Quand l'odorat s'endort...

Si vous désirez envoûter votre douce, ne lui présentez pas un bouquet de roses quand elle est couchée. Le délicieux parfum ne serait alors pas aussi capiteux que s'il lui parvenait alors qu'elle est debout face à vous.

Une étude publiée récemment dans la revue Chemical Senses par des chercheurs de l'Institut neurologique de Montréal (INM) révèle en effet que l'odorat humain est moins sensible aux effluves de roses en position couchée qu'à la station verticale.

Les auteurs de l'étude avaient déjà remarqué que les sujets de leurs expériences ne percevaient pas aussi bien les odeurs qu'on leur faisait humer quand ils étaient couchés — pour que leur tête soit introduite dans un tomodensitomètre afin d'examiner l'activité de leur cerveau — que lorsqu'ils étaient en position assise. D'autres études publiées précédemment avaient également montré que la position couchée diminuait la précision de nos sens de l'audition et de la perception spatiale.

Pour vérifier leur intuition, Johan Lundström et Marilyn Jones-Gotman ont exposé 36 personnes à 16 concentrations différentes de fragrance de roses en position assise, puis couchée. Ils ont alors observé que le seuil de détection de la douce odeur était en effet plus élevé en position couchée chez 63,9 % des sujets.

Le fait que notre odorat s'émousse durant le sommeil nous permettrait de dormir paisiblement sans être réveillé par la moindre odeur nouvelle flottant autour de nous, suggère comme explication Johan Lundström, post-doctorant à l'INM.

Marilyn Jones-Gotman, directrice du laboratoire sur l'odorat à l'INM, ajoute qu'un géologue de l'Université du Tennessee lui a récemment soumis une autre hypothèse très intéressante selon laquelle cette diminution de la sensibilité de notre sens de l'olfaction en position couchée serait un résultat de l'évolution. Les hommes primitifs dormaient à même le sol. Leur nez baignait alors au milieu de myriades d'odeurs différentes de plantes, lui a-t-il expliqué. Si leur sensibilité olfactive était la même en position couchée qu'en station debout, cette multitude d'odeurs aurait complètement submergé leur aire corticale responsable du traitement des odeurs. Le fait que la sensibilité s'amoindrit lorsque nous adoptons la position horizontale pour dormir aurait ainsi permis à l'homme de sombrer dans un sommeil serein et donc véritablement récupérateur.

D'autres hypothèses sont toutefois évoquées. L'afflux de liquide céphalo-rachidien — qui circule autour et à l'intérieur du cerveau — vers la tête lorsqu'on s'étend sur le dos augmenterait la pression intracrânienne et du coup affecterait la perception olfactive. Ou peut-être que nous inspirerions moins profondément, et conséquemment de moins nombreuses molécules odorantes, en position couchée. Les chercheurs s'appliquent maintenant à vérifier ces différentes suppositions.