente pas de réflexions théoriques, mais pousse toujours à la pratique. C'est dans cette optique qu'il travaille sur son terrain de prédilection, la ville de Québec et sa banlieue, toujours entouré d'étudiants et de collègues chercheurs.

«Le terrain privilégié de mes recherches, c'est la région de Québec: avec ses 500 000 personnes au centre et ses 300 000 autour, c'est un site en or pour étudier les trois types de rapports sociaux auxquels je m'intéresse depuis 30 ans, à savoir les rapports ethnoculturels, les rapports de classe sociale, et les rapports homme-femme. Pour bien comprendre dans quel contexte Québec évolue, il faut replacer la ville à l'échelle de la région, de l'Amérique du Nord et du monde. Je travaille aussi sur des projets de recherche intervilles pour effectuer des comparaisons sur les questions d'aménagement urbain et de transport.» Paul Villeneuve fait allusion au réseau Ville Région Monde (VRM), auquel il est rattaché, et qui rassemble les principaux chercheurs québécois de différentes villes autour des questions de l'organisation territoriale, de la gestion du secteur local et des nouveaux enjeux urbains.

Ces fameux enjeux urbains qui vont petit à petit devenir le centre de toute les attentions, surtout si le Canada s'engage sérieusement à réduire les gaz à effet de serre (GES). Il faudra bien qu'un jour d'importantes mesures soient prises en vue de réorganiser les déplacements entre le coeur de ville et la banlieue dans le but de limiter l'usage de l'automobile. L'amélioration de l'environnement et de la qualité de vie des gens passera nécessairement par une meilleure planification à long terme du développement des villes de grande taille, et c'est en amont que Paul Villeneuve et ses équipes travaillent: «On s'attache à détecter les "effets pervers" sur le terrain, pour mieux comprendre certains phénomènes que les municipalités doivent prendre en compte lorsqu'elles s'engagent dans l'aménagement ou la réhabilitation d'un territoire. Depuis que les notions de développement durable mobilisent les esprits, on a compris qu'un geste à priori anodin à toute petite échelle se répercute durablement et à grande échelle au niveau de la ville, de la région et du pays. Des décisions prises par un individu, des ménages ou des institutions, dans un espace où les acteurs sont très proches les uns des autres, peuvent avoir des conséquences dramatiques qui sont longues et difficiles à corriger par la suite.»

Paul Villeneuve parle par exemple de la politique d'aide au logement qui a contribué de façon un peu perverse à l'étalement de maisons unifamiliales autour du coeur des villes, ce qui a amené des conséquences énormes au niveau des mouvements de population et tout ce qui en découle (transport, pollution, services de proximité, etc.).

Paul Villeneuve s'implique depuis 1970 dans les questions de développement et de transport à Québec, et il se réjouit de certaines décisions prises: «Je peux mesurer les résultats concrets de nos implications dans le milieu; par exemple, la renaissance du quartier St-Roch est l'une de ces prouesses dont je pourrais parler, où la concertation entre chercheurs, urbanistes et architectes a permis de rattraper certaines erreurs.»

Paul Villeneuve veut continuer à chercher et à trouver, il veut poursuivre ses actions à l'échelle des villes, du territoire et du pays, pour offrir des solutions à celui qui est au centre de ses préoccupations: l'être humain.